 |
 |  |
Les travaux du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G) ont pris fin le vendredi 17 juillet à Conakry. Contrairement aux précédentes sessions, l’affirmation à cette cinquième rencontre par le Groupe de Contact dans tous les discours et messages de sa détermination à voir les élections se tenir cette année 2009, constitue aujourd’hui aux yeux de nombreux observateurs de la vie politique nationale, comme un véritable coup de semonce du GIC à la junte militaire.
Sensé se pencher sur les obstacles qui empêchent la mise en œuvre du chronogramme et le non fonctionnement des structures devant assurer le toilettage de la constitution et des lois électorales pour la tenue des élections en 2009, ce dernier sommet a été amplement révélateur de la lassitude du groupe de contact qui ne cache plus son ‘’irritation’’ face à l’absence totale de progrès dans l’exécution du chronogramme depuis qu’il a été adopté par le chef de la junte il y a six mois. En tous les cas la position du Groupe de contact telle qu’exprimée pendant cette cinquième session ne souffre d’aucune ambiguïté à ce que l’on sache. Par la voix de son Coprésident, le ghanéen Dr Mohamed Ibn Chambas, le Groupe de contact a souligné sa détermination à assurer la tenue des élections en cette année 2009. Aux autorités guinéennes ainsi qu’à toutes les parties prenantes, il a rappelé que le respect des engagements auxquels ils ont librement souscrits ne saurait être conditionné par d’autres considérations. Ce message prononcé par le président de la commission de la CEDEAO semble rompre nettement avec les discours antérieurs qui, jusque là évitaient soigneusement d’heurter la sensibilité de la junte militaire sur l’impérieuse nécessité d’appliquer à la lettre le contenu du chronogramme. Par ce discours que d’aucuns n’hésitent pas de qualifier de ‘’musclé’’, le Groupe de contact lance à la junte un signal fort quant au respect du chronogramme et au piétinement accusé. Pour maintenir voire accentuer la pression sur la junte au pouvoir, l’Union africaine (UA) qui co-préside le Groupe de contact avec la CEDEAO, a dépêché pour le compte de cette cinquième réunion de Conakry son commissaire à la paix et à la sécurité, Ramtane Lamamra qui était l’envoyé spécial du président de l’UA. Par ailleurs, il faut préciser que l’UA, dans un communiqué rendu public le 10 juillet à la suite de la 197e réunion de son Conseil pour la paix et la sécurité, a tenu à exprimer à la junte sa grave préoccupation devant le manque de progrès significatif dans la transition vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel et la tenue des élections législatives et présidentielles en 2009, comme prévu dans le chronogramme. Dans ce communiqué, l’UA dénonce notamment l’absence d’un dialogue politique continu, serein et productif entre les différents acteurs de la transition, ce qui constitue, indique-t-il, un obstacle au retour du pays à l’ordre constitutionnel au plus tard à la fin de l’année 2009, la non mise en place du Conseil national de transition (CNT), qui aurait soutient-il, dû être installé depuis plusieurs mois, l’arrêt des opérations de recensement électoral et le manque de clarté quant à sa finalisation, la détérioration de la situation sécuritaire et la violation des droits de l’homme par la multiplication des arrestations et détentions arbitraires et les limitations à la liberté d’expression et d’association, en particulier le refus de l’accès des partis politiques aux organes d’information de l’Etat, ainsi que les entraves mises à leurs activités publiques. Ce document appelle à la prise et à l’application de l’ensemble des dispositions nécessaires pour la tenue des élections avant la fin de l’année 2009, dans les délais prévus par le chronogramme. En outre, l’UA, dans ce même communiqué, réaffirme son attachement à l’engagement du Président et des membres du CNDD, ainsi que du Premier Ministre, à ne pas se présenter aux élections législatives et présidentielles à venir. Le conseil de paix et de sécurité par le biais de ce communiqué, s’est déclaré préoccupé par les violations répétées des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que par les actes de violence et d’extorsion perpétrés par des éléments armés en uniforme contre des hommes d’affaires et de civils, autant d’actes qui contribuent à la détérioration de la situation économique et financière du pays. Eu égard à cette atmosphère délétère, le communiqué réaffirme expressément à l’intention de la junte militaire les dispositions de l’Acte constitutif de l’UA et celles de la Déclaration de Lomé sur les changements anticonstitutionnels de Gouvernement et exprime sa détermination à appliquer ces dispositions au cas où les autorités guinéennes ne prendraient pas rapidement, en conformité avec le chronogramme, les mesures nécessaires pour le retour à l’ordre constitutionnel. Ce dernier passage du communiqué du 10 juillet qui brandit de façon explicite la menace des sanctions est, pour beaucoup de spéculateurs, synonyme d’épée de Damoclès suspendue sur la Guinée. En tout état de cause, entre les imposantes mobilisations de soutien d’où fusent des slogans rétrogrades comme ‘’Dadis ou la mort’’, la pression intérieure des Forces vives et la menace de sanction du Groupe de contact qui commence à se dessiner dans le ciel, les analystes de la scène politique guinéenne s’accordent à dire que les marges de manœuvre du maître de la junte semble, de plus en plus, se réduire en une peau de chagrin.
