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Le Comité d’audit mis en place par le CNDD a invité des personnalités soupçonnées de détournements de fonds à s’expliquer au Camp Alpha Yaya Diallo, le 22 janvier dernier. Ce fut le cas de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Ousmane Doré, qui a été entendu sur l’utilisation du budget du cinquantenaire qui s’élève à 25 milliards de Francs guinéens. Au sortir de la rencontre, il a confié ses sentiments à la presse.
« Je voudrais tout d’abord, au nom de ma famille et de tous ceux qui ont cru en ma personne, y compris mes anciens collaborateurs ici à Conakry comme à Washington, dire qu’il faut remercier le CNDD pour avoir eu l’initiative de faire la lumière sur des accusations de détournement ou de malversation. En ce qui me concerne, je viens d’être entendu par le Comité d’audit, et je saisis cette opportunité pour donner tous les détails sur l’exécution du budget du cinquantenaire de notre République. Permettez-moi de dire au peuple de Guinée que le cinquantenaire a été exécuté dans les meilleures formes. Il n’y a eu aucun détournement, je le répète avec foi de bon musulman, ni de ma part, ni de la part des membres de la commission d’organisation qui était composée de douze membres, d’un président et d’un vice-président qui ont travaillé pendant une année entière sans salaire ni rémunération pour que nous puissions avoir une festivité grandiose du 2 Octobre. »
Tels ont été les premiers propos d’Ousmane Doré. Il a soutenu que le budget initial du cinquantenaire que la Commission avait proposé au gouvernement, était de 32 milliards de nos francs. Et de poursuivre : « Nous avons compris que la Guinée était dans un programme de réduction de la pauvreté et que 32 milliards n’étaient pas justifiables dans le contexte du plan d’achèvement. C’est à ce moment que le budget a été révisé et arrêté à la somme de 25 milliards. Cette somme devrait être trouvée à travers une contribution budgétaire de 5 milliards et 20 milliards à travers les cotisations et donations qu’on devrait attendre des pays amis. Je voudrais informer le peuple de Guinée que le budget qui a été exécuté pour le cinquantenaire se chiffrait à 17.325.000.000 de Francs guinéens. Ceci dit, l’enjeu de ce cinquantenaire, c’est de vous dire qu’il y a eu des ressources qui ont été probablement envoyées au delà du cinquantenaire, et qui n’ont pas été versées à la Commission. Je puis vous dire que des pays amis ont contribué et certaines personnalités du pays qui ont reçu les montants n’ont pas versé ça au niveau de la Commission. Voilà l’enjeu que cette Commission d’audit va clarifier. »
Selon lui, le montage financier qui a été fait pour ce cinquantenaire, s’appuyait sur 5 milliards en ce qui concerne les ressources publiques. Il a souligné au passage qu’à ce niveau 4 milliards 325 millions seulement ont pu être transférés. D’après Ousmane Doré, le reste devrait être des donations des pays amis et des sociétés. « Nous avons écrit à près d’une centaine de sociétés de la place pour qu’elles contribuent. Je suis aujourd’hui heureux de vous dire que, malheureusement, des cadres véreux ont essayé d’ouvrir des comptes parallèles pour recevoir les contributions de ces sociétés. Je parle en particulier des sociétés de télécommunication. Nous avons donné toutes les preuves à la Commission qui va entendre ces personnalités et qui va essayer de faire la lumière sur les sorties d’argent qu’il y a eu. L’autre enjeu de ce cinquantenaire, c’est vous dire que parmi les 17 milliards, 9 milliards avait été déboursés au titre des appuis institutionnels. Puisqu’il y avait une autre vision de certains cadres et qu’il fallait que les ministres aient de l’argent, l’argent a été donc distribué à certains ministères, qui n’ont pas donné de justificatifs. Je ne voudrais pas mettre le pied dans le plat ou peut-être devancer le travail de la Commission, mais je puis vous dire que 9 milliards de nos francs restent aujourd’hui non justifiés. En tant que président de la Commission interministérielle, dans le rapport que j’ai déposé depuis le 28 octobre au chef de l’Etat et au Premier ministre, j’ai fait des recommandations précises. Elles portaient sur la nécessité de mener des audits auprès des ministères et des institutions qui ont reçu des appuis de la Commission, puisque tout est noté. Toutes ces dépenses sont comptabilisées. Nous allons les publier. Je vais faire une conférence de presse, et je le dis à l’intention de la presse qui s’est évertuée à faire passer des informations sans fondement. »
Il a indiqué qu’il mettra à la disposition de la presse nationale le rapport qu’il a déposé au niveau du Comité d’audit. Il soutient que le rapport de l’inspection générale d’Etat a été établi et remis à Monsieur le Premier ministre et aurait dû servir les uns et les autres pour faire la lumière sur ce qui s’est passé pendant les festivités du cinquantenaire. Il a dénoncé l’attitude de certains journalistes qu’il a qualifiés d’alimentaires et qui ont préféré d’après lui, prendre de l’argent et raconter ce qu’ils voulaient dire sur le ministre qu’il est. « J’ai une carrière, je suis venu ici pour aider mon pays. C’est par patriotisme que je suis rentré dans ce pays. Et ce que nous avons fait au ministère des Finances, je pense que le peuple de Guinée le reconnaîtra. Nous avons combattu des dépenses excessives. Je crois qu’il y a des frustrations à tous les niveaux, parce que simplement, nous avons ralenti le rythme de ces dépenses fantaisistes qui faisait que le Trésor public s’endettait lourdement