mercredi 25 mars 2009
Elections : duels, alliances et crainte de disqualification pour crimes économiques !
Thierno Fodé Sow

Ni pour une présidence à vie, ni pour une immixtion dans le jeu politique. La junte au pouvoir très formelle, semble trouver son compte ailleurs : désagréger le ferment du narco trafic et du pillage en règles de la chose publique. Et  déjà, elle est favorable, selon toute vraisemblance  à la tenue –conformément au chronogramme élaboré par les forces vives- d’élections libres, transparentes, justes et équitables. Les Guinéens, eux, à des exceptions près, attendent courageusement de belles empoignades électorales qui se veulent de fait, historiques. Reste que la crainte d’une disqualification virtuelle, pour criminalité économique devient de plus en plus lourde.

 

Les partis politiques tâtent le terrain pour se rassurer de leurs assises. Ils multiplient les rencontres médiatisées pour gagner les cœurs et traîner par la suite nombreux militants. Pour y arriver, certains parmi eux sont tentés par des alliances. D’autres, en l’occurrence, les plus habitués de la jungle politique, restent très prudents aux manœuvres de tous ordres. Un troisième groupe, souvent appelé les ‘’légitimateurs’’ de scrutins, coupent les cheveux en quatre avant d’être poussé à la sortie, avant, pendant ou après la période électorale.

 

Au même moment, la liste des partis politiques s’allonge. Cette prolifération promet sans doute donc de corsées élections présidentielles et législatives. C’est dire donc que toutes les manœuvres politiciennes qui ont toujours paralysé ou étouffé toutes perspectives de saine compétition en Guinée s’en sont allées sous les abysses de l’histoire de l’ancien régime, alors reconnu pour ses épizootiques tripatouillages et sa surenchère électorale explosive.

 

Et l’arrivée de cette autre armée au pouvoir avait suscité au départ, une grande retenue au sein de la classe politique. Laquelle s’est alors inquiétée quant au respect du délai de la transition, de la liberté des leaders politiques, du programme d’assainissement des finances publiques, etc. Or actuellement, s’il y a une classe qui jouit de l’attention de la junte, c’est bien celle des  partis politiques. Des atomes crochus dans du vrai concentré sucré !

 

Jusqu’à quand durera cette lune de miel entre junte au pouvoir et leaders politiques ? Nul ne le sait. Seulement, chaque acteur et tout le bataclan, au lieu de battre le beurre, se mettent en ordre de bataille. Sans jamais perdre de vue le savant dosage entre la précipitation pour la tenue des élections et la crainte d’une prolongation sans fin de la période de transition.

 

De l’alliance de certaines formations politiques

 

Après des décennies dans la longue et laborieuse attente d’une démocratie véritable, suite à la succession en 1984, de l’armée au Parti-Etat, des leaders politiques expérimentent des coalitions pour attirer d’irréductibles fidèles des partis adverses dont le comateux PUP. Seul parti à avoir engrangé tous les suffrages de toutes les consultations électorales, ce depuis 1993.

 

Ces alliances-là, donc commencent à prendre corps. En effet, l’Union des forces républicaines (UFR), l’une des principales formations du pays de Sidya Touré a pris contact nous dit-on, avec Bah Ousmane, héritier de la présidence de l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR), après le décès de Siradiou Diallo dont on vient de commémorer la disparition.

 

A ces deux formations, s’ajouterait une grande personnalité : l’ancien Premier ministre François Lonsény Fall, alors chef de la Mission des Nations unies en République centrafricaine (Minurca), aujourd’hui au bercail. Quel accueil a réservé le leader de l’UPR à la main tendue de Sidya Touré dont le parti est quasiment le seul à pouvoir composer avec aisance, un gouvernement digne du nom, si l’on tient compte des cadres qui le constituent? Sans nul doute, chaleureux ; mais dans la pure « prudence politique ».

 

En plus, depuis un certain temps, on spécule dans le tas, sur l’arrivée probable de l’autre PM, Lansana Kouyaté, alors chef du gouvernement de février 2007 à mai 2008, diplomate de carrière qui a décidé d’entrer en politique avec le Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN) qu’il vient de créer. Cette alliance de choc pour les législatives, si elle se révèle et se confirme, risque fort d’ébranler nombreux partis bâtis sur du sable mouvant : le régionalisme et l’ethnocentrisme. Elle risque tout aussi par ailleurs, de se transformer en grains à moudre pour ces mastodontes politiques et diplomatiques. Leur possibilité de s’accorder sur une candidature unique est en effet censée créer des discordes. Ils se retrouveraient alors peut-être dans une coalition soutenant celui d’entre eux qui accédera au second tour. Pour l’heure, on n’en est pas encore arrivé là.

