vendredi 16 avril 2010
Dr Saliou Bella Diallo, Ministre de l’Enseignement Technique professionnel : «Il est inacceptable de voir la Guinée importer des ressources humaines»
Saliou Bella Diallo

L’Enseignement technique et la formation professionnelle sont mal en point en Guinée. Dans cette interview à battons rompus, le ministre en charge de ces questions le Dr Saliou Bella Diallo fait le diagnostic et aborde solutions en vue pour redresser la barre.

L’Indépendant : Monsieur le ministre, cela fait juste deux mois depuis que vous êtes à la tête du département de l’Enseignement technique. Pouvez-vous nous donner un bilan de vos activités?

Dr Saliou Bella Diallo: Je vous remercie de l’opportunité que vous nous offrez. Cela me fait bientôt deux mois d’exercice. Nous avons trouvé un personnel motivé et enthousiaste. Surtout, ils sont ravis d’avoir un ministre qui leur est apparu très disponible, pour revitaliser, redynamiser le service. Sa vocation particulière c’est de former les professionnels à tous les niveaux. Que ce soit les tous jeunes alphabétisés ou non, que ce soit les autres indépendamment de l’âge et du sexe, pour que les citoyens puissent subvenir à leur besoin. Nous nous sommes rendu compte que nous sommes loin des objectifs honorables avec les effectifs actuels de nos personnels.

Pouvez-vous être explicite sur vos priorités?

Actuellement, nous sommes en train de faire un bon diagnostic. C’est un département qui a été négligé depuis des années, qui est totalement oublié et qui est à refaire complètement du point de vue infrastructures, du point de vue équipements et du point de vue activités. Il faut recruter suffisamment d’apprenants étudiants à tous les niveaux. Ensuite, il faut assurer la disponibilité permanente de formateurs compétents à tous les niveaux. Donc, cela suppose qu’il faut trouver toutes les stratégies et activités y afférentes, ainsi que les moyens matériels et financiers qu’il faut pour atteindre ces objectifs. C’est-à-dire qu’à ce stade, nous nous sommes rendu compte qu’on ne peut pas satisfaire les 20 pour cent des besoins en ressources humaines pour tous les investissements que nous ambitionnons quel que soit l’investissement et quel que soit le niveau des ressources humaines que nous voulons. Nous nous bornons à former sans penser au besoin d’embauche suffisant de cadres supérieurs. Le secteur professionnel est donc oublié. Nous ne formons pas de cadres moyens, nous ne formons pas d’ouvriers à tous les niveaux d’ouvriers qualifiés. Il faut aujourd’hui satisfaire les 80 pour cent en ressources humaines. Nous avons un personnel prêt à le faire, dont les 50 pour cent ont des compétences avérées, connues. Il faut assurer une formation continue, un perfectionnement pour le reste. Il est inacceptable de voir la Guinée importer des ressources humaines. Si on le fait, on aura manqué à notre devoir et nous aurions trahi la Guinée.

La 2e République avait bâti de nombreuses écoles professionnelles à travers les différentes préfectures du pays et vous venez de rentrer d’une tournée. Peut-on savoir aujourd’hui comment se portent ces infrastructures ?

