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Il y a quelques années, il m’est arrivé d’écrire que : « restant égal à lui-même, Elhadj Biro DIALLO ne changerait jamais, quelle que soit la virulence des adversités contre lui ».
C’était du temps, où M. Lansana Conté, dans sa splendeur d’alors, avait embastillé M. Alpha Condé, avec le concours appuyé de certains de ses ministres, dont il désignera plus tard l’un, comme Premier ministre.
Indigné par cette séquestration, Biro DIALLO entre en conflit avec le Général Lansana Conté. Les « amis » intéressés de ce dernier, saisissent alors cette occasion pour ouvrir la « chasse au Biro DIALLO ». C’est précisément à cette époque et dans cette ambiance, que je fais la connaissance du « VIEUX BIRO », à ma demande.
Que lui reprochait-on alors ?
-- principalement d’avoir pris fait et cause pour M. Alpha Condé. Lui, répondait qu’il prenait fait et cause pour le droit et la justice, dont M. Condé se trouvait être privé arbitrairement. J’avais à l’époque, mesuré l’hostilité, presque la haine des barons du régime à son égard, presque les mêmes qu’aujourd’hui. J’avais été impressionné par sa détermination à s’opposer à l’arbitraire, à combattre la tyrannie, quoi qu’il lui en coûte. D’où mon attachement à sa personne.
Lors d’une de nos nombreuses conversations, je lui ai posé, un jour, la question suivante :
« Elhadj, pourquoi avez-vous choisi de défendre M. Alpha Condé, alors que vous aviez la possibilité de garder de bons rapports avec M. Lansana Conté, et rester Président de l’Assemblée nationale, aussi longtemps que vous le voudrez. Regardez ! Le régime va s’en prendre à vos enfants. Vous aurez tout perdu ».
Je cite sa réponse de mémoire : « Non mon petit, tu te trompes. Je ne perds rien. Mes enfants ne sont pas au-dessus des autres guinéens. Qu’ils se battent pour leur droit. J’appartiens à une génération qui, par naïveté ou faiblesse, a laissé s’installer une tyrannie sanguinaire. J’assume ma part de responsabilité. Mais je n’assisterai pas, silencieux, à l’installation d’une nouvelle tyrannie. Je ne peux pas effacer le passé. Je me range donc du côté de la justice, du droit et de l’équité. M. Alpha Condé avait tout cela pour lui. Il a été bafoué dans ses droits. Aucune amitié, aucun privilège ne me fera accepter l’arbitraire. En défendant l’équité et le droit, j’ai fait ce que je pense être mon devoir. Je ne crains pas l’adversité, je ne crains personne. En tant que musulman, je ne crains que DIEU. Voilà pourquoi j’ai soutenu M. Alpha Condé. Et je te demande d’en faire autant. ».
Très marqué par la détermination froide que j’ai perçue chez cet homme déjà âgé, dès mon retour à Paris, j’ai pris contact avec un des frères de M. Alpha Condé, par l’intermédiaire d’un ami d’alors. J’ai la prétention d’avoir été l’un des premiers à utiliser le Web, pour défendre la cause de M. Alpha Condé, que je n’ai jamais rencontré, et celle de l’opposition dans son ensemble.
Depuis quelques temps, qu’observe-t-on ?
Le « surgissement » intéressé d’un groupe anonyme qui semble s’être donné pour mission une nouvelle chasse à Elhadj Boubacar Biro DIALLO. En l’espace de trois semaines, pas moins de trois articles, tous plus injurieux les uns que les autres. Il serait exagéré de dire qu’il s’agit d’une analyse. D’invectives en grossièretés, de grossièretés en contre-vérités, Elhadj Biro est traité en « Farba » ici, en Djeliba là. Tout cela aurait pu être mis sur le compte d’une grossièreté infantile, même s’il s’agit d’un infantilisme un peu trop prolongé.
Mais, le contexte actuel de notre pays, les contre-vérités grossières et les manœuvres à caractère ethnique et régionaliste récentes, laissent penser qu’il y a un ou des commanditaires, qui ont besoin de diversion. Du coup, il faut chercher ailleurs les mobiles profonds de cette nouvelle chasse à Elhadj Biro DIALLO.
Rétablissons d’abord, quelques faits dans leur vérité :
1°. Je suis en mesure d’affirmer sans être démenti par qui que ce soit, qu’Elhadj Boubacar Biro DIALLO que je connais, n’a jamais été membre d’un quelconque bureau fédéral à Télimélé. Il était Directeur régional de l’éducation à Télimélé de 1969 à 1975. (Pour les non guinéens, Télimélé est une préfecture).
2°. Le chef d’état major de la marine n’est pas un DIALLO. Je crois savoir qu’il est soussou (de la Basse-guinée). Aucun des enfants de Elhadj Biro DIALLO n’est chef d’état-major d’aucune sorte d’armée. En revanche, il a un fils qui est chef d’état-major adjoint de la marine.
3°. Elhadj Biro DIALLO est âgé de 84 ans, et non pas de 94 ans, comme l’écrivent les membres de cette nouvelle meute.
Revenons au contenu du texte, même si le mot contenu parait excessif, au regard de ce qu’on y trouve, c’est-à-dire, pas grand chose. Beaucoup d’inexactitudes, une quantité innombrable d’invectives grossières, plus une succession prétentieuse de « questions » niaises que, sans doute, l’auteur ou les auteurs croient intelligentes.
