vendredi 14 mars 2008
Dr. Ousmane Doré, Ministre de l’Economie et des Finances : « Il y a du chemin à faire… »
Ousmane Doré

Mars 2007 - mars 2008, le gouvernement dit de ‘’large consensus’’ enfanté par les convulsions sociales souffle sa première bougie. L’heure est imparablement au bilan au niveau de chaque  ministère. Gouvernants et gouvernés, les uns et les autres y vont de leur commentaire selon leur perception des résultats ‘’atteints’’ au bout d’un an. Pour vous permettre de mieux décrypter ce parcours annuel du gouvernement Kouyaté, nous sommes allés rencontrer l’argentier du pays. Dans cet entretien, Dr Ousmane Doré s’emploie à cœur joie et sans détour à faire l’état de la situation macroéconomique du pays durant 12 mois, de ces nouveaux fonctionnaires, de l’augmentation des salaires.  En outre, il s’exprime sur les rapports partiels des audits, la requête de règlement de créances de Futurelec ainsi que sur les travaux du comité de veille dont les conclusions sont également attendues à la fin  de ce mois.

L’Indépendant : Dans quelques jours, le gouvernement aura un an. Quel bilan pouvez-vous nous adresser de la gestion économique et financière du pays au cours de ces 12 mois ?

Dr Ousmane Doré : Dresser un bilan n’est jamais une opération facile. Mais si on doit être quelque peu objectif sur la question, on pourrait dire que les résultats ont été globalement positifs, en ce qui concerne la gestion macroéconomique du ressort de ce département. Ce bilan, il faut le percevoir sous plusieurs angles. D’abord par rapport à ce que nous avons trouvé. Une situation extrêmement difficile, financièrement, économiquement. L’économie était quasiment à l’arrêt suite aux grèves qui ont été déclenchées ici. Les Finances publiques étaient dans une situation chaotique avec un endettement de l’Etat vis-à-vis de la Banque centrale qui avait atteint le chiffre de 1900 milliards de Fg. L’inflation qui galopait avec un taux avoisinant les 40%. Une paupérisation de la population à travers une augmentation de l’incidence de la pauvreté globalement. Donc c’était une situation alarmante. Après des diagnostics qu’on a effectués, nous avons vite compris que des solutions urgentes devaient être apportées. Ces mesures urgentes ont porté sur un certain nombre d’actions ici pour le contrôle de la dépense publique qui, en tête, s’effectue sans une considération par rapport au niveau de mobilisation des ressources. Donc, puisque les appuis financiers extérieurs étaient asséchés, que la communauté des bailleurs avait fermé la porte, que les mobilisations des ressources intérieures étaient fragilisées par l’éventail des exonérations qui étaient accordées par ci et par là, on s’est dit que la mesure, c’était de caler les dépenses par rapport au niveau de ce que vous avez comme ressources. Cela a permis de donner une bouffée d’oxygène. Mais ça n’a pas été facile puisque les gens étaient habitués à un train de vie. L’Etat même était habitué à un train de vie qui n’était pas facilement changeable. Nous avons continué là-dessus. Le budget de l’Etat n’était jamais mis en place pendant ces 6 mois de l’année écoulée. Nous avons insisté à mettre un budget en place. Ce que même l’Assemblée n’attendait pas. Après avoir exécuté le budget sur le douzième provisoire. Un budget a été donc concocté sur la base des ressources maigres qui existaient. Nous avions des contraintes découlant des accords tripartites qui ne nous permettaient pas essentiellement de faire certaines choses et qui pesaient d’elles-mêmes sur les Finances publiques. Heureusement Dieu merci ! Ça nous a permis de conduire l’année 2007 avec beaucoup de sérénité. Une croissance qui est restée quand même très faible en raison de ces resserrements budgétaires. Mais cela a permis à la communauté financière internationale d’avoir une confiance en notre capacité à nous gérer. Puisque c’est de cela qu’il était question. Nous avons très rapidement, d’abord au mois de juin suite à la présentation de notre plan d’action Bel Air, élaboré un programme minimum d’urgence. Parce qu’il fallait répondre aux besoins des populations. Ce programme a été soutenu par les partenaires. C’était une première marque de confiance. Dans la foulée, nous avons engagé des discussions avec le FMI et la Banque mondiale pour essayer d’avoir un programme formel. Nous avons formulé ce programme. Il a été salué. Les politiques ont été jugées crédibles pendant que l’inflation commençait sa tendance baissière. Le redressement  du franc guinéen qui, il faut le dire, avait connu une forte correction dans l’autre sens. Tout cela a permis de rassurer les partenaires que nous sommes dans la bonne voie et à aboutir à la conclusion d’un programme formel au mois de décembre. Donc si vous parlez de bilan dans ce département, nous pourrons le dire, il y a du chemin à faire. Mais en faisant une rétrospective, force est de reconnaître qu’il y a quelques progrès.

