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Human Rights Watch est une ONG américaine de défense des Droits de l’homme basée en Allemagne. Elle vient d’adresser une correspondance au chef de la junte le capitaine Moussa Dadis Camara, dans laquelle elle demande au président du CNDD de faire la lumière sur les tueries de janvier 2007, tout en s’attelant à l’organisation d’élections libres et crédibles dans les meilleurs délais, dans le cadre de la transition. Human Right Watch insiste aussi sur la nécessité pour la junte de se débarrasser de ses brebis galeuses, qui auraient trempé dans des tueries et des tortures de pauvres citoyens.
D’entrée Human Rights Watch demande au président de la République de prendre des ‘’ mesures concrètes et significatives pour résoudre la crise constitutionnelle survenue à la suite du récent décès du Président Lansana Conté, et d’aborder certains problèmes chroniques en matière de droits humains et aux faiblesses correspondantes de l’Etat de droit qui ont caractérisé son administration durant 24 années.’’
Pour cette ONG de défense des Droits humains, l’amélioration de la réputation de la Guinée en matière de droits humains devrait figurer parmi les toutes premières priorités du nouveau gouvernement. C’est dans cette optique que HRW a émis les recommandations suivantes, à savoir : Faire respecter le droit de tous les Guinéens de choisir leurs représentants dans le cadre d’élections parlementaires et présidentielle libres, équitables et transparentes dès que possible. Abroger l’interdiction de toute activité politique et syndicale, imposée par le CNDD le 23 décembre 2008 et Accepter un contrôle international adéquat des élections. Le respect des droits humains fondamentaux des Guinéens n’est dans en reste dans cette requête. Cela aux yeux de Human Right Watch doit passer forcement par le fait de : Garantir que la Commission d’enquête indépendante, créée pour enquêter sur l’assassinat d’au moins 137 manifestants non armés par des forces de sécurité pendant la grève de janvier et de février 2007, soit financée et opérationnelle dès que possible. Garantir que l’Observatoire national pour la démocratie et les droits de l’homme, mandaté pour enquêter sur les violations des droits humains et de mener des initiatives d’éducation des droits humains, soit entièrement opérationnel et financé, et autorisé à fonctionner indépendamment. Et enfin garantir une enquête approfondie sur tous les membres du CNDD et du gouvernement récemment nommé, concernant leur éventuelle participation à des violations de droits humains, à des actes de corruption, ou à d’autres crimes graves, et s’assurer qu’ils sont tenus responsables pour tout crime qu’ils auraient commis, conformément aux normes internationales de procès équitables.
Pour ce qui est des élections parlementaires et présidentielle, l’ONG se réjouit de l’engagement de la junte à organiser des élections avant la fin de l’année 2009, et demande au gouvernement de prendre des mesures concrètes afin de garantir leur tenue dès que possible. Human Right Watch ne va pas de main morte quant à ses critiques portant sur l’impunité liée aux violations des droits humains, une des conséquences de la faiblesse de l’Etat de droit.
Elle révèle des cas de ‘’ torture, d’exécutions extrajudiciaires, d’extorsion de fonds dont font l’objet les citoyens, ainsi que d’autres graves violations commises essentiellement par des membres des forces de sécurité. Les auteurs de ces abus ont profité d’une immunité quasi totale’’, écrit l’ONG. Qui recommande au CNDD de garantir le fonctionnement de la commission d’enquête relative aux abus liés à la grève.
« La Guinée a l’obligation selon le droit international de mener une enquête approfondie et indépendante sur les violations de droits humains perpétrées par les forces de sécurité et autres, suivie de poursuites judiciaires contre les personnes contre qui des preuves sont réunies, conformément aux normes internationales. Ces poursuites devraient inclure les personnes dans des positions d’autorité, celles qui donnaient les ordres ou celles qui étaient dans une position d’empêcher les abus mais qui ne l’ont pas fait. »
Et d’assurer un soutien financier et logistique à l’Observatoire national de la démocratie et des droits de l’homme, et de lui permettre de fonctionner indépendamment. Votre soutien déclaré à l’ONDH est une des mesures importantes par lesquelles votre gouvernement peut montrer son soutien à la protection et à la promotion des droits humains.
Cet Observatoire national de la démocratie et des droits de l’homme (ONDH), a été mis en place pour enquêter et rapporter sur les violations de droits humains, mener des initiatives d’éducation sur les droits humains, essentiellement au sein des forces de sécurité, et conseiller le gouvernement sur des sujets liés aux droits humains et au droit humanitaire. A la fin de 2008, l’ONDH a mené quelques investigations mais n’est pas encore entièrement opérationnel dû à des problèmes de financement.
La vérification et la conduite des membres du CNDD fait partie des préoccupations de Human Rights Watch qui dit avoir reçu des’’ informations crédibles sur la présence au sein de la CNDD d’officiers militaires qui ont été liés à de graves violations de droits et à des crimes, dont la torture. Compte tenu de ces préoccupations, HRW prie la junte ‘’ d’examiner minutieusement les dossiers de ceux qui occupent une place actuellement au sein du CNDD et du nouveau gouvernement. Tout individu contre qui des preuves existent, sur sa participation dans le passé à des violations de droits humains, à des actes de corruption, ou à d’autres crimes graves, doit être poursuivi en justice conformément aux normes internationales relatives aux procès équitables’’, exige l’ONG.
En attendant de savoir comment Dadis va s’y prendre pour satisfaire aux exigences de Human Right Watch, il y a lieu de rappeler que le gouvernement de Lansana Kouyaté s’était heurté au refus de l’entourage du président Conté, de mener des enquêtes sur les tueries de janvier 2007. Le successeur de Kouyaté Dr Ahmed Tidiane Souaré, nommé en mai 2008, n’a pas non plus osé s’aventurer sur cette piste, ce malgré les injonctions des organisations de défense des droits de l’homme. Les regards sont tournés à présent vers le capitaine Dadis, qui aura certainement son mot à dire sur cet épineux dossier.
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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