 

Mais en attendant, l’homme pour qui tous désireraient nouer une alliance, reste lui, très prudent. Dans une interview accordée à certains médias à Labé, tout dernièrement, Bah Ousmane a en effet déclaré: « On ne peut pas empêcher une formation politique d’imaginer son petit plan. En fait, une alliance n’est qu’une stratégie électorale qu’on développe. Mais en la matière, un parti aussi vieux que nous dans l’opposition, croyez moi qu’on a acquis beaucoup d’expériences. En matière d’alliance électorale, nous regarderons où mettre le pied, avec qui partir et surtout quand il faut aller. » Avant d’ajouter : « Je souhaite que cette alliance qui est notre outil d’unité et de travail au sein des forces vives puisse avoir une longue durée. Parce que sur la scène politique, il faut toujours une structure de ce genre pour mener des actions politiques. » Bah Ousmane est donc loin de s’enfermer. Puisque « Chacun vient avec ses propres idées », dira le leader de l’UPR. Voilà qui est clair.

 

Joutes corsées et parfum de disqualification

 

De l’autre côté du relevé jeu politique, un certain Alpha Condé qui connaît bien par ailleurs les ‘’atrocités’’ du régime défunt avec cette histoire de Pinè. Un leader et pas des moindres qui a vécu toutes les pantalonnades électorales orchestrées sous Lansana Conté. Point de camouflet cette fois-ci, se dit-il. Il serait à la tête d’une entente de 11 formations, appelée  Coalition des forces vives du changement (CFC).

 

Cette structure politique affrontera aussi par ailleurs, ce qui reste de la machine à gagner des élections truquées : le Parti de l’unité et du progrès (PUP), l’ancienne formation au pouvoir. Ce conglomérat d’anciens profiteurs de l’Etat, le tout, facilité par le président défunt,  est actuellement en sursis, faute de leader ayant des visées politiques susceptibles d’inquiéter ses pairs. Tout dernièrement, la plupart des anciens dignitaires de l’ancien régime se trouvaient au chevet de ce parti en profonde déconfiture. Ces dignitaires là comme Tidiane Souaré, Eugène Camara, …., s’obstinaient à refaire la virginité du koudaysme dont ils sont entre autres lugubres géniteurs.

 

Mais, suite au déclenchement des audits qui ont emporté Souaré, certains ont préféré rester dans les bois pour ne pas se faire remarquer par les deux Moussa de la junte : Tiégboro et Dadis. Même celui -l’ancien ministre de la Jeunesse et des sports, Baidy Aribot, populaire auprès des jeunes mais proche de l’UFR de Sidya Touré- sur qui le PUP misait après le départ de Mamadou Sylla a été interpellé par les auditeurs. Mais relâché quelques heures après. Le PUP sombre alors, suite à la dissidence, ce, devant les yeux impuissants de son sempiternel secrétaire général, Sékou Konaté.

 

Faute de consensus, Mamadou Sylla a finalement repris l’Union démocratique de Guinée (UDG). Une structure qui serait formée en 1992 par Alsény Coléah Sylla.  Le locataire de Dixinn Bora (propriétaire d’une chaîne de radio et de télévision appelées ‘’Continental’’) qui multiplie aujourd’hui ses meetings au cours desquels des chèques sont distribués à des groupements et associations d’intérêt communautaire, nous dit-on, rencontrera peut être sur son chemin François Lonsény Fall. Ce démissionnaire du poste de Premier ministre, le 29 avril 2004, à cause d’une brouille rendue insoutenable avec la Société guinéenne d'exportation des produits agricoles et miniers (Sogepam) que dirige l’homme d’affaire, alors proche de Lansana Conté. Mais ceci est une autre histoire.

 

Pour donc revenir au marigot politique, loin d’être tranquille, il y a lieu de signaler que d’autres leaders politiques issus du secteur privé entendent se placer dans le starting-block : Ibrahima Sylla, originaire de la Basse Côte, a formé la Nouvelle Génération pour la République (NGR) et Almamy Ibrahima Barry, candidat indépendant à la future présidentielle.