Monsieur le ministre, quelles explications donnez-vous au fait que les prix des articles de consommation courante, en dépit de ces progrès réalisés, continuent toujours à flamber sur le marché ?

Les explications peuvent être de plusieurs ordres. En fait, l’inflation, moi je dis qu’il faut en faire une analyse un peu plus mathématique, je dirais technique. En distinguant ce qu’on appelle l’inflation sous-jacente et l’inflation affichée. Une bonne partie de l’inflation observée ne dépend pas des mesures de politique. Toute chose légale par ailleurs, lorsque vous menez des politiques d’ouverture. Tout est bien. La  Banque centrale ne produit même pas de billets supplémentaires. L’Etat dépense strictement à l’intérieur de ses moyens. Donc toutes les politiques sont bonnes. Il est possible que l’inflation reparte simplement quand des chocs exogènes affectent l’offre. Puisque le prix aussi, dans une économie libérale, c’est le jeu de l’offre et de la demande. A supposer qu’il y ait une vaste sécheresse qui affecte la production nationale, les biens ne circulent pas sur le marché. Même si les politiques-là sont bien, vous verrez les prix qui repartent. C’est la même chose des facteurs exogènes. Tel que ce qui se passe pour les denrées de première nécessité aujourd’hui. Le riz, le blé, le pétrole, tous ces produits que nous importons, leurs prix sont déterminés sur le marché extérieur. Nous les produisons mais pas en quantité suffisante. Donc nous importons. Alors, ça veut dire que cette partie de l’inflation, n’est ce pas, ou de l’évolution des prix qui serait due aux facteurs exogènes. Ce sont des facteurs incontrôlables. Le riz aujourd’hui, avec toutes les bonnes volontés d’un gouvernement, faute de subventionner ou de contrôler, vous ne pouvez pas le vendre à moins de 120 mille Fg. Etant donné que la tonne sur le marché international aujourd’hui est à plus de 520 dollars. Alors, vous faites donc la structure des prix. Vous ne pouvez pas vous retrouver avec un prix comme 50 mille ou 80 mille, comme l’ont souhaité les syndicats. C’est dire qu’il y a une certaine dynamique ici qui vient un peu perturber le cours de l’impact des politiques sur les prix. Ça, c’est un premier élément. L’autre élément qu’il faut dire, c’est que lorsque vous parlez d’inflation, vous êtes déjà dans la macro. Il y a la micro. Moi je peux être certes déterminé et faire face à des prix qui montent dans ce secteur. Mais cela ne veut pas dire que l’économie prise globalement, la tendance générale des prix est à la hausse. Ça ne veut pas faire forcément dire cela. C’est pourquoi les statisticiens ont conçu un indice, l’indice global des prix. C’est en fait une sorte de panier de biens, de services de consommation de première nécessité. Ce qui doit comporter des produits de première nécessité, l’habillement, les biens de consommation. Il y a aussi des boissons et quantité de produits qui sont, en tout cas, dans le cadre d’un panier moyen de consommation et dont on sait l’évolution. Alors cet indice-là, c’est son évolution qui détermine l’inflation globalement prise. Il est possible que des composantes de ce panier évoluent dans l’autre sens. Voilà un facteur aussi qui explique le paradoxe. Aujourd’hui sur les marchés que la plupart je dirais de nos concitoyens fréquentent. les prix sont peut-être en évolution défavorable. Mais moi je relativise cela un peu. Ce qu’il faut dire, c’est que je crois qu’il y a une confusion entre le niveau et l’évolution. L’inflation n’a rien à voir avec le niveau des prix. Vous savez le prix peut se situer à 120, les Guinéens se disent que c’est très élevé. C’est une observation objective que les prix sont élevés. Par rapport à mon budget, je ne peux pas forcément acheter 4 mangues ou 8 oranges parce que le prix est ceci ou cela. Maintenant de là à dire que ce prix évolue ! Il y a une augmentation, c'est-à-dire le mois prochain il n’est pas à 120, il est à 150. Ensuite l’autre mois à venir, il est à 200. Voilà le phénomène inflationniste. C’est ce qui est capté par l’inflation. Je pense très souvent, qu’on confond ces paramètres. Oui, les prix sont élevés, je suis d’accord. Mais j’ai bien dit aussi qu’une bonne partie de ces prix que les gens observent très couramment, c’est ce qu’on appelle le panier de la ménagère. Effectivement, il est constitué des produits pour lesquels les prix sont fixés sur le marché international et qui évoluent aujourd’hui de façon haussière.

