mardi 24 mars 2009
El Hadj Boubacar Biro Diallo n’a-t-il pas droit à la liberté d’opinion ?
Jacques Kourouma

Il y a eu deux déclarations du très respectable premier Président de l’Assemblée nationale guinéenne de la deuxième République. Chacune se fait l’écho de la Guinée profonde, et de tous ceux qui souhaitent le véritable renouveau de la Guinée.

El Hadj Boubacar aurait pu rester indifférent de la situation guinéenne et finir tranquillement ses jours prescrits par Allah. Parce qu’aucun Guinéen, aujourd’hui, ne peut mieux témoigner de l’histoire de notre pays que lui, qu’il lui serait impardonnable de ne pas indiquer la voie salutaire à son pays. Il connaît suffisamment la Guinée et le parcours de nombre de ses leaders politiques.

Il a été au commencement de la naissance de notre souveraineté, donc de notre indépendance. Il a cru au destin heureux de la deuxième République. Hélas ! Comme Sékou Touré, Lansana Conté a détourné le cours de l’histoire dont il le croyait être un sincère animateur. Aujourd’hui, il assiste à l’enfantement de la troisième République. Les actes qui l’annoncent l’ont-ils encouragé ?

Simplement, pour son parcours, tous les Guinéens devraient être heureux d’avoir cette grande bibliothèque de leur histoire nationale. De par toutes les considérations, notre éducation et en tant qu’africains, nourris des valeurs qui sont les nôtres, El Hadj Boubacar Biro ne mérite que respect. Il est l’une des figures emblématiques de la Guinée.

C’est pourquoi, j’emboîte le pas à notre frère Mamadou Billo Sy Savané, pour apporter non pas un témoignage, mais simplement demander aux guinéens de toute génération confondue, le sens de l’honneur. Il commence par le respect que nous devons à ceux de la classe de notre père, à celles de l’âge de notre mère. C’est l’un des enseignements de nos traditions, aussi différentes et si diverses qu’elles soient.

J’ai été scolarisé à Télimélé, au lycée de Kolly, de 1974 à 1976, avec pour Directeur Monsieur Saïdou Diallo. A cette époque, El Hadj Boubacar Biro Diallo était Directeur Régional de l’Education.  J’étais jeune, mais mes parents et ceux de leur génération, ne tarissaient pas d’éloge sur son bilan.

Homme juste, sévère et droit. Je partageais la même classe que l’une de ses filles. Je n’ai jamais connu de différence de traitement inégalitaire entre elle et nous autres. C’était le temps du CER. Nous étions tous soumis aux mêmes corvées de la Révolution.

Patriote inégalé, il réussit à réhabiliter l’éducation à Télimélé et dans ses localités. Il était capable d’avaler des kilomètres et des kilomètres à pied pour aller vérifier, par lui-même, l’état des infrastructures scolaires. Des contrées lointaines, comme Konsotami, Daramagnaki, Brouwal…, ne l’étaient pour lui. Il partait, ici et là, pour s’assurer que les enfants de ces villages sont scolarisés. Il savait que la Guinée d’aujourd’hui, sera faite par ceux-là.

Les lycées de Kolly et de Dara sont les témoins de son patriotisme, de son volontarisme et le symbole de son dévouement à la Guinée. Il a toujours cru que seule l’éducation de la jeunesse peut permettre la poursuite de la construction de la nation.

Je ne pouvais parler de Biro « national », aujourd’hui, si mes parents ne m’avaient pas conté ces faits, parce que j’étais assez jeune, à l’époque, pour discerner cela. 

En remontant dans l’histoire, dans les années 60, donc après l’indépendance, le jeune Boubacar Biro Diallo, fut le seul capable, avec peu de moyens, de former, pendant six longues années, les enseignants qui pallièrent, à leur sortie, la carence d’enseignants causée par le départ des colons.

Situons les faits dans leur contexte !

Parmi les membres du PDG, Aboubacar Biro Diallo était de ceux qui voulaient recouvrer la liberté, que le 2 octobre 1958 octroya à notre pays. Sékou Touré qui, à un moment, s’inquiétait de ce qu’ils pourront faire, une fois l’indépendance acquise, Biro lui avait répondu : « Nous agirons avec nos propres moyens.»

