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Il y a eu deux déclarations du très respectable premier Président de l’Assemblée nationale guinéenne de la deuxième République. Chacune se fait l’écho de la Guinée profonde, et de tous ceux qui souhaitent le véritable renouveau de la Guinée.
El Hadj Boubacar aurait pu rester indifférent de la situation guinéenne et finir tranquillement ses jours prescrits par Allah. Parce qu’aucun Guinéen, aujourd’hui, ne peut mieux témoigner de l’histoire de notre pays que lui, qu’il lui serait impardonnable de ne pas indiquer la voie salutaire à son pays. Il connaît suffisamment la Guinée et le parcours de nombre de ses leaders politiques.
Il a été au commencement de la naissance de notre souveraineté, donc de notre indépendance. Il a cru au destin heureux de la deuxième République. Hélas ! Comme Sékou Touré, Lansana Conté a détourné le cours de l’histoire dont il le croyait être un sincère animateur. Aujourd’hui, il assiste à l’enfantement de la troisième République. Les actes qui l’annoncent l’ont-ils encouragé ?
Simplement, pour son parcours, tous les Guinéens devraient être heureux d’avoir cette grande bibliothèque de leur histoire nationale. De par toutes les considérations, notre éducation et en tant qu’africains, nourris des valeurs qui sont les nôtres, El Hadj Boubacar Biro ne mérite que respect. Il est l’une des figures emblématiques de la Guinée.
C’est pourquoi, j’emboîte le pas à notre frère Mamadou Billo Sy Savané, pour apporter non pas un témoignage, mais simplement demander aux guinéens de toute génération confondue, le sens de l’honneur. Il commence par le respect que nous devons à ceux de la classe de notre père, à celles de l’âge de notre mère. C’est l’un des enseignements de nos traditions, aussi différentes et si diverses qu’elles soient.
J’ai été scolarisé à Télimélé, au lycée de Kolly, de 1974 à 1976, avec pour Directeur Monsieur Saïdou Diallo. A cette époque, El Hadj Boubacar Biro Diallo était Directeur Régional de l’Education. J’étais jeune, mais mes parents et ceux de leur génération, ne tarissaient pas d’éloge sur son bilan.
Homme juste, sévère et droit. Je partageais la même classe que l’une de ses filles. Je n’ai jamais connu de différence de traitement inégalitaire entre elle et nous autres. C’était le temps du CER. Nous étions tous soumis aux mêmes corvées de la Révolution.
Patriote inégalé, il réussit à réhabiliter l’éducation à Télimélé et dans ses localités. Il était capable d’avaler des kilomètres et des kilomètres à pied pour aller vérifier, par lui-même, l’état des infrastructures scolaires. Des contrées lointaines, comme Konsotami, Daramagnaki, Brouwal…, ne l’étaient pour lui. Il partait, ici et là, pour s’assurer que les enfants de ces villages sont scolarisés. Il savait que la Guinée d’aujourd’hui, sera faite par ceux-là.
Les lycées de Kolly et de Dara sont les témoins de son patriotisme, de son volontarisme et le symbole de son dévouement à la Guinée. Il a toujours cru que seule l’éducation de la jeunesse peut permettre la poursuite de la construction de la nation.
Je ne pouvais parler de Biro « national », aujourd’hui, si mes parents ne m’avaient pas conté ces faits, parce que j’étais assez jeune, à l’époque, pour discerner cela.
En remontant dans l’histoire, dans les années 60, donc après l’indépendance, le jeune Boubacar Biro Diallo, fut le seul capable, avec peu de moyens, de former, pendant six longues années, les enseignants qui pallièrent, à leur sortie, la carence d’enseignants causée par le départ des colons.
Situons les faits dans leur contexte !
Parmi les membres du PDG, Aboubacar Biro Diallo était de ceux qui voulaient recouvrer la liberté, que le 2 octobre 1958 octroya à notre pays. Sékou Touré qui, à un moment, s’inquiétait de ce qu’ils pourront faire, une fois l’indépendance acquise, Biro lui avait répondu : « Nous agirons avec nos propres moyens.»
En 1960, Sékou Touré lui confia la formation des enseignants en ces termes : « Tu es de ceux qui ont voulu de l’indépendance, maintenant nous sommes confrontés à la pénurie d’enseignants, il faut trouver des solutions. » El Hadj Biro s’y attela avec abnégation et, en partage avec sa battante épouse, Hadja Hadiatou Dramé, aujourd’hui décédée. Cette dernière, à côté de son époux, fut la mère de tous les élèves de celui-là.
C’est ainsi que Dabadou vit le jour et, plus tard, l’Ecole Normale Supérieure qui est devenue l’Université Julius Nyéréré de Kankan.
Les élèves et enseignants qu’il a formés s’accordent sur sa probité, sa rigueur morale et son sens de responsabilité. Ils continuent de l’appeler encore « Maître.»