auprès de la Banque centrale. Ce qui entraînait une inflation galopante, que nous avons ramené de 40 à 11%. Nous avons renforcé le franc guinéen. Lorsque le cinquantenaire est arrivé, j’ai été heureux de savoir que j’étais le président, puisque j’étais dans la position unique de pouvoir dire, on peut faire, on ne peut pas faire ça. C’est ce que j’ai fait, parce que j’avais un programme économique et financier à gérer et il fallait diminuer les dépenses. Donc, globalement, à l’intention de la presse, la Guinée a dépensé pour son cinquantenaire, 3,6 millions de dollars. Je vous demande de comparer ça à près de 50 millions de dollars que le Ghana a déboursé pour son cinquantenaire. On peut débattre de la pertinence du montant. Mais à dire que ces 3 millions 600 ont été bouffés par les membres de la Commission qui se sont tués pendant toute une année pour délivrer un programme de festivités, je vous dis que c’est inacceptable, et le comité d’audit fera la lumière. Je suis serein, je suis musulman et je suis sûr que pour tous ceux qui connaissent la vérité et qui vont lire les rapports, sauront ce qui s’est passé ici en Guinée. Je m’arrête là tout en souhaitant plein succès au CNDD dans cette mission de clarification et de lutte contre la corruption. »
L’ancien ministre des Finances n’a pas hésité à faire des révélations : « Nous savons ce qui ce passait à tous les niveaux. Mais, pour ce qui est du cinquantenaire de Guinée, je vous annonce frères et sœurs de Guinée, que vos ressources qui ont été dégagées se chiffraient à 4 milliards 325 millions. Le reste a été un emprunt auprès d’un opérateur de la place qui a voulu donner à la Commission et qui devrait être remboursé à travers les contributions des pays amis. Malheureusement, les gens n’ont pas versé ces montants. La Libye a contribué à hauteur de 500 mille dollars que j’ai reçus au ministère des Finances et que j’ai versés à la Banque centrale. Les reçus existent. Où se trouvent les montants que la Guinée équatoriale a donné, que le Sénégal a donné, que les autres pays ont donné ? Nous ne savons pas. Au moment où j’étais prêt à faire le compte rendu de ces missions, on me dit M. le ministre, vous êtes limogé. Pendant que j’étais en train de mener le combat de notre pays pour l’atteinte du point d’achèvement à Washington, ce 14 octobre. Mais, Dieu merci, le CNDD a pris le taureau par les cornes et la lumière sera faite sur ces évènements du cinquantenaire une fois pour toutes. Bien entendu, je penserai particulièrement au département des télécommunications où des sociétés même de la place affirmaient déjà avoir mis des montants dans le compte du ministère. Alors que toutes les contributions devraient être versées à la Commission d’organisation. Je penserai aussi à tous ces ministres que le Premier ministre a détachés dans les pays amis. Je ne veux pas citer ici les noms. Mais tous se connaissent. Nous avons tous été dépêchés auprès des pays amis au mois de septembre. Il n’y a pas eu une seule réunion pour que les gens puissent faire le compte rendu des montants qu’ils ont reçus au nom de la Guinée pour le Comité d’organisation. Donc le comité d’audit saura déterminer où sont passés ces montants. Je vous dirai particulièrement un montant de 500 mille dollars que personnellement j’ai su être arrivé par le président gambien. Ce montant n’a pas été versé à la Commission d’organisation. On ne sait pas qui a empoché ces montants. Voilà l’enjeu de ce cinquantenaire. Il fallait abattre le ministre pour ne pas que ce rapport d’activités soit débattu en Conseil des ministres et mis à la disposition de la presse. La Guinée est en train de courir auprès de ces bailleurs pour nous donner de l’argent, pour nous permettre de lutter contre la pauvreté. Il fallait tenir le rythme des dépenses, et c’est ce que nous avons fait. Ce qui n’a pas plu aux gens. Voilà pourquoi j’ai été victime. Mais Dieu merci, j’ai l’opportunité de faire étaler la vérité. Ce n’est pas en me convoquant devant une police judiciaire qu’on devait voir la vérité. J’apporterai mon soutien au Comité quand il le voudra. Je pourrais dénoncer et donner les noms, car pendant ces 18 mois passés à la tête du ministère de l’Economie, je connais beaucoup de choses que je peux mettre à la disposition du Comité d’audit. »
Néanmoins il a reconnu quelques ratés sur le plan organisationnel : « Il y a eu des ratés et le protocole d’Etat devait gérer ces questions. Mais tout le programme que nous avons montré au président a été placé sous le signe de la réconciliation et de l’unité. C’est pourquoi nous avons choisi le thème, « ensemble pour bâtir ». Il a mis en exergue certains aspects qu’il a qualifié de positifs : Les deux premières dames Hadja André Touré et Henriette Conté, tant au Palais du peuple qu’au moment de la grande mamaya, ont jeté les bases d’une réconciliation, par des gestes symboliques. C’était pour nous une victoire pour ce cinquantenaire. Sept chefs d’Etat ont fait le déplacement. C’était du jamais vu en Guinée. Notre pays n’a jamais échoué. Nous avons été à l’avant-garde de la lutte de libération en Afrique. C’est pourquoi le monde entier a salué la célébration de ce cinquantenaire. La requête que je ferai au CNDD, c’est de faire en sorte que le programme du cinquantenaire puisse continuer et culminer au 2 octobre prochain dans les festivités que eux ils pourront montrer à la face du monde avec dignité et honneur. »
Propos transcrits par Mamoudou Bory Bah et Ismaël Diallo Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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