mardi 20 avril 2010
Drame de Tormélin : la cérémonie

Dans la matinée, alors que certains habitants de Conakry n’avaient pas encore quitté leurs lits, ce lundi ayant été décrété férié, chômé et payé par le gouvernement, un véhicule militaire transportant les corps des 4 victimes du tragique accident survenu dans la localité de Tormélin a quitté la morgue du CHU de Donka pour faire un tour à travers la commune de Kaloum, le quartier administratif de la ville.

Le cortège funèbre qui était bien encadré par des services de la sécurité fortement déployés pour la circonstance, a marqué des arrêts symboliques à la Bourse du travail, le siège de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), au niveau de la Radiotélévision guinéenne (RTG) et au siège de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), la centrale qui était dirigée par Dr Ibrahima Fofana.

A chacun de ses arrêts le clairon fut soufflé, histoire d’en rajouter à la solennité de l’événement.

Le cortège funèbre va ensuite rebrousser chemin vers le palais du peuple où l’essentiel de la cérémonie devait se dérouler.

Une foule immense avait tout de même pris d’assaut les lieux, au moment où le véhicule transportant les dépouilles arrivait.

La cérémonie fut présidée par le Premier ministre chef du gouvernement de transition M Jean-Marie Doré, accompagné de tous les membres de son gouvernement, de la Présidente du Conseil national de la transition, des membres du corps diplomatique et consulaire accrédités en Guinée.

Le représentant du Bureau international du travail (BIT) était également de la partie.

Plusieurs discours furent prononcés, en guise d’hommage et de témoignages aux quatre personnes disparues dans l’accident de Tormelin.

Ces discours ont été l’occasion de magnifier les œuvres, les projets et surtout les ambitions et l’engagement des disparus dans un élan de combat dans le processus de démocratisation de la Guinée.           

Le message du gouvernement fut livré par le Premier ministre chef du gouvernement Jean-Marie Doré, qui a rendu un hommage mérité aux victimes, avant d’indiquer que Dr Ibrahima Fofana et tous les autres sont morts debout pour la paix sociale en Guinée.

« Dr Ibrahima Fofana, Hadja Magbé Bangoura, et tous les autres se sont battus pour le triomphe de la liberté et de la paix dans notre pays», a souligné le Premier ministre Jean-Marie Doré, qui n’a pas manqué de rappeler la lutte syndicale et le combat pour la liberté que les disparus ont toujours menés leur vie durant.

 C’est pourquoi au nom du gouvernement, la mémoire des disparus a été saluée et leurs noms gravés dans les annales de histoire de la Guinée, dira Jean Marie Doré.

A la fin de son discours le PM ira en personne saluer toutes les familles des disparus, installées juste derrière les dépouilles.

Ensuite suivra le discours de Hadja Rabiatou Serah Diallo, Présidente du CNT et camarade de lutte syndicale de Dr Ibrahima Fofana.

Hadji Rabi a dans son discours rappelé plusieurs faits marquants du combat syndical qu’elle a mené avec Dr Fofana sur tous les fronts. Et d’ajouter : « Avec Dr Fofana, j’ai connu les moments les plus exaltants de ma vie, de ma carrière. Très tôt il a compris le sens de sa mission au sein du monde syndical de notre pays et dans le monde ».

Plus loin la présidente du CNT qui était sous le coup de l’émotion a indiqué en passant, le rôle joué par le syndicaliste Fofana dans la résolution des crises sociales qui ont secoué le pays ces dernières années.

« Nos camarades ici couchés, sont tombés les armes à la main. Leurs sacrifices ne doivent pas demeurer vains », dira Hadja Rabiatou avant de préciser que les circonstances de la mort restent encore à élucider.

L’intervention de Hadja Rabiatou Serah Diallo sera suivie d’autres interventions d’acteurs de la société civile, de la Fédération des banques et assurances, du Mouvement social Guinéen et du Mouvement syndical national et international, du Conseil économique et social etc.

Pour sa part, Mme Mariame Penda Diallo, ministre de la Fonction publique a souligné que « Les 50 ans de l’usine de Fria, réclamait des sacrifices. Ces combattants sont morts sur le chemin de la bataille pour la paix et la quiétude sociale dans notre pays ».

Le doyen Thierno Maadjou Sow, président de l’OGDH a au nom du Mouvement social guinéen, rendu un vibrant hommage aux syndicalistes et aux deux journalistes.

Il a noté que toutes les victimes sont mortes sur le chemin de la liberté pour notre pays. Et d’ajouter : « je crois que l’hommage que nous leur rendons n’aura un sens que si nous nous battons pour notre idéal commun de liberté, de démocratie ».

Une mission de sept personnes du Bureau international du travail et de la Fédération internationale du travail a aussi rendu hommage aux victimes par leur porte-parole, un certain Ibrahima Barry.

De même que des investisseurs italiens présents dans la salle qui ont déposé des gerbes de fleurs devant les dépouilles, suivi de la lecture d’un message de reconnaissance à l’endroit des victimes.

La deuxième phase de la cérémonie a consisté à la décoration des victimes à titre posthume par le Chancelier de l’Ordre national du mérite, le général Facinet Touré.

Tout d’abord, les syndicalistes Dr Ibrahima Fofana et Mme Keita Hadja Magbé Bangoura, furent été élevés au rang d’Officiers de l’Ordre national du mérite.

Egalement, les deux jeunes journalistes furent élevés au rang de Chevaliers de l’ordre national du mérite.

A noter que Dr Ibrahima Fofana, né à Dabola le 12 janvier 1952, est marié et père de six (6) enfants vivants.

C’est en 1975 qu’il obtiendra son premier diplôme d’Etudes Supérieures, option Economie, à l’Université de Conakry, avant d’aller poursuivre ses études post- universitaires à Moscou.

Il débute sa carrière bancaire à la Société générale des banques en Guinée en 1985.

Il est parmi ceux qui ont créé les premiers mouvements multi- syndicaux dans les années 90 et est aussi parmi les créateurs des premières institutions bancaires privées de Guinée en 1986 et l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG), crée en 1993 et dont il fut le Secrétaire général.

Mme Keita Magbé Bangoura est née quant à elle en 1956 à Coyah.

Elle fit de brillantes études de secrétariat, avant de se lancer dans la lutte syndicale où elle s’est illustrée ces dernières années aux côtés des Rabiatou Sérah Diallo.

Mariée, elle est mère de 11enfants dont 7 sont en vie.

Lamba Mansaré et Aboubacar Lansana Camara sont eux des jeunes gens qui étaient en début de carrière professionnelle à la RTG.

Connus pour leur engagement, ces deux journalistes étaient au cœur de tous les événements qui se déroulaient dans le pays.

Après le palais du peuple, la procession s’ébranla vers la grande mosquée Fayçal où des prières furent prononcées à la mémoire des disparus, avant l’inhumation des corps au cimentière de Cameroun, dans la commune de Dixinn.

Une enveloppe de 60 millions de francs guinéens a été offerte à chacune des familles des victimes, en guise de geste symbolique.


Lansana Camara
Le Démocrate, partenaire de www.guineactu.com
 

 

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Vos commentaires
Abdoul.H, mercredi 21 avril 2010
When you were born, you were crying and everyone around you was smiling. Live your life so that when you die, you`re the one who is smiling and everyone around you is crying.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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