La Guinée est ce qu’elle est devenue, parce que les repères moraux et les valeurs humanistes ont déserté la plupart de ceux qui devaient les transmettre aux générations montantes. Générations présentes, évitons de continuer à emprunter ce chemin des dérives !
En 1954, jeune instituteur, Aboubacar Biro Diallo, est Directeur du cours élémentaire de Timbo. Il est scandalisé, de constater que la même paillote, qui avait servi de cadre scolaire, 20 ans plus tôt, constitue toujours l’école du canton. Il remonta jusqu’à Conakry pour voir le gouverneur de l’époque et lui demander une subvention pour la construction de quatre classes. Elles sont toujours visibles à Timbo.
Biro est né patriote. Il n’a jamais manqué les moindres signes de l’expression de ce patriotisme. Ainsi eut-il des démêlées avec le chef de canton, le fils de l’Almamy Sory de Dara. Après cela, il fit simplement victime d’une mutation arbitraire, en 1955, à Kankan comme complément d’effectif.
Tout proche de nous, en 1991, Lansana Conté, fort instruit de la personnalité d’El Hadj Biro, trouva en lui, sans le lui faire savoir, celui qui pouvait l’aider à asseoir sa politique que nous avons connue. Pour l’avoir avec lui, il demanda à sa défunte fille, Aye Diouldé (celle-ci travaillait à l’époque à la Présidence) de tout mettre en œuvre pour qu’il rencontre son père. El Hadj Biro déclina l’offre pour céder, plus tard, sous la pression familiale.
Lansana Conté se présenta, à lui, comme celui qui ne « veut pas laisser le pays dans les mains des aventuriers » (Conté faisait allusion dans ce contexte, à la diaspora, qui lui avait prouvé la division de ses membres). Il proposa à El Hadj la formation d’un parti politique national devant regrouper toutes les composantes et sensibilités guinéennes, contrairement à la configuration que dessinait l’opposition politique guinéenne. C’est vrai qu’en ce temps, plusieurs partis avaient pion sur rue !
El Hadj se retira à Mamou et travailla, sur les statuts du parti national à créer, auquel Lansana Conté, lui-même, prédestinait le nom de PUP (Parti de l’Unité et du Progrès). Il lui remit les résultats de sa réflexion, trois jours plus tard.
Lansana Conté le prit en sa compagnie pour se rendre au camp Samori. Les deux arrivèrent dans une salle de l’intendance bondée de monde dont : Aboubacar Somparé, Facinet Touré, Germain Doualamou, Alpha Ousmane Diallo, Décazy, Koundiano….
Quand Lansana Conté prit la parole, il leur demanda à tous, de fusionner tous leurs mouvements à son soutien, et de se mettre à la disposition d’El Hadj Biro. Tous ces gens étaient majoritairement, des anciens élèves de celui-là. Mis devant le fait accompli, Biro accepta cette part du destin qui se déroulait à la lumière de l’histoire. Pendant trois semaines, tous travaillèrent et convinrent de la proposition d’un Conseil National. Il eut lieu à Mamou : le PUP fut créé et ses instances mises en place. C’est là que Lansana Conté intronisa El Hadj Biro, Secrétaire Général du PUP, jusqu’au congrès.
Mais les deux hommes (Lansana Conté et El Hadj Biro) sont différents, et avaient des objectifs différents. Mieux, ils ont eu une éducation différente et des parcours très différents.
Leur confrontation était inévitable ! Celle-ci ne tarda pas. Elle atteignit son point culminant avec l’arrestation d’Alpha Condé, patron du RPG. El Hadj Biro risqua tout, pour sa libération.
On nous a parlé de Kaporo-rail ! El Hadj Biro n’a joué aucun rôle, sinon que de dire à Lansana Conté d’arrêter. D’ailleurs, le début de la destruction du quartier l’avait trouvé en mission à l’étranger. La casse de Kaporo-rail aurait été pilotée par le vieux Naby Youla, avec, dit-on, le soutien de sa fille Suzanne Youla et les appuis d’Ousmane dit Américain, Alpha Ousmane Diallo, Docteur Mamadou Saliou Diallo (à l’époque Maire de Ratoma par délégation et, plus tard, Ministre de la santé), MBemba Bangoura et la complicité active de Cellou Dalein Diallo des grands travaux.
Est-il besoin aujourd’hui de parler du courage de Biro face à la tyrannie de Sékou Touré et Lansana Conté ?
A présent, pourquoi condamner son soutien aux jeunes patriotes ? Ne sent-il pas dans ses veines, ce dont il a rêvé en s’engageant en politique, mais que les desseins de Sékou Touré et Lansana Conté ont trahi ? Et puis, en homme libre, pourquoi lui interdirait-on d’afficher son choix ? Soyons simplement tolérants !
Paris, le 23 mars 2009
Jacques KOUROUMA pour www.guineeactu.com
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