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Le chef de l’Etat capitaine Moussa Dadis Camara est entre deux chaises : partir en décembre 2009 ou jouer les prolongations comme le lui demandent certains jeunes. A l’évidence, c’est sa parole qui est en jeu. Explications.
Le dimanche 29 mars dernier, le Stade du 28 septembre a fait le plein comme un œuf géant pour accueillir le président de la République et du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). C’était sur l’invitation de la jeunesse des cinq (5) communes de la capitale Conakry. Au regard de l’enthousiasme que le capitaine Moussa Dadis Camara suscite chez la plupart de ses compatriotes, l’ampleur de la mobilisation n’avait rien de surprenant. En fait, ce n’est-là qu’une confirmation. La preuve de la popularité de la junte militaire actuelle et son chef ayant été donnée lors de sa première rencontre avec la couche juvénile en janvier dernier au Palais du peuple. Cependant, la rencontre de dimanche dernier avait un surcroît d’intérêt pour la simple raison que la question de la durée de la transition engagée le 23 décembre 2008 a refait surface. Avait-elle d’ailleurs disparu ? En tout cas, les jeunes présents au Stade du 28 septembre n’ont pas permis au chef de l’Etat d’aller au bout de son intervention. Et pour cause : la clameur assourdissante qui a suivi son propos selon lequel les élections présidentielles auront lieu en décembre 2009. Une période synonyme de la fin de la transition conduite par le capitaine Moussa Dadis Camara. Ne pouvant leur répondre ipso facto, le chef de l’Etat les a invités à suivre une déclaration qu’il comptait faire dans cette même nuit du dimanche. Intervenue seulement à 23 heures au lieu de 20 heures comme annoncé, cette adresse du n°1 de la junte militaire a laissé comprendre que le CNDD était obligé de prendre en compte les vœux et les aspirations de chacune des composantes de la société guinéenne. Et sur ce coup, les porte-parole des jeunes ont opté pour des élections présidentielles seulement en décembre 2010. Prenant ainsi le contre-pied du chronogramme électoral proposé et déjà avalisé par le chef de l’Etat. Lequel chronogramme propose la fin du processus électoral donc de la transition en décembre 2009 à travers l’organisation des élections présidentielles après celles législatives prévues en octobre de la même année. Ainsi, ce qu’on croyait acquis semble sur le point d’être renégocié car le chef de l’Etat a promis au cours de sa déclaration du dimanche que les questions relatives à la transition seront débattues dans un cadre plus large et avec tous les Guinéens. Comme pour dire que la possibilité d’une prolongation de la transition au-delà de 2009 pourrait ne pas être écartée. Car, cette jeunesse saisira à bras-le-corps cette tribune de débat annoncée par le président Dadis pour marteler à nouveau son ardent désir de voir la transition suivre son cours jusqu’en décembre 2010. Faut-il rappeler d’ailleurs que les deux jeunes qui avaient pris la parole au nom de la jeunesse devant le Groupe international de contact sur la Guinée, le 16 mars dernier au Palais du peuple, avaient rejeté le chronogramme proposé par les forces vives et entériné le vendredi 27 mars par le président du CNDD dans un communiqué lu à la RTG. Aujourd’hui, tout porte à croire que c’est au bout du débat annoncé par le chef de l’Etat que l’on pourrait connaître la décision, peut-être révisée, du capitaine Moussa Dadis Camara. Après avoir souscrit à la proposition faite par les forces vives de la nation, nombre d’observateurs attendent de savoir si le président de la République va revenir sur son engagement. En effet, une partie de ces observateurs craint qu’une telle démarche ne crée une situation de crise politique dont la Guinée se passerait bien par ces temps qui courent. D’autant que ces forces vives, et la Communauté internationale qui suit de près la conduite de la transition ont déjà pris acte du blanc-seing que le chef de l’Etat a donné au chronogramme des forces vives. Cependant, ces deux entités ne sont pas exemptes de toute critique. Certains reprochent aux forces vives notamment aux partis politiques leur empressement à aller aux élections sans tenir compte de la nécessité de laisser le CNDD mener à terme le travail de redressement du pays. Il s’agit de la lutte contre la corruption, le narcotrafic, le grand banditisme et la réforme de l’armée guinéenne. Quant à la Communauté internationale, on fustige sa promptitude à exiger des élections sans trop se préoccuper des réalités internes. Bref, les positions de ces deux entités sont rejetées en bloc par certains jeunes et au-delà même par beaucoup d’autres Guinéens. Car, il s’agit bien de certains jeunes. En ce sens qu’aucun sondage encore moins un référendum n’a prouvé que tous les jeunes Guinéens optent pour cette prolongation. D’autant que certains sentent comme une odeur de manipulation par les autorités du Gouvernorat de Conakry dont l’actuel patron est connu pour sa très grande ou sa trop grande proximité d’avec certains membres du CNDD. Encore que certaines mauvaises langues commencent à se délier au sujet du fonds injecté dans l’organisation de cette manifestation. Mieux, il n’est pas besoin de rappeler que la jeunesse guinéenne ne se limite pas à celle de la capitale. Une frange importante de cette jeunesse se trouve dans nos villes et villages à l’arrière-pays. C’est dire que la seule chose dont on pourrait être sure, reste le soutien de l’écrasante majorité de la jeunesse guinéenne aux réformes audacieuses engagées par le CNDD.