La problématique de la desserte en eau et en électricité était au centre des priorités dans le discours que le PM a décliné lors de sa prise de fonction. Aujourd’hui après quelques mois écoulés, on constate qu’il n’y a pratiquement pas d’amélioration  au niveau de ces deux services. En tant qu’économiste, n’est-il pas souhaitable de faire intervenir les capitaux étrangers pour pouvoir  juguler cette crise ? 

Oui, cela n’a jamais été exclu sur la table. Nous savons les problèmes de l’EDG (Electricité de Guinée) et de la SEG (Société des Eaux de Guinée) aujourd’hui. Ce que le gouvernement a simplement dit, c’est la politique de rendre la mariée belle avant de donner. EDG aujourd’hui, vous ouvrez au capital étranger, personne ne viendra. C’est une boîte essentiellement dont la situation financière est catastrophique. Je vous le dis puisque l’Etat passe tout le temps à subventionner EDG. Même pour son approvisionnement en carburant. Et sans compter les recouvrements de EDG qui ne suffisent même pas pour pouvoir couvrir les investissements nécessaires pour la mise en fonction des centrales. EDG a besoin d’évoluer vers ce schéma dont vous parlez. C'est-à-dire son ouverture au capital étranger. Il y a bien entendu le problème de production. On peut immédiatement envisager les IPP. Les IPP c’est ce qu’on appelle les ‘’Independant Power Production’’. C'est-à-dire des producteurs indépendants qui peuvent installer des centrales. Mais le problème aujourd’hui, en Guinée, ce n’est pas forcément la production. Au niveau même de la production, du transport et à ces niveaux, il faut faire assez d’investissements dans le réseau. Puisqu’il y a énormément de pertes. Alors nous sommes en train d’explorer plusieurs pistes, dont le partenariat avec les Chinois. Ceci dit, ils sont prêts à s’investir mais il faudrait déjà qu’il y ait une certaine réforme au niveau de la gestion de ces entreprises. Parce que, qu’est ce qui se passe réellement ? Les Guinéens veulent le gâteau, ils veulent le manger en même temps. Vous ne pouvez pas demander qu’on produise du courant comme l’électricité et vous ne payez pas en même temps. Combien de branchements clandestins vous avez dans cette ville ? C’est incroyable. Du coup, les gens disent on ne paie pas parce qu’on n’a pas de courant. Le courant ne vient pas délivré. Parce qu’on trempe dans une quadrature du cercle. Je crois que là-dessus, il faut fixer les problèmes de gestion. Ce qui va se passer je ne vais pas m’aventurer. Il y a un ministère en charge de ces questions. En réalité, nous allons tendre vers une privatisation de ces deux entités publiques. Et faire une ouverture vers des capitaux. Puisque ce n’est pas ce  qui manque. Aujourd’hui la solution pour l’électricité ou l’énergie, ce sont les barrages, des centrales hydroélectriques que nous avons. Cela va prendre du temps. Aujourd’hui le Guinéen est impatient. Il faut lui trouver des solutions à court terme pour le problème d’électricité. Pourquoi nous sommes allés jusqu’à mettre des panneaux solaires dans un pays qu’on appelle le château d’eau de l’Afrique de l’ouest ? C’est par souci de régler quelques problèmes dès maintenant. La même chose, c’est ce que nous faisons en voulant travailler avec les Chinois pour assurer une  couverture et de la desserte au moins de la capitale. Pourquoi pas dans les villes de l’intérieur. Mais la politique et les études du gouvernement telles qu’exprimées dans la lettre de politique de développement du secteur c’est de valoriser ces centrales hydroélectriques. Si vous prenez seulement l’ensemble Souapiti, Kaléta et  Amarya, vous avez suffisamment de mégawatts pour même alimenter les pays de la sous-région. C’est pourquoi, on a mis d’ailleurs certains de ces projets dans le cadre de l’O.M.V.G.