En 1960, Sékou Touré lui confia la formation des enseignants en ces termes : « Tu es de ceux qui ont voulu  de l’indépendance,  maintenant nous sommes confrontés à la pénurie d’enseignants, il faut trouver des solutions. » El Hadj Biro s’y attela avec abnégation et, en partage avec sa battante épouse, Hadja Hadiatou Dramé, aujourd’hui décédée. Cette dernière, à côté de son époux, fut la mère de tous les élèves de celui-là.

C’est ainsi que Dabadou vit le jour et, plus tard, l’Ecole Normale Supérieure qui est devenue  l’Université Julius Nyéréré de Kankan.

Les élèves et enseignants qu’il a formés s’accordent sur sa probité, sa rigueur morale et son sens de responsabilité. Ils continuent de l’appeler encore « Maître.»

La Guinée est ce qu’elle est devenue, parce que les repères moraux et les valeurs humanistes ont déserté la plupart de ceux qui devaient les transmettre aux générations montantes. Générations présentes, évitons de continuer à emprunter ce chemin des dérives !

En 1954, jeune instituteur, Aboubacar Biro Diallo, est  Directeur du cours élémentaire de Timbo. Il est scandalisé,  de constater que la même paillote, qui avait servi de cadre scolaire, 20 ans plus tôt, constitue toujours l’école du canton. Il remonta jusqu’à Conakry pour voir le gouverneur de l’époque et lui demander une subvention pour la construction de quatre classes. Elles sont toujours visibles à Timbo.

Biro est né patriote. Il n’a jamais manqué les moindres signes de l’expression de ce patriotisme. Ainsi eut-il des démêlées avec  le chef de canton, le fils de l’Almamy Sory de Dara. Après cela, il fit simplement victime d’une mutation arbitraire, en 1955, à Kankan comme complément d’effectif.

Tout proche de nous, en 1991, Lansana Conté, fort instruit de la personnalité d’El Hadj Biro, trouva en lui, sans le lui faire savoir, celui qui pouvait l’aider à asseoir sa politique que nous avons connue. Pour l’avoir avec lui, il demanda à sa défunte fille, Aye Diouldé (celle-ci travaillait à l’époque à la Présidence) de tout mettre en œuvre pour qu’il rencontre son père. El Hadj Biro déclina l’offre pour céder, plus tard, sous la pression familiale.

Lansana Conté se présenta, à lui, comme celui qui ne « veut pas laisser le pays dans les mains des aventuriers » (Conté faisait allusion dans ce contexte, à la diaspora, qui lui avait prouvé la division de ses membres). Il proposa à El Hadj la formation d’un parti politique national devant regrouper toutes les composantes et sensibilités guinéennes, contrairement à la configuration que dessinait l’opposition politique guinéenne. C’est vrai qu’en ce temps, plusieurs partis avaient pion sur rue !

El Hadj se retira à Mamou et travailla, sur les statuts du parti national à créer, auquel Lansana Conté, lui-même, prédestinait le nom de PUP (Parti de l’Unité et du Progrès). Il lui remit les résultats de sa réflexion, trois jours plus tard.

Lansana Conté le prit en sa compagnie pour se rendre au camp Samori. Les deux arrivèrent dans une salle de l’intendance bondée de monde dont : Aboubacar Somparé, Facinet Touré, Germain Doualamou, Alpha Ousmane Diallo, Décazy, Koundiano….

Quand Lansana Conté prit la parole, il leur demanda à tous, de fusionner tous leurs mouvements à  son soutien, et de se mettre à la disposition d’El Hadj Biro. Tous ces gens étaient majoritairement, des anciens élèves de celui-là. Mis devant le fait accompli, Biro accepta cette part du destin qui se déroulait à la lumière de l’histoire. Pendant trois semaines, tous travaillèrent et convinrent de la proposition d’un Conseil National. Il eut lieu à Mamou : le PUP fut créé et ses instances mises en place. C’est là que Lansana Conté intronisa El Hadj Biro, Secrétaire Général du PUP, jusqu’au congrès.

Mais les deux hommes (Lansana Conté et El Hadj Biro) sont différents, et avaient des objectifs différents. Mieux, ils ont eu une éducation différente et des parcours très différents.

Leur confrontation était inévitable ! Celle-ci ne tarda pas. Elle atteignit son point culminant avec l’arrestation d’Alpha Condé, patron du RPG. El Hadj Biro risqua tout, pour sa libération.

