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Les signes ne trompent plus. Le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) semble avoir fait de la fourniture d’eau et d’électricité la priorité de ses priorités. Ce qui, de l’avis des observateurs politiques, n’est pas de nature à réjouir toutes celles et tous ceux qui ne cessent de caresser l’espoir de voir les élections se tenir en Guinée dans les meilleurs délais.
Rendant la première République, le président Ahmed Sékou Touré ne ratait aucune occasion pour attirer l’attention sur l’extraordinaire richesse du sol et du sous-sol de son pays. « La Guinée est un véritable scandale géologique…Tous les métaux précieux, en inventaire scientifique, se sont donné rendez-vous en Guinée », aimait-il rappeler à ses interlocuteurs ou lors des rencontres publiques. Aujourd’hui, l’on peut ajouter également que la Guinée est un pays de paradoxes par excellence. Elle est considérée par les spécialistes et autres experts en Hydraulique, non sans raison, comme le château d’eau de l’Afrique occidentale. Ses potentialités hydroélectriques pourraient faire pâlir de jalousie n’importe quel pays en développement. Mais paradoxalement, après cinquante ans d’indépendance et en dépit de cette extraordinaire richesse du sol et du sous-sol de leur pays, les Guinéens n’ont toujours pas un accès facile à l’eau et à l’électricité. Dans les campagnes et les centres urbains, les pauvres populations continuent d’éprouver toutes les peines du monde à s’approvisionner en eau potable, une denrée indispensable pour l’homme. Pendant la saison sèche, il n’est pas rare de voir dans certains quartiers défavorisés de Conakry (la capitale guinéenne) des groupes de femmes ou d’enfants, bidons en main ou bassines sur la tête, en train de parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau potable. Une scène qui prêterait vraiment à sourire si ce n’était pas l’honneur de la nation tout entière qui était en jeu. Quand l’eau manque cruellement dans la capitale d’un pays considéré comme un château d’eau, il y a de bonnes raisons de se poser un certain nombre de questions sur la façon dont les affaires sont gérées dans ledit pays. C’est face donc à cette situation que le CNDD et leur président, au lendemain de leur avènement au pouvoir, ont jugé nécessaire de faire de la fourniture d’eau et d’électricité une priorité, pour ne pas dire la priorité de leurs priorités. Le 18 mai dernier, le président de la République, capitaine Moussa Dadis Camara, a solennellement lancé la vaste campagne dénommée « Eau et électricité pour tous ». Mais le CNDD et le gouvernement Komara pourront-ils, en si peu de temps (période transitoire) donner de l’eau et du courant électrique aux populations guinéennes ? Voilà une pertinente question que bon nombre d’observateurs attentifs se posent présentement. Les détracteurs de cette campagne estiment plutôt que pour le CNDD, la priorité des priorités devrait être l’organisation rapide des élections libres, crédibles et transparentes pour remettre le pouvoir aux civils. Selon les experts, il faut des investissements conséquents pour que la situation s’améliore véritablement dans les secteurs stratégiques de l’eau et de l’électricité. Or, tel est encore loin d’être le cas en Guinée. La SEG (Société des eaux de Guinée), le SNAPE (Service national d’aménagement des points d’eau) et l’EDG (Electricité de Guinée) se sont montrés jusqu’ici notoirement incapables de donner entière satisfaction à leurs clientèles respectives. Et pour ne rien arranger, les Guinéens ont appris ces dernières années à ne plus payer régulièrement et intégralement leurs factures d’eau et d’électricité. Un casse-tête donc pour le CNDD et les sociétés censées produire et distribuer ces deux « denrées rares » dans tout le pays.
Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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