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« Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyait tous les motifs qui les produisent. » Cet enseignement de La Roche Foucauld colle manifestement bien avec l’ambiance désormais incommodante entretenue entre Jean-Marie Doré et Rabiatou Sérah Diallo. Entre ces deux personnalités, il existait une certaine complicité lorsque le forum des forces vives avait encore de la poigne. Coup de projecteur sur l’histoire d’un parfait amour bien âcre désormais bâti sur une honteuse suspicion mutuelle.
Jean-Marie Doré et Rabiatou Sérah Diallo dissimulent à peine aujourd’hui leurs rapports orageux provoqués en grande partie par des querelles de leadership nées depuis la longue bataille ‘’Dadis non candidat à la présidentielle’’. Le clivage entre les deux personnalités s’est de jour en jour exacerbé. Et le point du non retour a été atteint d’abord avec le choix du Premier ministre de transition, puis avec la formation du gouvernement et ensuite le choix de la personne devant occuper la tête du CNT. On aura vécu tous les scénarios. Rabiatou Sérah Diallo à la tête de la Primature ? Tout sauf cela. Du ministère de l’Intérieur ? Pure prétention. Celui des Affaires sociales ? Elle n’a pas le bagage qu’il faut. Chaque ébauche, sa réponse répugnante. Finalement, la syndicaliste trotte à la tête du Conseil national de la transition. Le même tollé chez les détracteurs qui avaient pensé que Rabi était ‘’trop petite’’ pour assumer les responsabilités liées à la fonction. Trop aventureux, puisqu’ayant une formation académique manifestement bien sommaire.
Pourtant aujourd’hui, elle semble avoir tenu avec l’aide de ses collaborateurs. Et dès le départ, consciente de la présence effective de ses nombreux rivaux, Rabiatou Sérah est toujours restée sereine et a réalisé certainement l’immensité de la tâche qui l’attend : « Je pense qu’il faut respecter les accords de Ouagadougou ; il faut respecter l’accord politique global. Si ces accords sont respectés, je ne vois pas où un problème pourrait se poser. En tout cas, en ce qui me concerne, personnellement, je tiens à respecter ces engagements. Je n’ai aucune autre ambition. Comme les Forces vives m’ont proposée à ce poste et que le Président de la Transition a bien voulu me confirmer par décret, je respecterai le peuple, je respecterai les Forces vives, qui m’ont proposée : je ne serai pas candidate», déclare dans la presse Hadja Rabiatou Diallo.
Toutefois, parmi les accusations portées contre elle, il y en a qui peuvent se révéler : la formation académique poussée (diplômée en secrétariat de direction et une formation de greffière). Mais, vu son dévouement et son courage, deux vertus cardinales qui constituent des compagnes sûres pour cette dame, il y a fort à parier que cette syndicaliste a pu valablement se tirer d’affaire là où des diplômés de Harvard auraient pu se casser les dents. Imprégnée donc de cette prééminence, Rabi a eu tous les atouts pour éviter au CNT d’être une coquille vide, où tous ou presque se rencontrent pour flâner et crâner. Une mauvaise image en somme, qui confirmerait l’incapacité avérée de la syndicaliste qui glisse paresseusement dans la politique. Avant donc d’en arriver là, elle a réussi bon an mal an à clouer au pilori tous ses adversaires à travers des idées novatrices et porteuses d’espoir. Elle pouvait même aller au-delà afin que tout soit discuté au CNT avant une quelconque décision du gouvernement engageant la nation. Mais rien n’y fait.
Le doigt dans l’œil ?
JMD, en formant son gouvernement, a fait de l’Administration du territoire et des affaires politiques, structure supervisant les élections, une chasse gardée. Rabiatou Sérah Diallo en sait quelque chose pour avoir vu son rêve de devenir patron du MATAP fondre comme beurre au soleil. Mais en réalité, JMD s’est suicidé à l’œuvre car il n’a aucune influence sinon très peu sur celle qui s’est vu refuser le Matap pour des raisons qualifiées plutôt de subjectives par les admirateurs de la syndicaliste. La conjonction de circonstances semble en tout cas jouer à la faveur de Rabiatou Diallo : elle a dû avoir le pouvoir de demander des comptes au PM dont la lune de miel qui a suivi le fameux comité Ad hoc (au plus fort moment de la gestion de Dadis Camara) n’aura duré que quelques jours. En effet, si l’on tient compte de la Déclaration de Ouaga du 15 janvier dernier, entérinant la création du CNT en tant qu’« organe politique délibérant », on est tenté de dire que Doré s’est mis le doigt dans l’oeil. Qui a dit d’ailleurs qu’à force de jeter trop loin la grenouille qui vous a effrayé, elle risque de tomber dans une mare et se sauver ?