On nous a parlé de Kaporo-rail ! El Hadj Biro n’a joué aucun rôle, sinon que de dire à Lansana Conté d’arrêter. D’ailleurs, le début de la destruction du quartier l’avait trouvé en mission à l’étranger. La casse de Kaporo-rail aurait été pilotée par le vieux Naby Youla, avec, dit-on, le soutien de sa fille Suzanne Youla et les appuis d’Ousmane dit Américain, Alpha Ousmane Diallo, Docteur Mamadou Saliou Diallo (à l’époque Maire de Ratoma par délégation et, plus tard, Ministre de la santé), MBemba Bangoura et la complicité active de Cellou Dalein Diallo des grands travaux.

Est-il besoin aujourd’hui de parler du courage de Biro face à la tyrannie de Sékou Touré et Lansana Conté ?

A présent, pourquoi condamner son soutien aux jeunes patriotes ? Ne sent-il pas dans ses veines, ce dont il a rêvé en s’engageant en politique, mais que les desseins de Sékou Touré et Lansana Conté ont trahi ?  Et puis, en homme libre, pourquoi lui interdirait-on d’afficher son choix ? Soyons simplement tolérants !

 

Paris, le 23 mars 2009

Jacques KOUROUMA
pour www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Dieng Boubacar, samedi 28 mars 2009
Mr. Mr Soumah, c`est justement puique j`ai reagi a un article qui parle de l`intervention de Biro. Il y`a tant d`autres qui ont fait la meme chose comme vous le dites si bien mais on ne parle pas de ceux la dans cet article. J`ai tout simplement voulu rester dans le cadre du debat. Par aileurs j`ai entendu Mr. Biro dire je cite <> Je n`ai rien qu`un grand respect pour ce vieux, ce sont des idees que nous mettons en confrontation, cela n`a rien a voir avec sa personne Mr Soumah! j`ai suivi son intervention televisee avec attention et j`ai dit mon mot c`est tout
Morlay soumah, vendredi 27 mars 2009
Dieng Boubacar tu dis que Brio n`a pas reçu le mandat du peuple de Guinée...pourquoi tu dis pas aux autres sage qui sont venu de toute la Guinée pour soutenir le CNDD et parler au nom de leur communauté...Biro n`a pas parlé au nom de tous les Guinéens il a parlé en son nom et a donné son avis et son opinion sur la situation de la guinée en disant à DADIS de nettoyer devant chez lui et nettoyer la guinée de prendre son temps et pas plus de 2 ou 3 ans...qu`est ce tu veux alors? pourquoi les sage du fouta , de la haute guinée, de la forêt, de la basse Guinée sont venu soutenir DADIS et le CNND au nom de leur communauté? pourqoi tu parles pas de ça et tu les condamne pas? Pourqoi tu condamne pas la jeunesse qui soutien DADIS ? pourqoi tu denonce pas les femme qui sont venu lui apporter son soutien... ce n`est pas Biro seul qui a dit à DADIS de prendre son temps tous les vieux sage de la Guinée lui a dit ça et même l`Imam de la mosquée fayçal El hadj Ibrahim Bah...pourquoi d`en prendre au viex biro seul? je ne comprend votre acharnement sur le vieux...
Dieng Boubacar, jeudi 26 mars 2009
Personne ne peut nier le fait que Elhadj Biro est un patriote, il s`est fait distinguer par ces prises de positions radicales contre le regime Conte, mais il faut autant reconnaitre que Vieux Biro n`a pas consulter le peuple de Guinee pour demander leur avis sur la transition avant de parler a son nom! S`il est vrai que nous cherchons a promouvoir la `democracie` que les gens arretent alors de parler au nom des autres. Je ne peux accepter que Elhadj Biro aille a Conakry et parle au nom du peuple de Guinee alors qu`il n`a pas depasse Mamou. Il veut nous dire que la Guinee s`arrete la ou bien les avis des autres ne sont pas importants? C`est cette dictature depassee et ce droit ds`ainesse que nous voulons banir dans ce pays. Vive la liberte d`expression! vive les minotites, vive le peuple de Guinee qui n`a pas eu l`occasion de s`exprimer sur les ondes de la tele et la radio nationales Cheers!
MAD, mercredi 25 mars 2009
Bangaly Traore, laisse msr Jacques faire pour le moment c`est qu`il peut mieux. Donc de nous etaler la verité des choses et non se lancer en POLITIQUE. Sinon le net sera si vite monotone, avec fadeur
