La semaine dernière, à la faveur du lancement des travaux de profilage dans la ville de N’Zérékoré, le maire Cécé Loua a tenu un discours dans lequel il a loué les actions entreprises jusqu’ici par le CNDD et proposé 5 ans comme durée de la transition en cours. Ce qui prouve à suffisance que tous les Guinéens, pour des raisons diverses, n’aimeraient pas voir le capitaine-président Moussa Dadis Camara et son équipe quitter le pouvoir en 2009.
Depuis la prise du pouvoir par le capitaine Moussa Dadis Camara et ses compagnons du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement), les Guinéens continuent de se diviser sur la question relative à la durée de la transition censée consacrer le retour effectif à l’ordre constitutionnel.
Pour certains, à force de l’exercer au quotidien, avec tous les avantages qui s’y rattachent, les militaires finiront par s’accrocher au pouvoir. Donc, la solution pour ces derniers, c’est d’amener la junte au pouvoir à accepter une transition de courte durée. Les forces vives de la nation (partis politiques, syndicats, société civile, confessions religieuses) et la communauté internationale, dans son ensemble, font partie de cette catégorie-là.
Pour d’autres par contre, le CNDD et son jeune président, le capitaine Moussa Dadis Camara, ne sont pas obligés d’obéir, à l’œil et au doigt, à ceux qui se font passer pour les bien-pensants de la nation ou d’accepter, sans aucune réaction, des décisions émanant de la communauté internationale. El hadj Boubacar Biro Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale, aura été l’une des premières personnalités politiques du pays à prendre fait et cause pour le successeur du Général-Président Lansana Conté.
Lors d’une rencontre organisée, il y a quelques mois, au camp Alpha Yaya Diallo, le Vieux Biro, avec le courage et le franc-parler qu’on lui reconnaît, a conseillé au capitaine-président Moussa Dadis Camara de prendre le temps nécessaire pour procéder à un nettoyage systématique de la maison Guinée qui, sous le régime Conté, n’avait pratiquement rien à envier aux légendaires Ecuries d’Augias. Ce nettoyage à la guinéenne consisterait, entre autres, à engager une lutte, sans merci, contre le narcotrafic dont le pays était devenu une véritable plaque tournante, à moraliser la vie publique, à promouvoir un dialogue sincère entre toutes les composantes sociopolitiques de la Guinée, à restructurer profondément l’armée, à combattre résolument l’ethnocentrisme, le régionalisme, le népotisme et le clanisme sous toutes leurs formes.
Par la suite, il y a même eu des leaders politiques, présentés à tort ou à raison comme des candidats potentiels à la prochaine élection présidentielle, qui ont tenu à dire haut et fort que, techniquement, des élections crédibles ne pourraient pas se tenir au dernier trimestre de 2009. C’est le cas, notamment, de l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, aujourd’hui président du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN). Une prise de position qui a valu à ce diplomate de carrière, nouvellement descendu dans l’arène politique, une vague de critiques plus ou moins fondées.
Les jeunes des cinq communes de Conakry, lors d’une grandiose manifestation de soutien organisée au stade du 28 septembre, sont allés eux aussi jusqu’à proposer au capitaine Moussa Dadis Camara et à ses compagnons du CNDD de rester au pouvoir jusqu’en décembre 2010. Et de là, à parler d’une jeunesse manipulée, il y a un pas que certains ont, pour des raisons qui leur sont évidemment propres, franchi avec empressement.
D’autres voix, plus ou moins autorisées, ne cessent de s’élever également pour demander aux autorités actuelles de continuer leur ‘’nettoyage’’ jusqu’en 2010.
La semaine dernière, ce fut au tour du maire de N’Zérékoré de se prononcer ouvertement en faveur du maintien du capitaine Moussa Dadis Camara et de son équipe au-delà de 2009. Cécé Loua a mis à profit la cérémonie de lancement des travaux de profilage dans sa ville pour proposer, au minimum, 5 ans comme durée de la transition en cours. Ce qui ne manquera de faire jaser ceux qui, visiblement, ne cachent plus leur impatience de voir la junte remettre le pouvoir aux civils le plus rapidement possible.
Mamy Dioubaté
Le Démocrate, partenaire www.guineeactu.com