vendredi 27 mai 2011
DSK, symbole du FMI
Doug Bandow

Dominique Strauss-Kahn, le désormais ex-directeur général du Fonds monétaire international, a droit à la présomption d'innocence après l’affaire de l’hôtel Sofitel à Manhattan. Mais les accusations de viol qui pèsent sur lui symbolisent en réalité tout à fait le FMI : une institution bénéficiant de privilèges, qui agit systématiquement au détriment des plus vulnérables.

L’objectif fondateur du FMI a disparu lorsque le système de changes fixes s'est effondré dans les années 1970. Mais au lieu de fermer boutique (plus d'emplois pour les bureaucrates internationaux donc !), le FMI s’est trouvé une seconde vie dans la promotion du « développement » : il est devenu un programme de redistribution pour les États du Tiers-Monde (et, plus récemment, pour l'Europe de l’Est et même la Grèce).

Le FMI a passé des décennies à subventionner les cas désespérés de la planète. Peu, sinon aucun, ont progressé grâce à ses programmes. Pire encore, si le prêt n'avait pas rapporté, ils devaient toujours le rembourser - et le FMI imposait de façon routinière des plans d'austérité sévères aux États emprunteurs pour assurer le remboursement, provoquant des émeutes à travers le monde.

En théorie, le FMI a seulement aidé les États qui ont adopté de sages politiques pour permettre à leurs économies de connaître croissance et progrès ‒ mais très souvent l'agence se trompait sur ce qui est « sage ». Elle s’est fréquemment concentrée sur des données comptables étroites, avec des conséquences perverses, comme par exemple forcer les États à augmenter les impôts plutôt que de réduire les dépenses.

Même lorsque le FMI a poussé pour des réformes intelligentes, il a rarement été un maître exigeant : de nouveaux emprunts suivaient régulièrement les anciens qui avaient échoué. Le Pérou a par exemple négocié 17 programmes différents sur une période de sept ans. Il y a des années de cela, l'économiste John Williamson évoquait le problème du FMI sentant la pression de devoir « prêter de l'argent afin de justifier le fait d'en avoir ». En effet, le FMI semble mesurer son succès à l’aune des montants des prêts qu’il accorde.

En conséquence, son argent a souvent servi de subvention générale pour des politiques économiques collectivistes (Williamson a défendu un jour le FMI contre la critique selon laquelle il était trop pro-marché, en pointant du doigt ses prêts à plusieurs pays communistes irréductibles). En effet, l'agence niait fièrement toute partialité à l’encontre des systèmes collectivistes, invoquant « des programmes dans tous les types d'économies », qui se sont « accommodés de dispositifs non-marché tels que les contrôles de production, les prix administrés et les subventions ».

Il a parfois semblé favoriser les politiques les plus perverses. Par exemple, durant les 40 premières années du FMI, l'Inde a recueilli plus d'argent de lui que tout autre État en développement ‒ à une époque où l'Inde poursuivait un programme d'industrialisation de type soviétique.

Aujourd'hui, le dossier de l'organisation semble moins mauvais simplement parce qu'il y a moins de régimes calamiteux auxquels prêter après la chute du communisme. Mais le Fonds est devenu un roi du sauvetage en Amérique latine, en Asie et maintenant en Europe.

Il y a un problème encore plus insidieux. Les prêts du FMI ont vraisemblablement reporté les vraies réformes ‒ en permettant aux gouvernements de se maintenir sans effectuer les changements difficiles qui mènent à la croissance de long terme. Cela semble se produire aujourd'hui en Grèce ‒ où le Fonds a poussé pour davantage de prêt et pour un nouveau sauvetage (à la consternation de l'Allemagne, qui paye une bonne partie de la note).

Ainsi, M. Strauss-Kahn a peut-être rendu un véritable service (public) en attirant l'attention sur le FMI. Avec l'Amérique dans le rouge, Washington devrait cesser de gaspiller de l'argent dans cette institution pernicieuse.


Doug Bandow
Ancien attaché spécial au président Ronald Reagan,
Analyste au Cato Institute à Washington DC.


Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Kourouma Ibrahim, mercredi 1 juin 2011
Les institutions créées par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale ne sont plus adaptées à la réalité du monde en cette aube du 21 ième siècle! l`ONU et ses structures, les institutions de Bretton Woods ne répondent plus aux aspirations de la majorité de l`humanité. Le FMI et la BM devrait coller aux réalités de la finance mondiale avec comme changement majeur la place qu`occupe to day les grands pays emmergeants. Mais il faut reconnaitre que les changements attendus au niveau de ces institutions auront très peu d`incidence sur notre continent trop pauvre et ne représentant que 1% des échanges dans le monde et 0,3% de la production de biens et de services vendus et achetés! Donc les africains devraient d`abord s`assurer d`avoir une alimentation suffisante, un système de santé adéquat, une éducation moderne de ses fils afin d`assurer son encrage à la locomotive de l`économie mondiale. Lors du dernier G8, les grands de ce monde ont clairement prouvé aux africains qu`ils ne comptent pas même si on les invite pour meubler la grande messe des gouvernants du monde civilisé et développé. C`est aux africains de définir leurs priorités de développement et pour cela ils ont deux alternatives: soient être suffisamment bien organisés et éduqués pour prendre leur destin en main (comme l`ont fait les asiatiques) ou élaborer des plans de développement et attendre la manne venant des riches! Donc chèrs frères africains, l`existance ou non des institutions créées par les vainqueurs de la seconde war n`a aucune importance pour nous. D`ailleurs quel est le prix du sac de riz actuellement à Taouyah, Sandaga ou sabangali à N`Djamena?
Mory Diakité, dimanche 29 mai 2011
Dans le fond, je suis assez opposé à ce qu’écrit ce monsieur Bandow. En effet, le FMI, tout comme l’ONU, la Banque Mondiale ou l’OMC (ex GATT) sont des institutions que les vainqueurs de la seconde guerre mondiale ont mis en place pour ne plus qu’il y ait à nouveau un conflit de cette nature et de cette ampleur. Or, depuis 1945, le monde a énormément changé. Et le FMI aussi. C’est vrai que le FMI, tout comme les autres institutions de Bretton Wood a commis beaucoup d’erreurs. Mais l’institution l’a reconnu (lire à ce propos l’excellent article Assessing Aid—What Works, What Doesn`t, and Why) et a profondément changé, notamment sous la direction de DSK. A son crédit, il faut reconnaître que sans l’activisme du FMI durant la crise financière de 2008, tous les Etats allaient basculer dans le « chacun pour soi », ce qui allait ouvrir la voie à des mesures de protectionnisme pour les uns et à des mesures de rétorsion pour les autres. Je ne suis pas un grand défenseur de ces institutions internationales. Je l’ai souvent dit sur ce forum. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César. Le FMI est utile mais pas pour le développement des Etats, en particulier en Afrique.
A.O.T. Diallo, samedi 28 mai 2011
Couleur Tropicale, je te conseille fraternellement de relire a tête reposée le livre de Dambissa Moyo et nous faire ensuite une analyse sérieuse de là où elle a tort...
Gandhi, samedi 28 mai 2011
Couleur tropicale, vous n`avez pas lu l`ouvrage de Dambisa Moyo, mais vous avez compris au moins, qu`elle refusait que l`Afrique continue à mendier, alors qu`elle possède des moyens propres, qu`elle pourrait mettre en valeur. Encore faudrait-il que les pays soient dirigés par des personnes compétentes. Pour ce qui concerne la Chine, elle dit que les Africains ne doivent pas rejeter les Chinois, sous prétexte qu`ils se comportent comme les Occidentaux.
se, samedi 28 mai 2011
toutes ces organisations internationale, ONU, FMI, BANQUE MONDIAL, Ont toujours exploiter les pays pauvres au profit des pays riches. cela y a toujours ete le cas, continue den etre et sera toujours le cas. Mais comme les pays pauvres et faibles sont aussi les pays dont les peuples sont moins intelligent, on va toujours continuer d`etre membre des ces organisations internationales et de les acceuillir chez nous a bras ouvert. sinon comment expliquez vous que des pays comme la Guinee, le Rwanda continue d`etre membre de l`ONU apres l`abandon total du Rwanda pendant les premieres heures du Genocide Rwandais.
Tutankhamon, samedi 28 mai 2011
Depuis quand le libre echange est forcement synomyme de capitalisme?
Couleur Tropicale, samedi 28 mai 2011
Moyo, Dambissa (2009) est-elle vraiment une référence en matière d`aide publique au développement. Elle prône pourtant le libre-échange donc cautionne l`idée du capiatlisme sauvage. Elle soutien vaguement le pillage du continent noir par une Chine avide de ressources minières et pétrolières pour assouvir sa gourmandise. Où allons-nous vraiment ?
Tutankhamon, vendredi 27 mai 2011
Pour ne pas mourir de faim, les africains doivent utiliser les idées de Dambissa Moyo, une fille d`afrique, wassalam.
Mory Diakité, vendredi 27 mai 2011
Je donnerai mon avis sur le fond un peu plus tard. Mais sur la forme, je ne peux qu`être d`accord avec M. Bandow. Le FMI a toujours baisé les Africains (permettez moi cette familiarité). DSK n`a donc fait que ce que son institution nous fait depuis bien longtemps...sans impunité.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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