Qu’en est-il de la prise en charge des nouveaux fonctionnaires qui viennent d’être admis aux concours d’intégration à la fonction publique ?

Par rapport au concours, il faut dire qu’il y a eu une budgétisation. L’Etat en fait, dans la préparation budgétaire, se décide sur le nombre de fonctionnaires à prendre. Nous calons la masse salariale d’évolution en prenant en compte ces recrutements. Ceci dit, je dois avouer que ce n’est pas forcément ce qui est dégagé comme niveau de fonctionnaires à prendre. Ce qui est déclaré quand les résultats sont publiés. Alors là-dessus, nous nous organisons, pour tenir dans les agrégats budgétaires, à faire une sorte de prise en charge dans le temps. C'est-à-dire que certains rentrent très tôt, au courant du début de l’année. En fait, on étale dans le temps au courant de l’année. Ce qui permet un peu d’absorber la masse sans pour autant déranger l’équilibre budgétaire qui aurait été dégagé. La situation aujourd’hui c’est que certains sont régularisés, d’autres sont encore à l’attente. Mais ça obéit au principe que je viens juste de dire, où nous voulons que quelqu’un qui est pris en janvier, il y a l’effet en pleine année. Par rapport à quelqu’un qui est pris en charge en juin. C’est juste pour ces ‘’technicalités’’ qu’aujourd’hui certains encore n’ont pas connu la prise en charge. Mais ça y est, c’est en cours.

Par rapport justement à ces difficultés d’ordre technique et financiers que vous venez d’évoquer, est-il possible cette année d’organiser le recrutement des 12 mille nouveaux fonctionnaires conformément à ce qui a été annoncé par le PM dans son discours programme ?

Nous parlons des mêmes programmes. C’est dans tous les secteurs : Education, Santé. Il y avait même l’armée aussi. On avait calé ces programmes. Mais je vous ai bien dit qu’il est apparu qu’il y a plus de 12 mille essentiellement. La résolution de ce problème passe justement par ce que je viens de souligner auparavant. Cependant les recrutements, tels qu’ils avaient été programmés initialement, ont été faits. Il y en a qui sont déjà en fonction ou qui ont commencé. Il y en a d’autres qui sont obligés d’obéir à une certaine programmation qui va se faire au courant de 2008.

Toujours partant des difficultés financières et économiques que traverse le pays,  est-ce qu’il est possible aujourd’hui d’appliquer intégralement l’augmentation de l’indice salarial promise par le chef du Gouvernement ?

Oui ! Je vous avise que la mesure est maintenant effective. Si vous êtes fonctionnaire, vous verrez sur votre bulletin clairement qu’une augmentation de près de 10,8 à 11%. Simplement cela tient à l’augmentation de la valeur du point indiciaire. C’est une mesure prise et qui a été reflétée dans le budget. Vous savez, j’avais annoncé personnellement que, suite au passage du PM à l’Assemblée, nous étions en train de travailler sur ces augmentations de salaire. Mais très vite, dans le cadre de l’équilibre macro-économique, on s’est aperçu qu’il n’y avait pas assez de marge. Parce que qu’est-ce qui se passe ? Lorsque vous faites des augmentations pour toutes les bonnes intentions qu’on a pour élever le niveau de vie du Guinéen, vous créez d’autres problèmes qui sont en fait l’inflation et tout ce qui peut en découler. On s’est donc proposé d’aller graduellement. Et l’augmentation de la masse salariale a plutôt porté sur le mérite. C'est-à-dire que si la productivité du travailleur, du fonctionnaire est prouvée, on pourrait faire des augmentations sur la base du mérite. Cela s’est posé être moins inflationniste puisque c’est calé à la productivité du travailleur. Il y a ces indemnités qui évoluent et qui sont prises en compte dans la masse salariale. Mais la valeur du point indiciaire ne pouvait pas augmenter de plus de 10%. C’est ce qu’on fait.

