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Petit préliminaire : J'ai entrepris de livrer à nos compatriotes, depuis Conakry, certaines réflexions critiques dont je pense que qu'elles sont utiles. Alors, pourquoi depuis Conakry ? Pour deux raisons principales :
- Première raison : dans nos contrées, quelques individus peu scrupuleux comme le capitaine Moussa Dadis Camara, et maintenant le général Sékouba Konaté, parce que disposant d'armes achetées avec l'argent de la nation, pensent être d'une nature particulière. De ce fait, ils se croient propriétaires des Biens nationaux et des citoyens. Et les Guinéens, presque esclavagisés dans leur tête, prêtent docilement allégeance au premier venu qu'ils n'ont pas choisi.
Mes observations volontairement acerbes, je les ferais désormais à l'intérieur de mon pays, quel qu'en soit le prix. Je ne suis ni ZORO, ni Don Quichotte. Je déteste ceux qui cherchent à être des martyrs. Je suis très peureux. J'ai peur de la mort. Je veux vivre, vivre très longtemps, mais vivre debout. Je n'aime que l'héroïsme du quotidien.
Ces femmes et ces jeunes, tout habillés en rouge, indignés par le DIKTAT ethnique du général Sékouba Konaté, protestant énergiquement contre les fraudes du général, sont à mes yeux d'un héroïsme admirable.
- Deuxième raison : je prétends être tout aussi légitime, peut-être plus légitime à parler au nom du pays que tous ces oligarques ethniques qui se sont cooptés, ici au CNT (Conseil National de la Transition), là au Gouvernement, ailleurs dans d'autres institutions. Sans fausse modestie, je suis le concepteur de la Transition, pas exactement comme elle fonctionne aujourd'hui. Mais, j'en ai tracé le schéma, dès le premier trimestre de 2004 dans le journal L'ENQUÊTEUR aujourd'hui disparu et dont le Directeur est actuellement Conseiller de M. Sékouba Konaté.
1ère partie : Consécration judiciaire d'un tribalisme galonné
Les résultats contestés et contestables du premier tour, télévisuellement proclamés par le président de la C.E.N.I. M. BEN SÉKOU SYLLA, ont été judiciairement validés par les mêmes moyens technologiques par la Cour Suprême.
Ce premier tour est donc officiellement clos. Les magistrats de l'institution judiciaire suprême du pays ont dit le Droit, ou plus exactement ce qu'ils croient être le Droit. Il faut espérer qu'en cela, ils n'ont été motivés que par le souci de dire le droit, rien que le droit et seulement le droit.
Cependant, on ne peut ignorer que d'autres moyens confortables de motivation, sont autrement plus efficaces que l'hypothétique envie de lire d'austères Attendus pendant de longs moments. Et la Cour Suprême comporte aussi quelques magistrats scrupuleux.
Sont-ils plus écoutés, plus influents ?
L'avenir nous le dira.
La troisième place, télévisuellement attribuée au candidat issu de la plus petite minorité ethnique du pays par le général Sékouba Konaté et M. Ben Sékou Sylla, tous les deux appartenant à la même ethnie et à la même Région, a été télévisuellement confirmée par la Cour Suprême. Le minoritaire au plan ethnique, a été déclaré politiquement minoritaire par la juridiction Suprême, sans argument juridiquement soutenable.
Tolérer aujourd'hui qu'un candidat soit éliminé du seul fait qu'il est issu d'une très petite minorité ethnique, c'est favoriser pour demain les pulsions hégémoniques de groupes ethniques majoritaires.
Est-ce comme cela qu'on aide la Guinée à sortir de cette zone de turbulence ?
Le doute est permis.
Il n'est pas question ici d'une défense aveugle de Sidya. Il s'agit de rappeler les principes qui ont toujours cimenté la coexistence harmonieuse des différentes ethnies de notre pays. De ce fait, aucune juridiction n'a le droit d'effriter ce ciment, pour quelle que raison ce soit, y compris celle tendant à faire plaisir, même à un général auto-promu nourrissant une ambition politique pour son ethnie… Et peut être une ambition politique personnelle non avouée.
