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Dans cette interview, le secrétaire général du PUP, le Dr Sékou Konaté, parle de l’avenir du Parti de l’Unité et du Progrès après le décès du général Lansana Conté, fondateur du PUP.
L’indépendant : Quel commentaire faites-vous sur le non respect transition constitutionnelle suite au décès du général Lansana Conté ?
Dr Sékou Konaté ; Je crois que cela a été suffisamment expliqué par la junte militaire. Ils ont expliqué cela par le fait que il y avait déjà plus d’un an que les élections législatives n’avaient pas été tenues. Selon le constat des militaires, la porte a été ouverte par un dérapage dramatique. Donc, c’est ce qui explique la prise du pouvoir par le CNDD. C’est la réédition du 3 avril 1984 à la différence qu’en 3 avril 1984 il y avait l’effet de surprise avec un parti fort et bien structuré, omniprésent qui était le PDG-RDA. Ce parti s’est écroulé un beau jour, alors qu’ici tout était prédestiné à un putsch militaire après le général président Lansana Conté. Pour ça, je vous renvoie aux journées nationales de réflexion du PUP qui se sont tenues les 17 et 18 octobre 2008 à Matam. A cette occasion, nous avons fait l’état des lieux et nous avons abouti du fait que si l’on ne prend garde, un coup d’Etat militaire interviendrait. Donc, chacun était assis sur cette éventualité. Et quand cela a eu lieu, je dirais que c’est un non événement.
Que répondez-vous à ceux qui pensent que le PUP est enterré avec son président, Lansana Conté ?
Ils se trompent lourdement et n’ont rien compris. Depuis longtemps, on ne fait que dire que le PUP est mort. Le PUP est plus que vivant. Ceux qui veulent quitter le PUP vont le quitter et ceux qui veulent maintenant comprendre davantage les objectifs du PUP vont rejoindre le parti. Ce que je puis vous dire c’est que le Bureau politique s’est réuni après les funérailles dans la sérénité et les gens ont trouvé que le secrétaire général que je suis doit pouvoir continuer à diriger le PUP et à préparer toutes les épreuves qui nous attendent, notamment ces élections législatives et présidentielles. Le PUP est donc plus que jamais vivant.
Certains politiques pensent que pour mettre fin au caractère régionaliste et ethnique des partis politiques, il faut deux formations seulement. Qu’en pensez-vous ?
Ecoutez, la Loi fondamentale que nous avions adoptée en 1990 prévoyait le bipartisme dans un premier temps. Il était écrit dans la Constitution que sauf si une loi organique en modifie le nombre. A l’époque, c’est justement certains leaders de la place qui ont accusé le président Lansana Conté de vouloir être seul maître de la scène politique. Il y a eu l’agitation à outrance. Pour mettre fin à toute agitation, le CTRN utilisant les termes de la Loi fondamentale sauf si une loi organique en modifie le nombre a tout simplement modifié en disant que donc les partis politiques peuvent être créés et une loi organique a été consacrée à cet effet et qu’on a appelée la charte des partis politiques. Maintenant qu’on a une cinquantaine de partis politiques, ce n’est pas un décret ou une ordonnance qui va ramener au bipartisme. Quand les gens se rendent compte qu’ils n’ont aucune surface, ils disparaissent d’eux-mêmes. Les élections ont un critère sur de l’existence d’un parti. Le parti qui ne se présente à aucune élection depuis sa naissance, le parti qui n’a même pas 5 % des électeurs, je crois qu’on doit constater de facto sa disparition. Maintenant, il n’a qu’à se fondre dans un autre parti pour certainement avoir une sphère nationale. Mais dés qu’on prend une décision pour mettre sur la scène deux partis; je ne crois pas que cela soit un respect pour la loi. Le parti est d’abord une question de projet de société, une question de vue et une question de projection que l’on a sur la société ambiante. Quand on dit qu’il y a deux grands partis en France, en Angleterre ou aux Etat Unis, cela ne veut pas dire que les autres partis n’existent pas.
De quoi avez-vous parlé avec la délégation de l’Organisation internationale francophonie qui était-là le week-end dernier?
Nous avons parlé de la situation actuelle du pays. Nous avons donné la position du PUP vis-à-vis du CNDD. Nous avons même fait une déclaration où nous avons félicité le CNDD pour avoir organisé les funérailles nationales du président général Lansana Conté qui est le président fondateur de notre parti. D’après tous les discours qui sont prononcés jusqu’à maintenant par le numéro un du CNDD, je dirais que ces discours vont dans le sens du discours programme du président Lansana Conté prononcé à l’occasion de sa dernière investiture. Jusqu’à présent nous accompagnons le CNDD dans ses démarches.
Quelle serait la position du PUP au cas où Dadis ferait comme le général Robert Guéi ?
Déjà, il a le pouvoir et je ne crois pas qu’il puisse avoir l’esprit de confisquer le pouvoir. Il a promis des élections libres et transparentes. Il a dit la même chose à la Francophonie qu’il est prêt à retourner dans les casernes. S’il restait au pouvoir comme vous le dites, le PUP aura à apprécier cette attitude inattendue. Dadis n’est pas Guei.
Croyez-vous à la tenue de scrutins transparents dans un bref délai comme le promet le CNDD ?
S’agissant des élections législatives, déjà, la plupart des ingrédients sont réunis. Il y avait un chronogramme qui programmait la tenue des législatives pour le moi de mai 2009. On a avancé avec une CENI qui a poursuivi l’enrôlement des électeurs. Le budget de la CENI avait été voté et les dispositions étaient en train d’être prises pour le respect du chronogramme. En ce qui concerne les élections législatives, je pense que tous les ingrédients sont réunis. Et d’ailleurs dans une ordonnance, le CNDD a rendu la CENI organisatrice des élections et le ministère de l’Administration du territoire devient une assistante technique.
On parle d’une lutte de succession qui prévoit le retour d’Elhadj Mamadou Sylla comme président du PUP. Qu’en est-il ?
Je ne pense pas qu’il y ait une lutte de succession au sein du PUP. Je vous dis que le bureau politique s’est réuni dans la plus grande sérénité. Les membres du bureau politique un à un ont dit que le secrétaire général du parti que je suis est confirmé par la Convention nationale de septembre 2007. Le bureau politique réitère que c’est moi qui suis le secrétaire général. Maintenant, s’il y a des pêcheurs en eau trouble qui affirment ailleurs que tel ou tel s’apprêteront au grand jour. Pour le moment, il n y a aucune confusion au niveau de la direction nationale du parti. Elhadj Mamadou Sylla est mon frère et ami. Mais je ne suis pas informé de son retour au parti puisque c’est cette même direction nationale qui en son temps s’était scindée et le président Conté avait tranché par ce que Elhadj Mamadou Sylla voulait être le Vice président du parti. Ces querelles dont vous parlez ne sont pas à l’ordre du jour au PUP.
Propos recueillis par Aly Badara Condé L’Indépendant, partenaire de www.guuineeactu.com
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