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Le président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) Dr Thierno Maadjou Sow est l’un des pourfendeurs des velléités consistant à tripatouiller la constitution. Il le dit dans cet entretien, qu’il a accordé à votre semainier.
Le Démocrate : Que pensez-vous de la décision du Premier ministre Jean-Marie Doré d’engager la gestion commune du processus électoral entre la CENI et le MATAP qui a provoqué des remous dans certains milieux ?
Thierno Maadjou Sow : Vous savez, on a régi dans une déclaration qu’on vous a déposée. D’ailleurs, je crois qu’on a dit qu’on était entrain de travailler cette déclaration. Nous pensons que, comme la constitution - qui est la loi fondamentale, le fondement de droit en république de Guinée - stipule que c’est la CENI qui organise toutes les élections en Guinée ainsi que le referendum ; (le code électoral en son article 2 le dit) ; mais il est mentionné que la CENI doit avoir besoin de l’assistance technique du MATAP, (et il y a eu un document qui définissait le rôle du MATAP dans le processus électoral), donc on ne peut pas revenir sur le fait que ce soit la CENI qui gère entièrement les élections. L’assistance des autres départements, c’est un problème technique ; c’est-à-dire que pour la réalisation d’une tâche donnée, on a besoin de tels moyens ou de telles choses… assister techniquement la personne principale chargée des élections.
Avez-vous des inquiétudes quant au déroulement du scrutin du 19 septembre quand on sait que les 2 candidats ne sont pas sur la même longueur d’ondes ?
Vous savez, c’est tout à fait normal qu’ils ne soient pas sur la même longueur d’ondes ; puis que chacun cherche à accéder au pouvoir et que chacun cherche à disqualifier l’autre. C’est tout à fait normal ! Il ne faudrait pas s’attendre à autre chose ! Tout ce qu’on n’aimerait pas, c’est qu’il y ait des positions politiques, surtout des activités, des actions qui pourraient conduire à des dérapages ! Il ne faudrait pas qu’il ait des catastrophes. Le discours est très important en politique ; parce que c’est le discours qui trace le chemin de l’activité et indique les moyens à utiliser, comment utiliser ces moyens pour arriver au but fixé ; mais il faut que ce discours permette d’y aller en paix !
Quel message avez-vous à adresser aux candidats ?
Tout ce que j’aimerais, c’est leur dire que ces élections ont une importance capitale ; c’est la première fois en Guinée que nous pouvons avoir des élections justes , libres, transparentes. J’ai participé aux élections à l’époque coloniale, sous la première République, sous la deuxième et j’ai été responsable pendant ces périodes aussi, ici politiquement… et je sais que les Guinéens ont pris une habitude…. C’est extrêmement difficile de changer nos manières de concevoir ce qu’est le chef…, de concevoir l’action à mener pour accéder au pouvoir, c’est-à-dire dans le sens de la démocratie. C’est quelque chose que l’on doit apprendre ! Il faudrait que les gens soient très vigilants et qu’ils puissent être tolérants envers ce qui se passe.
Votre organisation a-t-elle des rapports avec le Haut conseil des nations unies pour les droits de l’homme qui a ouvert un bureau en Guinée ?
Oui en principe, on doit avoir des relations, par ce que nous sommes une organisation des droits de l’homme et en tant que membre de la fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) nous avons un statut de conseil après le système des Nations-Unies, donc c’est normal qu’on ait des relations. Et c’est nous qui avions tout fait pour que ce bureau vienne s’installer ici.
Etant défenseur des droits humains, quel regard portez-vous sur les remaniements qu’effectue le président de la transition en cette phase du processus ? Ne croyez-vous pas que cela puisse entraîner des dérapages, voire saper la transition ?
Je ne crois pas que ça soit grave, parce que l’autre jour, il y avait eu des problèmes avec le gouverneur de Conakry ; il avait même été, je crois, interpellé ; et le lundi, on lui dit de se présenter, je ne sais pas exactement quelle a été la raison de cela, je ne sais pas si c’est le même problème qui continue, mais je crois qu’on peut enlever un fonctionnaire de l’Etat pendant cette période. Maintenant, le gouvernement qui va venir, après l’installation du président de la république, ce gouvernement dépendra essentiellement de ce président. C’est à lui, en ce moment de désigner les gens aux postes indiqués.
Est-ce que ces derniers temps vous avez été saisi par des cas de violations des droits de l’homme en Guinée ?
Oui, il y a des cas de violations surtout au niveau de Conakry et même à l’intérieur du pays… il y a même des crimes très graves ! Par exemple dans la région de Labé, on constate qu’il y a des crimes, des gens tuent des propriétaires de motos pour les prendre et les vendre au Sénégal. Il faut que des mesures soient prises. On avait organisé un séminaire là-bas : un des responsables de la sécurité au niveau de la région nous a fait un compte rendu de ce qui s’était passé ce jour à Pita. Mais ici (dans la capitale) aussi ça continue, l’insécurité est un des problèmes actuellement ! Il faudrait que ce problème soit résolu et qu’on trouve les moyens pour que la sécurité des citoyens soit assurée ! Vous savez dans beaucoup de pays, il y a des bandits ; mais, il y a des formes d’organisation de la sécurité qui permettent aux citoyens de vivre dans la paix et en sécurité. Mais il faudrait un personnel extrêmement important bien formé, bien éduqué et que se soit des gens qui ont l’esprit citoyen.
Avez-vous appris l’évacuation de la présidente du CNT pour causes de maladie ?
Oui je l’ai appris parce qu’hier (24 août 2010) j’avais appris qu’elle était malade. Je ne l’ai pas vue depuis un moment, depuis le décès de sa sœur ; par après j’aurais appris qu’elle est partie au Canada, je n’ai pas su juqu’à présent quelle est la maladie et le niveau de gravité, si le président de la CENI est malade, la présidente du CNT aussi et le président de la Transition n’est pas bien portant, tout ça c’est des problèmes.
Votre mot de la fin ?
Je pense que tous les Guinéens, pendant cette période, doivent se donner la main, s’orienter dans le même sens pour qu’il y ait des élections acceptables par la majorité de la population. Il faudrait, qu’après les élections, il y ait un gouvernement qui soit respecté par l’ensemble des citoyens guinéens ! C’est le souhait, parce que j’ai vu des comptes rendus sur l’enseignement, sur la santé ou l’administration… tout est catastrophique ! Il faudrait donc permettre aux nouveaux mandants d’avoir les moyens humains, logistiques et même financiers et surtout l’engagement et la volonté pour que l’on puisse changer la situation ! Parce que la volonté au sommet est la base de la volonté générale.
Interview réalisée par Bah Boubacar et Kadiatou Barry Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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