Utiliser l'autorité d'une institution judiciaire, en principe impartiale, pour assouvir une ambition politique d'inspiration ethnique, n'est pas fréquente, même en Afrique Noire. Et la bienveillance singulière de la Cour Suprême à l'égard d'un général tribaliste, intrigue, à défaut de surprendre.
Peut être, y a-t-il quelque part l'idée que, le ton martial et autoritaire d'un magistrat non convaincu, ni convaincant, peut se substituer à la fragilité du raisonnement juridique lorsqu'il y en a eu, c'est-à-dire rarement ?
Du vote effectivement libre à l'ethnisation des résultats sortis des urnes
Dans les urnes, les citoyens électeurs ont qualifié le candidat SIDYA TOURÉ pour le deuxième tour. Mais, il n'y sera pas. Je rappelle, qu'au premier tour, les urnes avaient donné les résultats suivants, mais non publiés : CELLOU DALEIN DIALLO (33%), SIDYA TOURÉ (27%), ALPHA CONDÉ (17%). M. CONDE était donc démocratiquement éliminé de la compétition électorale, mais remis en selle par solidarité ethnique par ses frères d'ethnie, le général SÉKOUBA KONATÉ et BEN SEKOU SYLLA, et par un quasi-décret d'inspiration tribale clanique.
Qui en Guinée peut sérieusement imaginer une seconde que M. Alpha Condé, vivant entre PARIS et le BURKINA, puisse arriver avant un Sidya Touré, profondément ancré dans les terroirs du pays ?
Par ailleurs, il est invraisemblable qu'un des trois grands candidats, quel qu'il soit, puisse réunir à lui seul, 40% des suffrages au premier, même avec l'aide d'une ethnisation outrancière du scrutin comme l'a fait M. Sékouba Konaté. Les chiffres publiés par la Cour Suprême sont tout simplement extravagants.
Quelle force a pu contraindre les juges à une telle extravagance ?
La confirmation par la Cour Suprême du DIKTAT ethnique insensé que M. Sékouba Konaté semble avoir imposé, créé un précédent extrêmement dangereux pour la cohésion socio-ethnique de notre pays.
Fait peu fréquent sous les cieux judiciaires, même en Afrique Noire : l'utilisation par une institution juridique suprême de la puissance suggestive de la télévision comme moyen de validation juridique d'une élection contestable et contestée.
Les images télévisuelles peuvent dans certains cas, être utiles à la révélation de vérité enfouie. Mais, dans ces cas, elles ont un rapport direct avec les faits. Les parties sont physiquement présentes ou représentées par leurs avocats qui prennent la parole dans les mêmes conditions que ceux qui jugent.
Or ici, avec le numéro pas très juridique joué par la Section constitutionnelle de la Cour Suprême, nous avons assisté à un spectacle télévisé, dont les principaux acteurs uniques, paraissaient être les plus hauts magistrats du pays.
Personnellement, en tant que profane de la chose judiciaire (je rappelle encore une fois de plus, que je ne suis ni juriste, ni journaliste, mais professeur d'Economie), je me suis interrogé, si la télévision était le lieu le plus approprié, où les plus hauts magistrats doivent venir, pour examiner, et trancher des conflits engageant l'avenir politique du pays. Au demeurant, la théâtralisation du jugement d'un contentieux, même électoral n'est pas forcément le gage d'un jugement juste (au sens judiciaire).
Sauf à admettre que la télévision est le lieu par excellence où règnent la sérénité et la lucidité, appeler cet instrument de communication à la rescousse pour sa puissance suggestive, comme l'a fait la Cour Suprême, laisse penser que la conclusion à laquelle les hauts magistrats sont parvenus, à savoir la confirmation des proclamations télévisuelles faite par M. Ben Sékou Sylla, n'est peut être pas fondée ni en droit, ni en raison. Dès lors, pour nous profanes, l'idée que des hauts magistrats aient cherché volontairement ou pas, à suppléer l'insuffisance de base juridique à leurs Attendus par la capacité d'intimidation que la télévision exerce sur le grand public que nous sommes, il y a un pas vite franchi et pas forcément à tort.