En votre qualité du principal ordonnateur des dépenses de l’Etat, que pourriez-vous dire par rapport à la requête de règlement des créances que le groupe Futurelec a adressée récemment au Gouverneur de la Banque centrale dans le dossier Etat-Futurelec ?

Nous avons aussi été saisi par l’Agence judiciaire de l’Etat. C’est un dossier sensible. Un dossier que j’ai trouvé ici. De toutes les façons, nous sommes en train de travailler. Puisqu’il était question des créances croisées. En quelque sorte, vous prenez l’Etat, globalement, ce que Futurelec, selon la lettre de l’Agent judiciaire de l’Etat, devait à la Banque centrale. Mais aussi l’Etat lui devait. Cette compensation devra ou être faite en net pour que le net ressorti soit payé, je crois, en faveur de Futurelec, selon cette correspondance. Ou alors, Futurelec s’acquitte de sa dette vis-à-vis de la Banque centrale et l’Etat lui restitue ce qu’il lui doit. Je ne peux pas vous dire plus que ça. Sauf que cette lettre nous est arrivée personnellement au ministère ici avant mon départ pour l’Intérieur du pays dans le cadre du cinquantenaire. Toutefois, le dossier est en traitement. J’ai tout de suite mis une commission en place, constituée de la direction du contrôle financier, mon secrétaire général, la direction du budget et je crois la direction de la dette publique.

Les rapports des audits des départements et secrétariats généraux ne sont encore que partiels. Les premiers résultats sont scandaleux que certains qualifient même de véritable saignée économique. En tant qu’Argentier du pays, quel commentaire en faites-vous ?

Je dois dire que ces résultats confortent les sentiments que nous avions. Ce pays était financièrement à genoux. Parce que simplement les gens ont mal géré. Il y a eu certes, des responsabilités à établir. Cela ne demandait pas un Doctorat pour le savoir que quelque part il y a eu une gestion calamiteuse. C’est ce que les rapports des audits ont révélé. Vous savez la période de l’audit n’a porté que sur une année et demie. Pour nous montrer les résultas partiels que vous avez dû suivre de la bouche de Monsieur le ministre du Contrôle Economique et Financier. Quel commentaire j’ai à faire là-dessus ? Et bien, je suis touché comme tout bon Guinéen puisque je sais aussi qu’une partie des soubresauts socio-économiques qu’on a connus ici, tient son origine de ces malversations, ces manquements graves à la gestion du bien public. Aujourd’hui que les audits le confirment, tout le monde doit être intéressé au niveau du Gouvernement. Des décisions doivent être prises certainement à la suite de la publication des résultats définitifs. Mais je suis de ceux-là qui croient fermement qu’il faille aller loin en publiant de façon transparente les résultats. Et que des mesures soient prises pour que plus jamais l’impunité, surtout dans le cadre du domaine financier, ne s’installe. Quand on parle de bonne gouvernance, c’est cela. Il ne s’agit pas de dire, on a trouvé que quelqu’un a bouffé 10 dollars, et on dit que ce n’est pas beaucoup et on laisse l’auteur courir. Ou bien que sa malversation porte sur un gros montant, il ne peut pas rembourser. Moi je pense qu’il faudrait que la notion de ce que les Anglais appellent « Accoumptability » tant que cela n’est pas instauré dans un pays. Ce sont les mêmes causes qui produiront les mêmes effets.

Le ministère de l’Economie et des Finances et celui de l’Intérieur et de la Sécurité constituent les dernières étapes pour boucher les travaux de ces audits. Mais déjà certaines opinions, relayées dans les colonnes de certains journaux de la place vous soupçonnent de vouloir protéger certaines directions. Notamment les directions de la Douane et du Trésor public. Que leur répondez-vous Monsieur le ministre ?