Quand on dit de nombreuses infrastructures, il faut relativiser. On a bâti des infrastructures, mais est-ce que ces infrastructures sont suffisantes. C’est un autre problème, puisque actuellement nous avons des ENI. C’est la seule catégorie de formation qui est plus ou moins assistée. Donc, des Ecoles nationales d’instituteurs qui sont construites à Conakry, à Labé, à Boké, à Kankan et ensuite au niveau de la Guinée forestière à N’Zérékoré. Donc, nous sommes en train de planifier la construction d’une Ecole nationale d’instituteurs à Mamou, à Guéckédou, pour pouvoir compléter et satisfaire les besoins du pays. Ces Ecoles nationales d’instituteurs sont financées par des partenaires qui sont en même temps équipées. Mais quand vous prenez ces ENI, il y a des professeurs qui sont suivis, qui sont formés. Mais du point de vue quantité, nous devons compléter. Donc, nous sommes en train de revoir et d’étendre la construction de ces infrastructures au niveau des autres préfectures de la Guinée. Les autres tels que par exemple, le Centre de formation professionnelle, c’est la même chose. Il y a des projets avec des partenaires qui nous permettent de financer ces centres de formation. Mais, nous sommes au stade plutôt embryonnaire, donc ça ne suffit pas, il faut pouvoir continuer pour satisfaire les besoins, puisque tous ceux qui sont candidats pour venir en Guinée construire des usines auront à faire aux Centres de formation professionnelle toutes catégories confondues. Donc, le produit fini que nous obtenons à travers ces actuelles écoles ne suffit pas pouvoir satisfaire le besoin futur de la Guinée. Nous avons aussi l’Ecole des arts et métiers. Actuellement, nous en avons fait une école qui travaille et qui est en activité en plein temps, il s’agit de l’ENAM. L’ENAM en réalité est ici à Matam. Nous voulons démultiplier cette école à Kankan, ensuite dans les autres régions naturelles. Au niveau de l’intérieur, c’est surtout des ENAM que nous voulons construire, c’est dans ce cadre que nous cherchons actuellement des partenaires de financement. Nous avons des promesses ça et là. Nous pensons que ces ENAM vont répondre aux besoins de la Guinée. Nous avons des écoles professionnelles de santé. A l’heure où je vous parle, c’est seulement l’école de santé de Kindia qui est réellement construite et financée. Alors que l’école de santé de Labé, l’école de Boké sont dans des infrastructures qui ne répondent pas aux normes internationales. A Boké, c’est une ancienne école qui ne répond pas aux conditions requises pour une école réelle de santé. Donc, nous devons aller à Faranah, là-bas, l’école est très loin de la ville et l’infrastructure laisse à désirer tout comme les écoles de Kankan et de N’Zérékoré qu’il faut devoir restaurer et rééquiper. Il y a les Ecoles nationales d’agriculture et d’élevage les plus oubliées. Actuellement, c’est la seule école de Koba qui a obtenu un financement de rénovation, l’école de Tolo est totalement abandonnée. Pourtant, c’était l’école régionale d’agriculture et d’élevage construite depuis le temps colonial, et qui était prévue pour être l’Ecole régionale d’agriculture et d’élevage. Le barrage d’eau a lâché et les activités agricoles sont au ralenti. Les activités d’élevage qui étaient éteintes sont en train d’être ressuscitées par de nouvelles équipes dirigées par un Directeur qui est totalement décidé. Mais, il lui faut des moyens et il lui faut une reconstruction complète de l’Ecole nationale d’agriculture de Tolo. S’agissant de l’ENATEF de Mamou, c’est l’Ecole nationale des eaux et forêts qui nous fournit des techniciens des eaux et forêts. Cette école est une fierté. Puisque, actuellement, elle a été financée par des partenaires au développement qui se sont retirés depuis plus de cinq ans. Mais, elle observe la même tendance d’amélioration et de progression grâce au personnel qualifié qui est chargé de la gérer. Donc, ça c’est une particularité où nous n’avons pas trop à nous plaindre. C’est le type d’école à dupliquer partout par exemple en Guinée forestière et en Basse Guinée. Puisque nous venons de constater avec regret que le couvert végétal est en train réellement de régresser. La déforestation est là. Tout cela est dû quelque part au manque d’institutions de formation qui peuvent travailler et fournir des cadres et collaborer avec la population pour pouvoir restaurer la forêt. Il y a le Centre de Pita qui est un centre qui a pour vocation d’étudier