samedi 9 février 2008
Dr Mohamed Diané : « Nous avons des inquiétudes…. »

Dr Mohamed Diané est le Secrétaire administratif du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti du Pr Alpha Condé. Dans cette interview qu’il a bien voulu accorder à notre reporter, il fait état de ses inquiétudes par rapport à l’organisation des futures élections en Guinée.

L’Indépendant : En prélude aux prochaines législatives, le RPG est-il prêt à faire des alliances avec d’autres formations politiques ?

Dr Mohamed Diané : Je pense que cette question est prématurée pour le moment parce qu’aucun parti politique de l’opposition ne peut vous dire précisément à quel moment les élections seront organisées. Donc, il y a des questions qui se posent à tout le monde. Premièrement, il faut d’abord qu’on sache à quel moment les élections seront organisées. Est-ce que toutes les conditions seront réunies pour l’organisation des élections libres et transparentes ? La première opération de ces élections est le recensement des électeurs. Là, nous sommes très heureux de constater qu’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) soit mise en place, qui va organiser les élections avec le gouvernement. C’est ce que les textes disent. Nous sommes aussi fiers que la communauté internationale se soit engagée et ait pris des engagements sur le plan financier pour accompagner le processus électoral. Mais nous avons des inquiétudes par rapport au fait que nous avons l’impression que les choses ne font que retarder. Parce que jusqu’à présent, les kits ne sont pas encore à Conakry et on vient de faire le test pour recruter une société. Le calendrier que nous avons vu sur le site Internet, qui serait proposé par le PNUD, nous préoccupe, parce que suivant ce calendrier, les derniers kits ne seront là qu’au mois d’Avril. Ce qui veut dire que la révision ou le recensement électoral ne commencera qu’à fin avril ou début mai. Et si ce processus doit prendre un, deux ou trois mois, on va se retrouver en pleine période des pluies. Et tout le monde sait que la saison des pluies n’est pas indiquée pour organiser des élections. Ce que nous avons souhaité, c’est que les bailleurs de fonds accélèrent le processus de l’envoi des kits au plus tard à la fin de ce mois ou au début du mois de mars. Il faut organiser au plus tard les élections au 30 juin. C’est ça notre inquiétude. Nous souhaitons que les bailleurs de fonds révisent leur plan pour permettre à la Guinée d’organiser les élections avant la tombée des grandes pluies. Notre deuxième inquiétude, c’est le problème de carte d’identité nationale. Vous avez vu que pendant le test, la carte d’identité nationale figure parmi les documents qu’on a demandés aux électeurs. Vous savez tous qu’à l’intérieur du pays, plus de 80% des citoyens n’ont pas de carte d’identité parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir de l’argent pour faire des cartes d’identité pour tous les membres de la famille. C’est pour cette raison que nous avons toujours demandé au gouvernement et aux bailleurs de fonds de tout faire pour que cette fois-ci on confectionne et les cartes d’identité et les cartes d’électeurs en même temps, comme on l’a fait au Sénégal, en Mauritanie, dans plusieurs autres pays. Sinon, la fraude que nous voulons éviter par la mise en place de la CENI, ne sera pas du  tout évitée parce qu’on va attendre jusqu’au moment du scrutin et, le jour du vote, on va demander aux citoyens de présenter la carte d’identité. Voilà une autre inquiétude. Depuis le déclenchement du multipartisme en Guinée, aucune élection n’a été transparente. Toutes les élections ont été émaillées de fraude, de violence, de brigandage, d’assassinat politique. De telle sorte que les résultats des urnes et ceux proclamés par le pouvoir sont diamétralement opposés. Ce qui fait que les populations n’ont plus confiance. L’une des conditions de transparence dans ces élections, c’est la gratuité des cartes d’identité nationales. Pour la réussite des élections, il faut une véritable campagne de sensibilisation, avec l’implication des partis politiques. Les partis politiques sont les principaux acteurs du processus électoral. Nous nous rendons aussi attentifs à ce que les médias d’Etat ne sont pas des médias transparents et qu’ils n’accepteront pas de passer tous les messages des partis politiques de l’opposition. Vous savez aussi qu’il y a beaucoup de Guinéens qui vivent à l’extérieur. Mais, au niveau de nos ambassades, il y a des manipulations qui commencent. On dit aux citoyens que tous ceux qui n’ont pas de carte consulaire ne peuvent pas se faire recenser. Alors qu’il n’y a même pas de kits. Ils commencent déjà à dire qu’il y a des recensements là-bas et les ambassadeurs demandent 50 à 30 dollars à un Guinéen pour avoir une carte consulaire. Tout ça pour décourager les électeurs. A l’extérieur, on doit mettre au niveau de ces ambassades des commissions administratives avec des kits. Voilà un certain nombre de problèmes qu’il faut résoudre d’abord avant de parler d’alliance. On ne parle d’alliance que lorsque les partis politiques s’engagent. Et notre engagement à participer aux élections dépendra des conditions qui seront créées pour organiser des élections transparentes. Le RPG n’est pas contre les alliances, mais il nous faut des assurances que le scrutin peut être transparent.

