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Dans cette interview accordée à notre rédaction, le président de l’UPR, Bah Ousmane aborde notamment les sujets relatifs au fonctionnement de la Commission ad hoc, de l’enrôlement des électeurs, de la création d’un bloc parallèle aux forces vives.
Le Démocrate : Que peut-on dire de la commission ad hoc que les forces vives ont demandé au président Dadis ?
El hadj Bah Ousmane : Il faut rappeler tout d’abord que nous avons effectivement rencontré monsieur le Président. Suite à cette rencontre, les forces vives ont souhaité qu’une commission ad hoc soit mise en place pour évaluer la situation relative au déroulement de la transition. Chose que le président a bien accepté. Depuis, les forces vives sont en concertation pour définir tous les contours qui s’attachent à la création de cette commission ad hoc, aussi bien la mission et le mandat qui pourraient être conférés à la commission. Pour tout dire, je fonde un espoir sur le travail de concertation qui devrait résulter de la mise en place de cette commission ad hoc, dans la mesure où lorsqu’on est engagé dans un processus, il est de pratique qu’on puisse évaluer la situation de ce processus à mis parcours. En effet, depuis la prise du pouvoir par l’armée et suite à l’avènement du CNDD, les partis politiques, les organisations de la société civile et syndicale qui se sont regroupés au sein des forces vives, ont adhéré au programme du CNDD. Et particulièrement en ce qui nous concerne au niveau de l’UPR, nous avons adhéré à ce programme et nous avons décidé d’accompagner ce programme. Parce que, tout simplement le programme reprenait les objectifs que nous nous sommes fixés dans le cadre de la bonne marche de notre pays vers la démocratie. Maintenant nous voulons faire une évaluation à mis parcours depuis que le CNDD a pris le pouvoir, c’est une démarche normale. Vous savez qu’avec l’évolution des choses, le CNDD a fait un projet de chronogramme. Ce projet a été soumis aux forces vives et qui ont callé ce chronogramme dans le temps en définissant des séquences pour arriver aux échéances. Le chronogramme est donc une succession de séquences et des programmes dans un temps imparti. Dans l’exécution d’un chronogramme, si une séquence prend du retard par rapport à celles qui se suivent, il y a inévitablement des répercussions sur les séquences à venir ; d’où la nécessité de procéder à cette évaluation et voir ce qui a été fait, comment ça été fait, ce qui reste à faire et comment ce qui reste à faire sera fait. Donc, cela doit être la tâche de la commission ad hoc. J’insisterais particulièrement en ce qui nous concerne à l’UPR sur deux séquences fondamentales et préalables à tout processus électoral. Primo, c’est le cadre juridique et secundo l’enrôlement des électeurs en vue de l’établissement d’un fichier électoral assaini et fiable. Par rapport au cadre juridique, ce cadre juridique n’est autre chose que la loi fondamentale et tous les textes organiques qui s’amarrent à la loi fondamentale. Aujourd’hui, j’entends dire qu’il faut aller aux élections. C’est le but de tout parti politique, c’est vrai. Mais, il ne s’agit pas d’aller à des élections pour des élections. Nous avons toujours appelé de nos vœux la tenue d’élections libres, crédibles et transparentes dans notre pays. Pour cela, nous avons demandé pour que des conditions soient créées. Nous avons obtenu la mise en place de la CENI. Il faut maintenant que nous puissions avoir un fichier électoral fiable. Puisqu’avec la prise du pouvoir, la constitution a été suspendue. Aujourd’hui, nous n’avons aucun cadre juridique qui consacre l’existence des institutions républicaines. Il faut absolument que nous ayons ce cadre juridique qui consacre l’existence donc des institutions républicaines qui définissent les relations entre les institutions républicaines. Et qui définissent aussi les critères de désignation de choix des femmes, des jeunes et des hommes, qui pourraient prétendre les suffrages du peuple pour participer au fonctionnement de ces organismes. Il y a des questions très importantes que nous devons résoudre. Il me semble que nous devons accorder une attention particulière à la mise en place des cadres juridiques. Quant au fichier électoral, nous n’avons jamais connu de fichier électoral dans ce pays depuis que les élections se déroulent. Maintenant qu’on a l’opportunité d’avoir un fichier électoral assaini et fiable, je pense qu’il faut mettre les bouchées double pour qu’on ait cet autre élément fondamental pour le déroulement d’un processus crédible. Voilà ce que je pense et ce que nous avons à faire. Il ne s’agit pas d’aller à des élections bâclées pour des élections bâclées. Nous pouvons les organiser du jour au lendemain si c’est dans des conditions que l’on connaît depuis 1993 jusqu’à 2005.
