dimanche 13 septembre 2009
El Hadj Mamoudou Soumah, ancien maire de Dixinn : « Les élus locaux sont venus sans l’avis de leurs mandants »

Ancien maire de la Commune de Dixinn, El Hadj Mamoudou Soumah est le Secrétaire général de l’Union nationale pour la prospérité de Guinée (UNPG). Dans cet entretien, il fustige la démarche des élus locaux qui demandent au Capitaine Moussa Dadis Camara de se présenter aux élections. 

 

L’Indépendant : Quelle stratégie les Forces vives entendent utiliser pour contrer la candidature de Dadis ?

 

El Hadj Mamoudou Soumah : En tant que Secrétaire général de l’Union Nationale pour la prospérité de Guinée (UNPG) et membre fondateur des Forces vives, j’estime que la stratégie pour contrer la candidature de Dadis consiste à le contraindre de respecter son engagement. C’est lui qui a dit en toute souveraineté qu’il s’engage à ne pas se présenter aux élections, ni lui, ni  son gouvernement, ni les membres du CNDD. Donc, nous pensons qu’un engagement pris par un chef d’Etat ne peut souffrir d’aucune en torche. C’est pourquoi, nous disons que le président Dadis doit respecter son engagement. Une parole donnée est une parole donnée.

 

Pouvez-vous nous faire le point sur les travaux de la sixième réunion du Groupe international  de contact sur la Guinée (GIC-G) ?

 

Oui, nous avons rencontré le Groupe de contact le jeudi dernier.  Nous avons présenté un mémorandum qui retraçait toute la genèse de notre rencontre avec le Conseil national pour la démocratie et le développement. Nous y avons dit pourquoi nous avons adhéré à cette prise de position. Nous avons rappelé que les Forces vives, avaient soutenu le CNDD parce qu’ils avaient déclaré qu’ils venaient juste  pour assurer une transition apaisée et rapide, qu’ils ne sont pas assoiffés du pouvoir. Ils avaient même dit au départ que la transition pouvait durer trois mois, six mois, huit mois. C’est à la suite de cela que nous avons estimé que nous pouvions travailler avec le CNDD. En ce qui concerne les réformes, le CNDD et son président ont promis de restructurer l’administration, de faire l’audit de la gestion passée, de récupérer les créances de l’Etat. Ce sont là des questions nous interpellaient tous.

 

Qu’est-ce que la position des élus locaux vous inspire?

 

Il faut savoir d’abord que ces élus locaux sont issus des rangs partis politiques. Un président de CRD ne peut parler à la place de l’organe délibérant qu’est le collège des conseillers. C’est à partir de ce conseil qu’une décision est prise comme au niveau de la mairie. J’ai été maire. Et tant qu’exécutif, je ne pouvais pas parler au nom de Dixinn sans que le Conseil communal ait pris une décision. C’est cette décision que je répercute. Donc, eux, ils sont venus sans l’avis de leurs mandants. Tout le monde sait qu’on leur a remis la déclaration qu’ils ont lue. En bon psychologue, on peut savoir si ce que la personne lit vient d’elle. A travers les images de la  Télévision, on se rend compte qu’ils sont venus pour applaudir. C’est un peu comme le petit prince de Saint-Exupéry. Pour votre information, dans son royaume, il y avait des miséreux. Mais, les gens qui étaient autour de lui  faisaient croire que  tout allait très bien, que la population l’aimait. Alors, quand le petit prince a dit, je vais aller les consulter; on a habillé ces gens ce jour là, on leur a donné à manger. Quand le roi est venu, ils ont applaudi. Voilà, c’est un peu ça.

 

Certains observateurs pensent que Dadis ne fait qu’assurer la continuité de la Deuxième République et que les vieilles habitudes persistent encore. Qu’en dites-vous?

 

Mais oui, c’est ce que je vous ai dit.  Ils sont au pouvoir depuis 1984. Le président Dadis qui parle aujourd’hui, où il était ? Il n’était pas dans l’atmosphère ou dans un autre pays, il était en Guinée. C’était lui le responsable du carburant au Camp Samory. Il savait bien ce qui se passait dans le  pays. Tout le monde sait ce que les militaires faisaient dans ce pays. Donc, il ne faut pas que les gens viennent nous faire croire que les Guinéens ne savent pas ce qui se passe dans leur pays. IL est évident aujourd’hui que c’est la continuité du régime du général Lansana Conté.

 

Décrivez-nous l’ambiance qui règne au niveau de votre parti en ce moment ?

 

L’ambiance est bonne. En effet, nous avons tous cru que pour la première fois les partis politiques allaient s’engager dans les joutes électorales avec l’assurance qu’elles devaient être libres et transparentes. C’est pourquoi nous avons créé le Forum des forces vives. Nous comptons nous battre pour que cette fois-ci la Guinée parvienne à organiser des élections libres et transparentes. Jusque-là, les électeurs allaient aux urnes mais l’on sait comment les choses se passaient depuis les élections communautaires jusqu’aux présidentielles. J’ose vous dire donc que l’ambiance est bonne parce que l’espoir subsiste malgré les incertitudes. Avec l’espoir, on se dit toujours que demain sera meilleur.

 

Les forces vives sont-elles suffisamment armées pour barrer le chemin à Dadis ?