Quand dans ses Attendus, le président de la Cour Suprême déclare que ceux qui avaient en charge la conduite des opérations électorales dans des bureaux de vote, n'ont pas respecté la règle de droit, mais les excuse par anticipation, parce que selon lui, le non-respect du droit serait involontaire, il y a manifestement un problème : le juge se comporte en avocat.
Quand il annule les votes d'électeurs non fautifs pour absence de procès-verbaux, alors que c'est la C.E.N.I. qui ne les a pas transmis comme elle en avait l'obligation légale, il y a pour le moins une légèreté juridique inattendue de la part du président de la juridiction Suprême.
A-t-il mobilisé les moyens légaux en sa possession pour se faire remettre les procès-verbaux ?
Les lui a-t-on refusés ?
Si oui, pourquoi s'est-il abstenu d'en faire cas à la télévision ?
Puisqu'il s'agissait bien de montrer qu'il y a transparence en mettant sur pied cette dramaturgie judiciaire télévisuelle.
Sur quel fondement a-t-on annulé les votes de ceux qui n'ont commis aucune faute au regard de la loi électorale, puisque c'est la C.E.N.I. qui est fautive ?
La validation par la Cour Suprême de résultats électoraux pas tous sortis des urnes, s'apparente à un déni de Droit qu'on appellerait ailleurs FORFAITURE. Selon toute vraisemblance, la juridiction suprême serait devenue une Référence pour toute l'Afrique Noire, si elle avait choisi de dire le Droit, y compris si le bénéficiaire avait été un citoyen appartenant à la plus petite minorité ethnique du pays.
Hélas ! Elle a choisi la facilité habituelle, celle qui consiste à plaire au puissant du moment, et peut être à d'autres forces susceptibles de recourir à des « injonctions » pas toujours désagréables.
Si cette mauvaise comédie électorale devait continuer en dépit des extravagances judiciaires constatées, des chiffres fantaisistes évidents, alors, l'équilibre socio-ethnique du pays s'en trouverait durablement et dangereusement rompu. Chaque ethnie minoritaire, craindrait à juste titre, de voir un jour ou l'autre, le candidat sorti de ses rangs, injustement éliminé au profit de candidat battu, mais issu d'un groupe ethnique majoritaire. Car il est incontestable que M. Sidya Touré, issu de la plus petite minorité ethnique du pays, moins de 2% de la population, librement désigné par le suffrage universel pour le deuxième tour de la présidentielle, en a été écarté par le général Sékouba Konaté au profit de M. Alpha Condé dont il partage l'appartenance ethnique majoritaire, et peut être d'autres secrets.
D'ailleurs, n'a-t-il pas lui-même demandé à Sidya Touré de s'aligner derrière M. Condé, juste après la proclamation télévisée des résultats falsifiés ?
Pourtant, le président intérimaire n'avait pas à jouer les rabatteurs électoraux, même pour son parent ethnique. Dans tous les cas, cela n'est pas prévu dans les accords auxquels il doit sa place temporaire.
Le maintien d'une élection dont l'un des vainqueurs indiscutables est arbitrairement écarté par un général tribaliste du seul fait que ce dernier appartient à la plus petite minorité ethnique, aurait des conséquences dramatiques dans un futur pas lointain.
Le Général Sékouba, en imposant son frère d'ethnie pourtant démocratiquement éliminé par les urnes, a commis une FORFAITURE, c'est-à-dire un CRIME contre la Nation, et dans le cas qui nous concerne, un crime contre l'unité de la Nation en formation. Il est souhaitable, selon moi, que tous les enfants de ce pays réfléchissent aux conséquences d'une pareille forfaiture.
Pour ma part, je suis déterminé, quoi qu'il m'en coûte, à vous livrer dans les prochaines semaines ce que je pense être les futures conséquences désastreuses de la forfaiture du Général Sékouba Konaté.
Mamadou Billo SY SAVANÉ à Conakry
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A la demande de fidèles internautes de guineeactu ayant apprécié cette analyse politico sociologique de notre compatriote Sy Savané, nous publions cet article bien que l'auteur ne nous ait pas fait l'honneur de nous l'adresser.
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