Vous avez dit tantôt que les précédentes élections ont toutes été truquées. Cette fois-ci, il y a une CENI qui organisera en collaboration avec le ministère de l’Intérieur. Etes- vous confiant ?

Nous sommes en Guinée, c’est une bonne chose que cette fois-ci la CENI soit mêlée au scrutin et que tous les partis politiques soient représentés au sein de cette Commission. Mais compte tenu de l’expérience que nous avons vécue depuis le déclenchement du processus électoral en Guinée, nous jugeons les choses en fonction des actes qui seront posés par le pouvoir exécutif et la commission électorale. La première commission créée ici, avec l’appui de la communauté internationale, a été pilotée par Adama Dieng. On nous a rassurés que cette commission allait jouer un rôle important. Et nous avons signé à l’époque un code de bonne conduite. Dès que nous sommes arrivés au scrutin, le Président de la République a pris la décision de disqualifier cette commission et les résultats ont été modifiés. On a annulé 200.000 voix du RPG dans les circonscriptions de Siguiri et de Kankan. Si l’opposition guinéenne n’était pas responsable, si c’était dans un autre pays, ce serait le chaos. Mais nous avons toujours mis en avant l’intérêt supérieur de la Nation. Là, nous avons constaté que le pouvoir en place a institutionnalisé le vol des voix. Mais cette fois-ci, cela ne se passera pas comme ça. Nous avons d’autres méthodes pour revendiquer.

L’absence prolongée du président du RPG du pays n’a-t-elle pas un impact négatif sur le fonctionnement du parti ?

Le RPG est un parti qui est aguerri. Quand le Pr Alpha Condé fait plus de six mois en Guinée ou un an, on voit sur les sites Internet et dans la presse qu’il doit de l’argent à l’extérieur et qu’il a peur de voyager. Et quand il va à l’extérieur et qu’il fait quelque temps, on fait d’autres analyses. C’est dire que nous sommes habitués à cela. Le RPG est très bien structuré et fonctionne bien. Le président est le premier responsable du parti. C’est lui qui dirige le parti, mais ce n’est pas lui le parti. Le parti, ce sont les militants, ce sont les structures du parti et aujourd’hui, le monde est devenu un village planétaire. Donc partout où se trouve notre leader, il est et demeure en contact permanent avec toutes les structures du parti et avec ses militants. Il a été arrêté ici en plein processus électoral. Après presque dix huit mois d’absence, quand il est revenu, vous avez vu la manifestation qui a été organisée. Le RPG n’est pas un parti qui a des clients, c’est un parti solide avec des militants convaincus et sérieux.

Une question semble diviser l’opinion nationale, il s’agit de la statue d’éléphant au rond-point de Bellevue. Quelle lecture en fait-on au sein du RPG ?

Nous nous battons pour l’unité nationale, pour un Etat de droit et de démocratie. Nous ne rentrons pas dans un tel débat. L’objectif de tous les partis de l’opposition et de tous les patriotes guinéens, c’est d’aller dans le sens du changement. Cela se matérialise par l’ampleur des évènements survenus en janvier et février 2007. L’obstacle pour ce pays-là, c’est ce régime. Lorsque nous atteindrons cet objectif, tous les Guinéens, de toutes les tendances confondues, nous allons nous asseoir autour d’une table pour discuter de l’avenir de notre pays et pour laver le linge sale et faire comme en Afrique du Sud et ailleurs. Notre premier objectif est d’opérer le changement et le reste, on verra.

Propos recueillis par Aly Badara Condé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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