 

Il ne s’agit pas de barrer le chemin au chef de la junte. Nous demandons au président Dadis de tenir ses engagements. C’est une question d’honneur. Personne ne l’a obligé à déclarer ce qu’il a déclaré. Nous ne pouvons pas savoir ce qu’il y a dans le subconscient de quelqu’un. Seul Dieu sait ce qu’il pense. Mais dès qu’il le déclare, nous le prenons pour argent comptant. Il a dit : « Je ne veux pas du pouvoir, je ne suis pas un assoiffé du pouvoir, je ne suis pas venu pour le pouvoir, je vais faire la transition et puis m’en aller. Ni moi, ni mes collègues, ni le Premier ministre  et le gouvernement ». Le Premier ministre même a fait une déclaration à Bruxelles pour dire : « Attention, je ne suis pas intéressé aux élections et le président du CNDD a dit que ni moi ni les membres du CNDD et du gouvernement, les élections ne nous intéresse pas. » Et puis quand on parle d’engagement, nous lui avons donné un chronogramme depuis le mois de février0. Un chronogramme qui devait démarrer par la mise en place du CNT au mois de mars. Honnêtement, s’il avait voulu, s’il avait une volonté politique, de quitter  le pouvoir, comme il le dit, une volonté politique d’organiser les élections, au mois de mars 2009, ce CNT serait installé pour faire la révision de la loi fondamentale. CE ne sont pas tous les 91 lois de ce texte qui sont concernés. Mais ce sont les quelques articles qui ont été modifiés en 2001 qu’on doit changer. Et puis, en plus, une réadaptation de certains articles. Il faut quelques experts pour le faire. On n’a pas besoin d’une pléthore de gens pour faire ça. L’élaboration de la loi c’est le travail des intellectuels et surtout des spécialistes. On ne minimise pas ceux qui n’ont  pas eu la chance d’aller à l’école parce qu’ils ont une idée. Nous, nous avons été en tant que parti politique associé à la révision de quelques articles du Code électoral. Cette équipe n’était composée que de partis politiques, l’administration et quelques délégués de la CENI. Nous avons mis 4 mois pour réviser. Il était question de faire la révision du Code électoral, le financement des partis politiques, la loi sur les partis d’opposition…

On l'a fait sans avoir besoin de faire appel aux Guinéens de l’extérieur. Je ne les minimise pas. C’est un travail qui ne demande pas de faire la mamaya en appelant les balayeuses. Je me demande bien ce que ces gens peuvent faire pour l’élaboration des lois.

 

Au sujet de la Commission ad hoc, qu’est-ce qui s’est passé réellement ?

 

Quand on a travaillé sur le chronogramme, on a vu que compte tenu du retard de 5 mois provoqué par le président Dadis, on ne pouvait pas tenir les élections en décembre 2009. Mais le chronogramme de 2009 tient du fait que nous avons dit que les  candidatures devraient tomber 38 jours avant le scrutin. C’est à dire que le 23 décembre 2009, toutes les candidatures doivent être closes. Quand le Capitaine Moussa Dadis Camara a vu ce chronogramme, il a constaté qu’on l’a obligé à sortir du chronogramme de 2009. Il pense avoir à faire à des gens qui ne peuvent pas analyser.

 

Votre mot de la fin.

 

La Guinée traverse une période difficile. Avec la tergiversation du président Dadis, nous allons être sanctionnés. Le Capitaine Moussa Dadis Camara qui parle souvent de globalisation et de mondialisation doit éviter  la Guinée une telle situation. Nous vivons dans un monde unipolaire. La Guinée a beau dire qu’elle est indépendante, aucun pays n’est indépendant. Même les USA ne peuvent pas se taper la poitrine pour dire qu’on est indépendant. Ce n’est pas vrai. On est toujours dépendant de quelque chose et puis nous avons signé des accords : l’accord de Cotonou, les ACP et l’Union Européenne. Il y a des engagements dedans. Par exemple, s’il y a un coup d’Etat on est sanctionné et s’il y a mal gouvernance on n’est sanctionné. La Guinée d’aujourd’hui a perdu beaucoup de choses. Avec le 9ème FED (Fonds Européen de développement) on a perdu 150 millions d’euros qui auraient pu servir à l’éducation, à la santé,  les infrastructures. Aujourd’hui, est-ce qu’on parle de santé, des infrastructures ? On parle de narcotrafiquants, des audits qui n’auront jamais lieu. A ce jour, mois personnellement, je suis inquiet parce que j’ai ma famille, j’ai des enfants. Qu’est-ce qu’ils vont devenir demain ? Pour un développement, il faut de l’argent. Concernant le problème d’électricité, ce n’est pas avec les 300 millions offerts par les opérateurs économiques qu’on pourra avoir l’eau et l’électricité. Il faut des milliards et des projets à court, moyen et long terme. Donc, on ne se lève pas comme ça pour parler du coq à l’âne. Honnêtement, je me connais optimiste mais cette fois-ci, je suis inquiet parce que je ne sais  pas là où on va. Il n’y a pas de perspective. C’est comme un bateau sans gouvernail.

 

     

Propos recueillis par Saidou Hady Alpha Amadou Diallo et Abdoulaye Diallo

L'Indépendant,partenaire de www.guineeactu.com

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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