Par conséquent, certains analystes pensent que le chef de l’Etat devrait faire très attention à ce genre de démarche. Le capitaine Moussa Dadis Camara qui est réputé être un homme qui tient à la parole donnée va-t-il tourner casaque sur la base de l’appel du dimanche dernier? En tout cas, d’autres croient qu’il n’a rien à perdre en acceptant le chronogramme proposé par les forces vives. Car après tout, c’est la réalité du terrain qui commande quant à la matérialisation dudit calendrier transitionnel. C’est dire que la modification de ce chronogramme devra s’imposer d’elle-même lorsque le constat aura été fait par l’ensemble des acteurs qu’il ne peut plus être respecté. S’il venait à changer de décision, le chef de l’Etat pourrait alimenter le brasier des suspicions quant au respect des engagements pris. Pourtant, «L’homme d’honneur préfère la ruine de son champ à celle de sa parole », dit l’adage. Comme pour dire que le capitaine Moussa Dadis Camara dont on dit qu’il est entré dans l’histoire, doit marcher sur des œufs pour éviter les nombreuses chausse-trappes qui parsèment le chemin politique.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
Réactions sur la durée de la transition
Suite au meeting tenu au Stade du 28 Septembre le dimanche dernier, et au cours duquel des jeunes ont souhaité une prorogation de la transition, nous avons recueilli les réactions des leaders de l’UPG et des NFD.
Mouctar Diallo, président des NFD
« La modification du chronogramme des forces vives a des risques »
D’abord, je voudrais qu’on rectifie une chose. Ce qui a été dit au Stade du 28 septembre a été dit par un groupe de jeunes. Ce n’est pas la voix de la jeunesse comme on voudrait le faire croire. D’autant plus que tous les jeunes ne sont pas d’accord sur l’idée de prorogation de la transition jusqu’en décembre 2010. Je connais beaucoup de jeunes qui étaient ce jour là déçus des déclarations faites au nom de la jeunesse. Il faut souligner que certains jeunes sont allés par contrainte au Stade. C’était des étudiants qui ont reçu des instructions de la part de leurs professeurs pour aller au Stade. Mais d’autres aussi sont allés par enthousiasme ou ont été instrumentalisés. Donc, on ne peut dire que c’était la jeunesse de Conakry. Parce que même les jeunes qui ont parlé au nom des communes, on se demande sur quelle base ils ont parlé ? Ils n’ont pas été désignés par les jeunes des communes. Il n’y a eu aucune réunion ou assemblée de jeunesse pour qu’ils soient désignés comme porte parole des communes. C’est plutôt des jeunes qui ont été coptés. Donc, on ne peut pas dire que c’est la jeunesse de Conakry encore moins celle de la Guinée tout entière qui a demandé le report des élections pour fin 2010. Maintenant par rapport à la réponse du président du CNDD, je ne vois pas l’opportunité de ce discours à partir du moment où le président avait déjà accepté par un communiqué la proposition des forces vives qui limite la transition à 1 an. Aussi, il faut noter que son discours réponse à la jeunesse n’était pas clair, parce que n’étant assorti d’aucune décision concrète. Il avait simplement dit qu’un forum allait être organisé. Et je suis d’avis pour le forum mais à condition que les discussions portent sur le contenu de la proposition des forces vives qui est déjà acceptée par le CNDD, voire la faisabilité de cette proposition. Car, la modification du chronogramme des forces vives a ses risques. D’abord, nous verrons là une discrimination du CNDD et de son président, parce qu’on ne peut pas dire une chose et faire son contraire en l’espace de 24 heures. Sinon, même la Communauté internationale n’aura plus confiance aux engagements du CNDD et de son président. Et même les Guinéens n’auront plus confiance à leur président. D’ailleurs, la proposition des forces vives est claire et concrète. Partant même de la proposition de la CENI, le 16 avril marque la fin du processus d’enrôlement des électeurs. Et le fichier électoral sera corrigé et publié au plus tard le 30 août, et à partir du 1er septembre les cartes d’électeurs seront distribuées. Donc, la CENI est en train de prendre des dispositions concrètes pour corriger les difficultés sur le terrain en vue de parfaire et améliorer le processus électoral. C’est donc sur ces bases que nous nous sommes dit de mettre en place le Conseil national transitoire, qui se chargera du toilettage de la constitution. Je pense que si cela est fait, rien ne nous empêchera avec l’appui de la Communauté internationale de tenir les législatives le 11 octobre et les présidentielles le 13 décembre 2009. Surtout quand il y a eu des transitions qui ont réussi en un an. Au Mali par exemple, la transition n’avait duré que treize (13) mois. Mais les Maliens avaient pu organiser quatre (4) élections. C’est pourquoi, nous demandons surtout qu’il y est une volonté politique et militaire de la part du CNDD, et que des actes concrets soient pris dans le sens de la mise en œuvre de la proposition des forces vives. Donc qu’un groupe de jeunes parlent aujourd’hui au nom de toute la jeunesse on ne peut comprendre cela. Parce que laissez-moi vous dire que les partis politiques aussi ont leurs jeunes. Et c’est pareil pour les syndicats et la société civile. Donc, on ne peut pas dire que la jeunesse a demandé à ce que le CNDD reste jusqu’en 2010.
Jean Marie Doré
« Je souhaite que le chronogramme soit respecté »
Le président Dadis a accepté sans condition aucune le chronogramme des forces vives pour la tenue des élections. La date pour les législatives a été fixée au 11 octobre, le premier tour des présidentielles le 13 décembre. S’il n’y a pas d’élu à l’occasion du premier tour, la date du 2ème a été fixée pour le 27 décembre. Ça, c’est une prévision qu’on ne maîtrise pas dans ses finalités. Parce que c’est tributaire des circonstances, des évènements, etc. Après tout ça, les gens ont cru devoir organiser un meeting avec des personnes qu’ils ont baptisées les jeunes, pour demander que la date des élections soit fixée en 2010. Mais, nous sommes trois groupes d’acteurs. Il y a le CNDD qui représente l’exécutif, il y a les forces vives qui représentent le peuple de Guinée dans sa totalité. Je vous rappelle que les forces vives sont composées d’une soixantaine des partis politiques, de la totalité des centrales syndicales, de la totalité de l’Organisation de la Société civile, du patronat et des quatre coordinations régionales de la Guinée. Ce qui est beaucoup plus que les gens qui se sont réunis au Stade du 28 septembre que je respecte profondément. Mais s’il faut parler de représentativité, ceux qui composent les forces vives sont plus représentatifs. Et puis et surtout, vous avez la Communauté internationale qui comprend les Nations Unies, l’Union européenne, l’Union africaines, la CEDEAO, l’Union du fleuve Mano. Donc, c’est l’ensemble de la Communauté internationale qui coopère avec nous. Cette Communauté internationale a salué et félicité le président Dadis Camara d’avoir accepté le chronogramme. Mais elle sait en même temps que la Guinée et ses organisations politiques, sociales et économiques sont tributaires des évènements de l’avenir. Alors, je ne vois pas cette agitation autour de la date des élections. Je n’en comprends pas le fondement. Qui va organiser des élections s’il n’y a des difficultés matérielles sur le terrain ? Donc, je ne crois pas que quelqu’un aime le président Dadis Camara plus que nous qui constituons les forces vives, qui constituons la classe économique, qui constituons la force sociale, etc. Donc, c’est dans l’intérêt de la Guinée et du président Dadis que le processus électoral soit maîtrisé. Il y a d’abord actuellement un obstacle que vous ne pouvez pas sauter si vous voulez des élections crédibles. Il s’agit de l’enrôlement exhaustif et complet autant que possible de la population appelée à voter. Et nous ne pourrons pas aller aux élections tant que ce processus n’est pas terminé. Donc voilà le problème. Je félicite le président Dadis Camara d’avoir accepté notre chronogramme. Et je souhaite vivement de tout mon cœur que le chronogramme soit respecté. Et je souhaite de tout mon cœur que le chronogramme ne soit pas changé parce qu’il poserait un problème de crédibilité que personne ne souhaite. Voilà mon commentaire sur ce qui se dit, et je pense que le président Dadis Camara qui est le meilleur défenseur de tout ce qui fait l’ordre moral, politique, économique et social.
Propos recueillis par Samory Keita & Ismaël Diallo L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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