Avant de bien s’imprégner de cet enseignement, le PM doit certainement se mordre les lèvres et peut-être s’arracher ses cheveux grisonnants. Comme si cela ne suffisait, le projet d’Accord politique global inter guinéen est venu ‘’assommer’’ Jean-Marie Doré. Selon cet accord, cite JA, « le Premier ministre est tenu de présenter un rapport d’activité deux fois par mois. Le texte autorise, en outre, le CNT à interroger régulièrement le chef du gouvernement et les membres de son équipe». C’est pourquoi actuellement, dans certains milieux politiques, on ne redoute plus une divergence de vues plus apparente pouvant creuser l’inimitié entre les deux pièces maîtresses de la transition. Rabiatou elle, ne change pas d’un iota. On se rappelle qu’elle avait martelé dans la presse que malgré le flou qu’entretient JMD à propos de sa candidature à la présidentielle, le PM le sait, « il est hors course. »
C’est dire que cette dame agace et donne des insomnies au Premier ministre. Lequel est appelé pour autant à conjuguer avec Rabiatou à tout point de vue. A telle enseigne qu’on se demande s’il avait pris le temps de bien calculer ses manœuvres du Matap où JMD s’est suicidé. Là-bas au moins, il aurait dû avoir un droit de regard sur Rabi.
De la hantise ratée de modification, au déclin
Déjà éprouvé par sa hantise ratée de modifier quelques articles de la Constitution et du code électoral, Jean-Marie Dorée est manifestement en train d’amorcer cette fois-ci, son déclin.
Le dernier suicide remonte à la semaine dernière, lorsque, vu l’impasse politique, la présidente du CNT Rabiatou Sérah Diallo – de bonne guerre pourrait-on dire – a souhaité rencontrer le PM, membres du gouvernement et institutions républicaines au Palais du peuple. De quel droit se réclame la présidente du CNT pour convoquer ce beau monde, s’est offusqué l’ancien porte-parole des forces vives qui a d’ailleurs créer le vide ? Connaissant un peu le septuagénaire, Rabiatou Sérah Diallo multiplie les stratégies afin que JMD accepte de participer à la réunion d’urgence convoquée par elle. Ce fut un coup d’épée dans la mer. La réunion se tient tout de même. Mais cette fois-ci avec Tibou Kamara. Au sortir de la rencontre, compte-rendu a été fait au président de la transition. Certains disent que le PM a été sérieusement chargé. D’autres ont pensé le contraire.
Quoi qu’il en soit, Machiavel nous enseigne dans son fameux livre Le Prince, paru en 1515 que : « Ceux qui désirent gagner l’estime du chef ont coutume de venir à lui avec les choses qu’ils ont de plus précieux ». Rabiatou Sérah Diallo dont l’alliance Arc-en-ciel exige actuellement la démission et Tibou Kamara ont-ils ainsi fait payer à JMD son mépris ? Nul ne le sait. Reste que Jean-Marie Doré est sérieusement malmené. Même si Konaté tente de renouveler sa confiance à son PM « Le patron de la transition ». On aura compris que JMD et Rabiatou Sérah Diallo vivent les derniers instants de leur passage à la tête de la transition. Ils ont quand même un dénominateur commun : tous d’eux étaient des combattants des premières heures pour l’instauration de la démocratie. Ils avaient été même soupçonnés par ‘’les faux leaders’’ d’être des agents de la junte de Dadis Camara. Cependant, les circonstances font que JMD partira juste après la présidentielle. La syndicaliste, elle qui a réussi à pistonner Mgr David Gomez à la Ceni, attendra certainement...
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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