l’environnement et il est en construction actuellement. Les 2/3 sont déjà faits. Nous devons nous efforcer à finir et assurer un bon fonctionnement. Mais, toutes ces écoles qui sont éloignées des préfectures sont totalement en difficulté, du point de vue des moyens logistiques, c’est-à-dire les moyens de déplacement. Les routes qui leur desservent sont totalement en mauvais état. C’est le cas de l’ENAE de Tolo, c’est le cas de l’ENI de Boké et dans d’autres écoles que je dois visiter c’est le cas de l’Ecole de santé de Faranah. Donc, il y a toutes ces institutions qui sont éloignées de la ville et auxquelles il faut assurer un moyen d’accès c’est-à-dire une route si elle n’est pas bitumée, mais bien damée, bien bombée. A il y a le Centre de formation professionnelle de Donka, et ensuite celui de Ratoma, qui ont une réelle difficulté. Celui de Donka a reçu un fonds de rénovation dont le montant déjà débloqué ne suffit pas pour continuer les travaux. Le projet est bloqué depuis trois semaines. Les habitants qui occupent ces locaux en dehors des étudiants c’est-à-dire les apprenants ne veulent pas vider. Donc, c’est un réel problème, et il y a cette effervescence qui est-là. D’une part, les étudiants qui veulent apprendre, les maîtres qui veulent faire des cours, la société qui est chargée de rénover dont l’entrepreneur est là, et qui n’arrive pas à travailler, et de l’autre côté, il y a les habitants, les occupants qui ne veulent pas quitter. Donc, c’est un foyer de tension qui est-là. Je saisis le Premier ministre et je souhaite la formation d’une équipe multi- départementale tels le ministère de l’Administration du Territoire, le ministère de la Sécurité, le ministère de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle, le ministère de l’Habitat pour que le Premier ministre puisse parrainer ce problème. Il faut que la question soit examinée et qu’une solution heureuse soit trouvée au plus tôt puisque nous voulons que les travaux continuent. Le Centre de perfectionnement de Ratoma est-là, mais les 2/3 du terrain, du site, sont occupés par des citoyens venus du pouvoir et ceux-ci ne veulent pas quitter et comptent sur le soutien des tiers que nous ne connaissons même pas. C’est un problème qui est porté à la connaissance du Gouvernement. On était en train de l’examiner. Là, il faut signaler que le Premier ministre nous a réellement aidés avec succès pour le cas de l’Ecole des Postes et Télécommunications puisqu’il paraîtrait que l’homme d’affaires fantôme nigérian aurait pris notre école sous prétexte qu’il va construire la même école au niveau du site de Koloma. Donc, il aurait pris là-bas pour construire des hôtels, une école américaine et que sais- je encore, à côté du lieu où on a prévu de faire déménager les départements. En nous promettant une voiture 4x4, des motos et des cars. Mais, nous n’avons pas vu le grand entrepreneur en question. La DATU avait déjà amené des topographes pour faire des mesures de levés topographiques. Mais, nous les avons chassés et le Premier ministre a été catégorique en disant que ce projet est nul et de nul effet. Donc, la semaine dernière, on a rencontré le ministre de l’Urbanisme qui nous a expliqué cette affaire et lui-même, il n’était pas bien informé de la chose. Donc, nous réfléchissons déjà sur toutes les propriétés du ministère de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle. L’école de Bordeau de Kankan est également dans les mêmes difficultés. Là aussi, c’était entre deux ministères du même domaine de l’éducation. C’était entre l’Enseignement supérieur qui avait prêté un local et qu’il voudrait garder, que nous-mêmes donc avons décidé ensemble sous le parrainage de l’Inspecteur régional de l’éducation de Kankan de leur céder une partie de notre site pour que ces besoins immédiats soient satisfaits. Le même problème se pose à Kissidougou, nous sommes en train de voir, c’est une cohabitation entre l’usine de Sobragui et l’Ecole de santé de Kissidougou. Il paraîtrait que cette cohabitation n’est pas bonne. Mais nous avons reçu des correspondances, on a saisi le préfet. J’attends la conclusion de la commission au niveau de cette préfecture. Suite au prochain numéro.


Interview réalisée par Barry Kadiatou
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Chernor Saïdou Jalloh, dimanche 18 avril 2010
On conte toujour sur vous.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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