Albert LAMAH; Dakar, mercredi 25 mars 2009, mercredi 25 mars 2009
Une belle analyse et rafraichissante de memoire. C`est bien analyser, dit et compris.
Cissé Oumar de Bma, mercredi 25 mars 2009
Bravo Jacques!Ces derniers temps, je suis heureux de te lire et même d`imprimer certains de tes articles qui sont de vraies pages d`Histoire. Il est temps d`organiser des débats et des conférences pour toutes les générations (dans les lycées, collèges et universités en particulier, pour éclairer la conscience de notre jeunesse, à l`intérieur et à l`étranger). J`apprends des choses très utiles sur le net car, je suis parti depuis 1972 et j`ignore plein de choses sur mon pays).
Bangaly Traore, mercredi 25 mars 2009
Ma question pourquoi notre Frere Jacques ne tente pas sa chance pour etre candidat dans notre pays,car l`homme est capable.
hamidou de canada, mercredi 25 mars 2009
Th.Hamidou Barry USA tu veux des élections? Beh va en Guinée faire tes élections... t`est assis aux USA entrain de mager et tu parles des élections en Guinée alors que tu connais rien de la réalité du pays...C`est des gens comme toi qui veulent la perte de la Guinée mais faites attentions les gars.tous les gens mouillé dans des combines ne seront pas président en Guinée... donc si tu connais pas la réalité du pays ferme là...
AUGER Bernard, mercredi 25 mars 2009
J`ai beaucoup de respect pour El Hadj Biro DIALLO qui m`a toujours reçu en ami à l`Assemblée Nationale lorsqu`il était Président ou à son domicile. Je ne l`oublierai jamais.
Th.Hamidou Barry USA, mercredi 25 mars 2009
je pense"L`affaire de Kaporail" c`est n`etait pas Dr Mamadou saliou qui etait maire,mais plutot Mamadou Barry qui etait maire d`alors. Nous nions pas Biro a ete un grand en qualite humaine,mais nous refusions qu`ils nous raconter de ragots on a besoin de ragouts...Jack! arrete ce symposium,nous voulons les elections a tout prix.
MAD, mercredi 25 mars 2009
Merci msr Jacques pour votre temoignage. D`ailleurs moi je ne portais pas grand attention á ce que les autres ecrivent sur Elhadj. Car je sais que c`est des gens qui connaissent mal l`homme comme moi. Donc des gens de la generation 70-80 comme moi qui est de 80. Dans tout le cas je conseillerai á ces compatriotes lá de bien etudier le passé s`ils veulent savoir le present. Respect áu grand Biro. Vive la Guinne unie á bas l`ethnocentrisme
tutankhamon, mercredi 25 mars 2009
wonderful! renier la place de Biro dans notre histoire,c`est de se renier soit meme. IL a ete du debut au confin de la fin. Merci Jaques pour cette brillante biographie du vieux lion.
Youssouf Bangoura, mardi 24 mars 2009
Merci encore mr Jacques pour ce nouveau temoignage concernant elhadj Biro, au fond de ma petite personne s`il y a un guinéen ajourd`hui à qui j`ai confiance dans ses langages c`est bien ce vieux Biro. Je ne connaissais pas ses faits avant et après notre independance mais, je l`avais aimé quand il avait pris des risques pour defendre Mr Alpha condé alors que ce dernier etait en prison. Voilà un patriote qui a osé defier un pouvoir pour la liberté d`un opposant, tous ceux qui le critiquent aujourd`hui n`arrivent pas à sa petite cheville. Quel crime a-t`il commis ? Il a bien raison de dire au cndd de rester au pouvoir le temps qu`il faut, c`est les mêmes qui ont pourri la guinée qui réclament les élections ajourd`hui. Dites à elhadj Biro que tous les dignes fils de la guinée le soutiennent.
morlaye soumah, mardi 24 mars 2009
Merci Mr Kourouma d`éclaircir la lanterne des Guinéens sur un vrais patriote qui est El Hadj Boubacar Biro Diallo... les gens commadité qui sont là raconter n`importe quoi sur lui comme le nommé "SOW" comprendront qui il est et que c`est un homme qui a beaucoup fait pour la Guinée qu`il aime tan...

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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