Pendant que vous vous retrouvez entre forces vives dans le cadre de la commission ad hoc, de l’autre côté un autre camp appelé ‘’bloc des forces républicaines’’ se retrouve également. A ce niveau, peut-on parler d’une division au sein de la classe politique nationale ?
Ecoutez, la division entre les partis politiques, je ne vais pas m’hasarder à établir cela. Ce que je peux dire, il faut être démocrate, il faut reconnaître les uns et les autres et reconnaître la liberté d’opinion. Le processus de démocratisation d’un pays repose sur la pluralité des idées et celle des sensibilités. Si nous au sein des forces vives, nous sommes fixés un idéal mais, il ne faut pas dénier aux autres de penser autrement. Dès lors qu’on dénie aux autres de penser autrement, on cesse d’être dans un processus de démocratie. On ne peut pas emprisonner la pensée des autres, chacun est libre d’exprimer une opinion, de l’exposer, de défendre cette opinion dans le cadre d’un débat.
L’Etat vient de débloquer 15 milliards Gnf pour la CENI. Pensez-vous qu’avec ce montant on peut tenir les élections à la fin de l’année 2009 ?
Ecoutez, tout à l’heure je vous disais qu’en ce qui nous concerne à l’UPR, nous avons des conditions préalables, à savoir le cadre juridique et le fichier assaini et fiable. Il faut ajouter à cela, la mobilisation des ressources financières. Celle- là même qui permet d’acquérir le matériel et de faciliter le déroulement de tout le processus électoral. Aujourd’hui, s’il y a le déblocage des 15 milliards dont on a parlé tant, je dis que c’est une avancée très positive dans le cadre du processus de mobilisation des ressources financières. Comme vous le savez, nous avons aujourd’hui atteint plus de 79% du point de vue de l’enrôlement sur le plan national. Il y a l’autre composante non négligeable que représentent les guinéens de l’étranger pour lesquels il faut organiser les opérations d’enrôlement. Alors, si les milliards débloqués permettent d’une part de corriger les insuffisances au plan de l’enrôlement local, d’autre part, l’enrôlement des guinéens de l’étranger, je dirais que c’est une avancée considérable qui nous permettra d’aller vers le processus électoral.
Nombreux sont les citoyens qui pensent que l’opération d’audit déclenchée par le CNDD n’est pas arrivée à son terme, car disent-ils, des prédateurs de notre économie se promènent encore. Partagez-vous cet avis ?
Je ne devais pas présager que la méthode de travail du CNDD soit ceci ou cela. Ce que je retiens, je sais qu’il y a un programme du CNDD qui porte notamment sur la moralisation des finances publiques. Cet indicatif a été salué par les populations guinéennes y compris l’UPR. Je voudrais ouvrir une parenthèse que nous, dans le cadre de notre opposition au régime Conté, nous nous sommes toujours battus contre la mal gouvernance.
Nous avons toujours appelé à la bonne gouvernance des derniers publics. Si dans le programme du CNDD, il figure cette opération de la récupération des deniers publics, hé bien ceci correspond aux objectifs que nous nous sommes fixés dans le cadre de la bonne gouvernance. Il y a eu effectivement des opérations d’audits qui ont démarré. De nos jours, je ne dispose pas d’informations qui me permettent de juger de l’avancement ou non de ces opérations d’audits. Ce qui est important et que je voudrais préciser est que la forte adhésion des populations au programme du CNDD était due à cette décision de procéder à la moralisation des finances publiques et aussi la lutte contre les narcotrafiquants et l’insécurité. Il me semble que le CNDD devrait garder le cap sur ces trois objectifs. Les Guinéennes et Guinéens tiennent beaucoup à en juger l’expression libre des citoyennes et citoyens de la Guinée.
Aly Badara Condé Le Démocrate, partenaire de
www.guineeactu.com
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