Avez-vous, vous-même, vérifié ce que vous dites ? Le rôle d’une presse, c’est de pouvoir faire abstraction des rumeurs, des on-dit. Moi je pense qu’il faut peut-être une loi qui rende l’accès de la presse à l’information, de façon obligatoire. Ça vous permet d’aller fouiller tout ce qu’on vous dit, avant de les exposer sur la place publique. Parce que quand vous répétez une information, vous lui donnez une crédibilité. Ce qui se passe en réalité est que ce département, effectivement, n’a pas fini de livrer tous ses travaux. Ce n’est pas d’ailleurs le ministère de l’Intérieur, c’est le ministère des Travaux publics et de l’Habitat. Ce sont les deux ministères restants. Ce retard tient essentiellement à certaines difficultés que les auditeurs ont rencontrées, peut-être à recouper les informations entre les différents services. C’est un ministère très lourd. Ici dès le début, les auditeurs ont reconnu que les travaux pourraient prendre plus de temps au ministère de l’Economie et des Finances. A l’heure où je vous parle, je n’ai pas encore reçu, en tant que chef du département, le rapport provisoire même de cette commission d’experts qui travaille par rapport à ces audits. Ce que j’ai demandé au ministre du Contrôle économique c’est de faire en sorte, je crois que c’est la démarche, qu’avant qu’il ne dépose le rapport il ait discuté avec le ministre de tutelle sur les préoccupations. Soyez rassuré que s’il y avait un problème particulier au niveau d’une des directions, les auditeurs m’auraient remonté l’information. Puisque c’est nous qui avons commandité ces audits, il est bien évident que nous ne pouvons pas nous installer dans une situation où les gens empêcheraient les auditeurs de faire le travail. Donc le travail continue. Autant que je sache, on n’est venu me remonter aucune information qui indiquerait qu’ils sont bloqués ici. Si c’est le cas ils me le diront. Vous aurez très bientôt l’état de ces deux autres services.

Les trois mois d’ultimatum des syndicats expirent pratiquement ce 31 mars. En tant que porte-parole de la délégation gouvernementale au sein du comité de veille, dites-nous Monsieur le ministre, qu’est-ce qui est, à ce jour, accompli et qu’est-ce qui reste à faire ?

Le comité de veille continue son travail. Il est lourd. Vous vous rappelez, au début tout le gouvernement faisait le déplacement. C’était un peu incompatible avec les charges qui incombent aux ministres. Nous avons dû demander que ce soit les ministres intéressés au sujet qui sont à l’ordre du jour qui viennent. Ce qui fait que le travail continue sans trop de perturbation. Qu’est-ce qu’il faut dire ? Oui il y a eu beaucoup de mise en œuvre de différentes  mesures. Les syndicats sont mieux placés pour vous dire ce qui a été fait, ce qui n’a pas été fait. Mais en tout état de cause, pour ce qui me concerne ici particulièrement, la mesure clé c’est le gel des prix à la pompe qui avait été décidé et qui se trouve dans les accords tripartites. Nous n’avons pas ajusté les prix. Mais nous étions dans la dynamique. Ce gel était calé sur l’année 2007. Il y avait des mesures portant interdiction des exportations de certains produits qui aussi étaient calées sur l’échéance de décembre 2007. A mon sens, une évaluation montrerait bien sûr qu’on avait respecté tous ces engagements. Nous sommes tout de même dans une autre dynamique. C’est 2008 où il faudrait que le gouvernement fasse face à des réalités, notamment la flambée des prix du baril qui fait qu’aujourd’hui nous, les Finances publiques, nous retrouvons dans une situation extrêmement difficile. A travers les subventions qui sont payées pour pouvoir maintenir les prix à un niveau comme 4300fg à la pompe. Les autres aspects des accords sont discutés avec les ministres. Donc là-dessus, je crois que des communications sont faites régulièrement à la RTG à la connaissance du public. Je n’ai pas d’autres commentaires sinon que de vous dire qu’au terme des discussions, les syndicats et la société civile feront le point pour dire ce qui reste à faire ou s’ils sont satisfaits.

Propos recueillis par Moro Amara et  Aminata Touré 
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com   
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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