Camara Moro Amara
Réactions de quelques membres des forces vives
Au sortir de la rencontre entre le président Dadis, le Groupe international de contact sur la Guinée et les forces vives, notre reporter a recueilli les impressions de certains leaders.
Lonceny Fall, FUDEC
« Le processus de transition a accusé un grand retard »
« Mes impressions sont bonnes dans la mesure où notre parti, le FUDEC milite en faveur de l’établissement d’un Conseil national de la transition (CNT). Il faut dire que le processus de transition a pris un grand retard. Mais avec la réunion d’aujourd’hui qui s’est tenue en présence du groupe international de contact, nous avons bon espoir que le document nous sera remis très rapidement pour nous permettre de travailler laborieusement et de trouver un compromis entre le CNDD et les forces vives de la nation. En ce moment là, nous pourrions mettre sur pied le CNT qui doit s’atteler à la révision des textes constitutionnels. Et nous allons œuvrer dans un esprit ouvert, sans exclusion. Nous voulons que les élections soient ouvertes à tous les guinéens pour nous permettre de déboucher sur une alternance démocratique ».
Hadja Rabiatou Diallo, CNTG
« On va mettre ensemble le CNT »
« Je pense qu’aujourd’hui il y a eu un grand pas qui est posé. Il s’agit de cette volonté politique affichée du président d’aller de l’avant et de voir la Guinée en face. Le président a accepté l’exécution du chronogramme et surtout de dialoguer avec les forces vives. Je pense que ceci est un acquis. Sans oublier qu’on va mettre ensemble le CNT. Les forces vives ont déjà fait leur proposition. Le président de son côté aussi a réagit. Nous allons l’examiner en profondeur au niveau des forces vives. Mais on lui dit que le temps étant très court, il faut accélérer la mise en place du CNT. Puisque nous, nous pensons mettre le CNT, même en un (1) mois on pourra bien travailler. Donc il faut le créer vite pour définir sa composition et sa mission en commun accord avec toutes les parties. N’oublions jamais que nous sommes tous guinéens et qu’il faudrait éviter le mensonge. Parce que, je pense qu’avec le mensonge on arrive vite mais pas dans l’assurance. Tandis que si on emprunte la voie de la vérité on est sûr d’y gagner. Donc pour une fois encore j’ai de l’espoir surtout que devant le groupe de contact le président a réitéré son engagement et celui du CNDD de respecter le chronogramme. Je pense donc que la balle est désormais dans le camp des forces vives. C’est aux forces vives de travailler pour faire des propositions concrètes tout en évitant de cirer les chaussures. Il faut qu’on abandonne ces genres de pratiques, sinon, c’est le bas peuple qui en pâti. Nous devons éviter cela pour sortir la Guinée de sa misère. Or si nous ne réussissons pas cette transition, il nous sera difficile de s’en sortir. Et je pense que la communauté internationale doit aussi nous accompagner pour que nous atteignons l’objectif ».
Ibrahima Fofana, SG/USTG
« Le président a réaffirmé son engagement à respecter le chronogramme »
« Bon, il faut dire que la rencontre d’aujourd’hui qui était essentiellement axée sur le chronogramme a été très intéressante. Le président a réaffirmé de façon claire son engagement à respecter le chronogramme. Il a même fait une proposition de structure et de fonctionnement du CNT qui n’a pas été mis place encore et qui bloque le processus. Cette proposition nous a été transmise, on va l’étudier pour voir s’il y a des amendements à faire. Et une chose importante que le président a eu à dire, qui nous réjouit en tant que syndicalistes, c’est le fait d’évoquer le problème salarial des travailleurs. Il a déploré le salaire bas des fonctionnaires guinéens, donc qui sont mal payés. Donc c’est une façon de nous dire en tant que syndicat, de se réveiller pour renforcer le dialogue social et régler le problème des travailleurs. Afin d’aider à lutter contre la pauvreté dans notre pays ».
Propos recueillis par Samory Keita
Source : Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |