lundi 1 décembre 2008
Du retour à la chefferie traditionnelle
Thierno Dayèdio Barry

J’ouvre un débat à la fois sensible et embarrassant, du moins, pour ceux qui n’y verraient qu’une façon voilée de prôner le retour à la division sociale, à la dictature, à la prédominance d’un groupe, d’un clan sur d’autres, voire à un sacrilège que Sékou Touré, à son temps, a détruit, en mettant fin au règne des chefs traditionnels.

Si c’est sous cet angle que vous percevez le sujet, alors, je ne me laisserai pas aller à des polémiques stériles. Toutefois, je suis ouvert aux critiques, au débat contradictoire, pourvu que la force des arguments l’emporte sur la passion de disserter.

J’ose affirmer que la suppression de la chefferie traditionnelle a conséquemment nui à nos sociétés, aussi bien dans leurs structures que dans leur fondement. Tant il est vrai que l’absence de chef aboutit inévitablement à l’anarchie. L’on me dira, certes, que l’ancienne structure sociale a été remplacée par une nouvelle dont le mode de fonctionnement et le contrôle sont régis par des textes de loi conformes au système d’administration, tel que cosigné dans la Loi fondamentale. Mais pourquoi a-t-on supprimé la chefferie traditionnelle ? Parce que Sékou Touré y voyait un véritable lobby susceptible de nuire à l’absolutisme de son pouvoir. Or, les chefs traditionnels, sans être des choix populaires, représentaient une sorte d’élus providentiels, tirant leur légitimité de la tradition. Aussi faut-il souligner que le chef avait toujours cet avantage, qu’il est descendant d’un ancêtre qui a fait ses preuves, par sa science, son savoir ou sa bravoure. N’était donc pas chef qui y aspirait, il fallait réunir un minimum de qualités, dont entre autres, l’honnêteté, la franchise, la droiture, le respect du serment, des biens publics, la rigueur, l’amour du terroir.

Rarement dans l’histoire, des populations, dans nos sociétés, se sont révoltées contre la chefferie traditionnelle. La vie sociale était conçue de manière que chacun savait à quoi il pouvait aspirer, à quoi il avait droit. La vie était harmonieuse et le respect de l’autre était sacré.

Chacun se doit, dans cette société traditionnelle, de se conformer à un code de conduite social, auquel toute dérogation est punie de façon exemplaire.

Une mauvaise lecture de nos traditions fera voir en cette société, une organisation sociale fondée sur l’arbitraire, dans laquelle il n y aurait que chefs et esclaves, nobles, hommes de castes et de métiers. Même en admettant ce schéma assez simpliste, il y a que dans cette société, chacun était fier d’appartenir à son groupe social, à son rang et personne n’enviait l’autre, au point de le persécuter.

Aujourd’hui, c’est à un bouleversement que nous assistons. La chefferie traditionnelle a été remplacée par une chefferie de circonstance composée d’hommes, parfois sans assise traditionnelle, qui sont imposés aux populations contre leur gré, à travers des nominations arbitraires et autres recours occultes.

Dès lors, se comprennent tous les troubles dans la gestion de nos localités.

Nos traditions sont détruites. Le laisser-aller et le laisser-faire ont, énormément, nui à nos coutumes. Ce désordre créé et entretenu s’est répercuté sur l’ensemble du pays. Le droit d’aînesse n’existe plus.

Il y a comme une implosion sociale dont les conséquences risqueraient d’être dramatiques. La démission des parents devant l’éducation des enfants, l’anxiété de la jeunesse sans repères, la crise de conscience sociale, la corruption, le manque de patriotisme, l’impunité, le favoritisme, le laxisme, le culte de la médiocrité, sont, entre autres, des maux générés par l’inexistence d’une base traditionnelle qui devrait permettre au guinéen de reconquérir son identité propre. Notre société s’abâtardit à travers de nouvelles structures inappropriées. Le traditionnel est abandonné au profit du tâtonnement. Il y a comme une démission collective devant l’histoire de notre terroir. Au Mali, il existe un ministère de la santé et des personnes âgées, un vestibule des anciens. Tout cela, pour perpétuer la tradition et donner des repères à la jeunesse. Des émissions radiodiffusées sont faites sur les thèmes qui ont trait aux coutumes des différentes ethnies du pays.

Je prône le retour à la chefferie traditionnelle pour toutes ces raisons et pour bien d’autres.

Le débat est ouvert.

Thierno Dayèdio Barry  
L’indépendant, partenire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ansoumane Doré, jeudi 4 décembre 2008
Qu`on partage ou non toutes les questions que soulève M.Barry ici,il faut reconnître leur importance dans un pays comme le nôtre.Par delà l`institution de la chefferie traditionnelle qui, comme le dit un précédent intervenant s`était assez pervertie sous la colonisation,la question fondamentale abordée du reste par M. Barry est la perte des repères sociaux qui étaient codifiés dans nos traditions.Or même les nations présentées en modèles au monde entier conservent quelque part certaines de leurs traditions qu`elles "modernisent" continuellement mais ne les abandonnent pas en si peu de temps pour une nation (50 ans)comme cela s`est passé chez-nous.C`est au regard de cette évolution que le texte de M. Barry est très intéressant.
Souleymane, Mardi, 2décembre 2008, mardi 2 décembre 2008
Bonjour Mr BARRY. Vous avez bien fait d`ouvrir le débat sur la chefferie traditionnelle.Mais vous avez oublié dans votre article de parler de l`autre côté de la chose.Je vous rappellle que les faits de la vie sont comme une médaille.Il ya toujours deux côtés.Vous n`êtes pas sans savoir que les chefs trationnels étaient les plus grands collaborateurs des colons.Ils étaient d`ailleurs plus méchants que les colons.Si le colon demandait un boeuf,le chef traditionnel en demandait dix aux polpulations locales.Le colon ne recevait que le seul boeuf qu`il a demandé.Les neuf autres étaient pour le chef.C`est comme ca que les chefs traditionnels se sont enrichis sur le dos des populations.C`EST CE QUE VOUS DEFENDEZ Mr BARRY ? CESSEZ DE DEFENDRE L`INDEFENDABLE JE VoUS EN PRIE? Comme le débat est ouvert,j`attends votre réponse.
Mamadou Oury Diallo, (Canada), lundi 1 décembre 2008
Mr Barry, c`est avec grand intérêt que la Ligue à lu votre analyse sur la nécessité, oui ou non, de retourner à la chefferie tradionnalle. Ce sujet est de grand intérêt pour la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée, dans la mesure où nous sommes convaincu que la Démocratie ne peut aller de l`avant dans nos sociétés en ignorant nos coutumes et usus. Au sein de la Ligue, nous pensons que la question de savoir si oui ou non il faut retourner à la chefferie tradionnelle ne se pose plus car, nous avons déjà fait le choix de la république. Nous sommes absolument d`avis avec vous lorsque vous affirmez que l`abandon de la chefferie tradiotionnelle nous a conduit dans une situation anarchique et de tatonement, mais, au sein de la Ligue, nous sommes convaincu que seule la Démocratie dans son sens le plus authentique peut fédérer nos diversités culturelles, canaliser nos énergies et nos talents, et accoucher d`une nation prospère. A présent il serait plus judicieux de refléchir ensemble dans quelles mesures les traditions et coutumes locales peuvent contribuer à édifier notre démocratie. C`est sur cette réflexion que la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée se penche, et dans ci-peu nous mettrons à la connaissance de toutes et tous le résultat de cette reflexion... Sincères salutations!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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