Exemple : « ... pendant son entière séjour dans les administrations (coloinale, Sékou Touré et contéenne, El Hadj Aboubacar-Farba-Biro-Djéliba-DIALLO s’était désengagé du combat pour le retour de la lumière, et de la justice, quel héritage a-t-il laissé à la postérité comme repère pour les jeunes générations ? ». Si quelques heureux lecteurs ont compris le sens de cette question, je serais moi aussi heureux de bénéficier de leur éclairage.
Au travers des questions prétendument posées et les insinuations sous jacentes qui y sont liées, le lecteur est invité à comprendre que de 1958 à la date d’aujourd’hui, El Hadj Biro DIALLO a détenu la magistrature suprême de notre pays. Il aurait exercé les plus hautes fonctions de l’Etat. MM. Sékou Touré et Lansana Conté apparaissant presque, comme de pâles supplétifs insignifiants. L’outrance est peut-être nécessaire à nos anonymes « chasseurs de Biro DIALLO ».
La réalité est toute autre. La plus haute fonction administrative que Elhadj Biro ait occupé sous M. Sékou Touré, c’est le poste de gouverneur, c’est-à-dire préfet d’un petit département (1983-1984). Sur le plan politique, son élévation dans la hiérarchie du parti unique, n’a jamais dépassé le niveau d’une préfecture (secrétaire fédéral du P.D.G., parti unique).
L’ancien premier ministre de Lansana Conté, M. Cellou Dalein DIALLO, sur ce plan, était plus gradé que lui. Car, il faisait partie des inspecteurs politiques du parti unique. A ce titre, il mettait en forme avec les DORANK Assifat Diassény (décédé), Mounir CAMLARA, les « aveux » de la prétendue cinquième colonne. Ils n’étaient d’ailleurs pas seuls dans ce travail.
Il faut tout de même signaler que HOROYA, c’était le journal du parti. On n’y envoyait que ceux qui avaient donné des gages indiscutables de fidélité à Sékou Touré et à son P.D.G. Cellou Dalein DIALLO était donc promis à un brillant avenir dans la hiérarchie du P.D.G.
Doit-on en déduire qu’il était responsable ou coupable d’extorsion d’aveux ou de torture ? Bien sûr que non ! Pourtant Horoya, organe idéologique du P.D.G., ne recevait que de jeunes « journalistes », destinés à être promus notables dans la hiérarchie du parti totalitaire.
Est ce à dire qu’Elhadj Biro DIALLO n’est pas critiquable ? Bien sûr que non ! Etant un simple mortel comme les autres, il a ses défauts. Il peut être critiqué.
A mon avis, la critique ne vaut que si elle a un fond et si le critique a un visage et un nom. Mais, je comprends parfaitement la difficulté de réclamer la paternité d’une succession de propos injurieux et vexatoires, adressés à une personne âgée. Il est vrai que notre pays est plein de braves gens, dont le courage ne s’exprime que de façon anonyme, et contre un vieillard inoffensif de 84 ans.
Il n’y a pas lieu de récuser un discours dépourvu de fond. Mais on peut s’interroger sur le mobile de son commanditaire.
Depuis deux mois et plus, notre pays connaît une évolution spectaculaire. Certaines oligarchies sont ébranlées. Et pour éviter d’avoir à rendre compte de leur gestion, ils développent des arguments de type ethnique. On s’autoproclame représentant du Fouta. On convoque de prétendus sages d’ici, sages de là, afin qu’ils vous intronisent « représentant » du Fouta, auprès de jeunes militaires patriotes, mais inexpérimentés.
Résultat : on prend en otage toute une région qui pourtant, a des enfants autrement plus solides, plus consensuels et surtout, d’une probité irréprochable dans la gestion des biens nationaux.
Cette démarche est un précédent fâcheux. Imaginez que la Basse-Guinée, pour aider M. Facinet FOFANA, ancien ministre des mines (au motif qu’il est soussou) à conserver les captations, se rende au camp Alpha Yaya, et demande aux militaires de le considérer comme le « représentant » de la Basse-Guinée.
Il me semble que la haine contre Elhadj Biro est plutôt motivée par son refus de cautionner toute démarche ethnique, même déguisée. Il aggrave son cas en préférant un Etat Républicain de Droit, à des combines d’oligarques, dont l’unique préoccupation est la conservation des captations réalisées aux dépens de notre pays.
Tous les anciens Premiers ministres de Lansana Conté doivent rendre compte de leur gestion, à commencer par M. Sidya Touré. Je m’autorise à mettre en garde les membres de la junte. Tout se passe comme si certains anciens PM se voulaient intouchables, alors qu’ils ont été de tous les gouvernements, de façon ininterrompue, pendant quinze ans.
M. Ahmed Tidiane Souaré a été convoqué pour s’expliquer. Il a commencé à le faire, semble-t-il. Il ne crie ni au harcèlement, ni au tribalisme. Doit-on comprendre que, parce que Diakhanké, ultra-minoritaire, et donc dépourvu de groupe de pression ethnique, il a moins de droit que d’autres anciens PM ?
Je ne connais pas personnellement M. Souaré. Mais ce serait une grave erreur de faire deux poids deux mesures.
Aux Patriotes membres de la junte : ne vous laissez pas intimider par les accusations gratuites de tribalisme ou de prétendu harcèlement. Il s’agit de subterfuges faciles visant à protéger certains oligarques, enrichis par la ruine du pays. Le pays attend que vous récupériez tous les biens (financiers, immobiliers et fonciers), dont il a été délesté par ceux–là même, qui avaient la charge de les faire fructifier au bénéfice du plus grand nombre. Vous devez mettre la même détermination que celle que vous avez l’air de déployer dans la lutte contre les narcotrafiquants.
Mamadou Billo SY SAVANE, France
pour www.guineeactu.com
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