 

Dans ces joutes appelées à être bien corsées, Cellou Dalein, l’autre ancien PM du défunt président, n’entend point faire une promenade de santé. Il s’est lancé de fait à l’assaut de l’électorat depuis qu’il a été ‘’reconnu et réhabilité’’ –les deux mots qui fâchent- par le chef de la junte. Cet homme politique a quelque chose de fascinant et, subséquemment,  jouirait d’une grande audience…. A sa suite, l’autre animal politique, Jean Marie Doré de l’UPG, vraisemblablement proche de Alpha Condé. Mais aussi de François Fall dont il dit avoir une grande admiration et un profond respect pour son courage. D’anciens et de nouveaux petits partis, autrefois proches de la mouvance d’antan se sont eux aussi retrouvés aujourd’hui en alliance démocratique de Guinée. Ils ont pour nom : le Parti des écologistes de Guinée (PEG) de Oumar Sylla, l’UDG, le PRN, l’UNP,… Pas question pour eux aussi de rater l’historique tournant démocratique que la Guinée entend amorcer !

 

Sans jamais alors prétendre faire un tour d’horizon sur le jeu politique, il ressort tout de même de ces empoignades en perspectives, une grande maturité du reste acquise de haute lutte et d’une grande persévérance. Mais, en politique, surtout à la veille des consultations électorales comme celles qui se profilent à l’horizon, le dernier mot revient toujours à l’électorat. Or il se trouve qu’aujourd’hui que le nôtre a été abusé, utilisé puis jeté en pâture une fois les élections passées. Depuis plus d’une décennie, les mêmes causes ont toujours produit les mêmes effets. Comme quoi, cet électorat-là est de ce fait en quête inexorable de leaders en qui il aura enfin une parfaite confiance.

 

A priori, il a retrouvé en définitive les hommes qu’il lui faut. Seulement, il craint, même s’il ne l’exprime pas ouvertement, l’impitoyable rouleau compresseur du CNDD et son inébranlable lutte farouche contre notamment, les anciens fossoyeurs de l’économie nationale et des narcotrafiquants. Les mauvaises langues racontent en effet que des leaders politiques –impliqués à un moment donné dans des présumées malversations de fraudes fiscales, ceux qui sont supposés être impliqués dans la ténébreuse gestion des dossiers du Port autonome, du projet coton, de la liquidation de la Compagnie Air Guinée, du feuilleton BNP Paribas, etc.- risquent d’avoir de sérieux ennuis, synonyme de disqualification virtuelle. Ce qui est d’ailleurs salutaire pour toute la Guinée.

 

Courageux et volontaristes, les militants de ces partis dits ‘’incriminés’’ sont en revanche loin de s’avouer vaincus, parce que ayant choisi l’espoir et non la peur ; la fidélité et non le conflit et la discorde. De toutes les façons, rassure le seul Almamy de la course pour Sékhoutoureya, « la politique ne se limite pas à la conquête du pouvoir, mais d’abord et surtout la promotion et la défense de ses convictions ». Maigre consolation pour les éventuels naufragés, car, proclame le capitaine Dadis, aucune main sale ne dirigera le peuple martyrisé de Guinée !

 

Pour l’immédiat, les endémiques difformités politiques qui ont pour noms division, régionalisme, ethnocentrisme et tout ce qu’il y a de ‘’isme’’ ne semblent plus inspirer les leaders politiques. Surtout que le chef de la junte qui a actuellement le vent en poupe, les a avertis de vives voix que : « Un leader politique qui fonde sa politique sur le régionalisme et l'ethnocentrisme n'est pas indiqué pour diriger le pays ». A chacun donc de jouer dans ces drôles d’empoignades électorales. En attendant la fin du courageux et historique nettoyage de la maison Guinée dont Dadis s’est porté garant ‘’devant le peuple de Guinée et la communauté internationale’’ pour le grand bonheur de la Nation. Une vaste offensive qu’il faut alors mener sans oublier d’ « éviter la précipitation et le jeu des prolongations sans fin », comme le suggère si bien Almamy Ibrahima Barry, candidat indépendant à la présidentielle prochaine. Sage prédiction !

 

 

Thierno Fodé SOW 

pour www.guineeactu.com

 

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Docteur SOW, vendredi 27 mars 2009
Je pense que le jeune guinéen est très sensible parce que dès qu`on lui parle de vole il croit alors qu`aucune preuve n`a dit d`abord ki a fait koi dans cette affaire de vol....
pepe, jeudi 26 mars 2009
tu a bien parler mon ami il faudra s`allier mais ces alliances il faut decortiquer dabors les parti enlever les mauvaises graines tout ce qui ont voler l`argent devront etre hors jeux

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011