dimanche 28 juin 2009
Dix jours dans les locaux des services spéciaux (suite)

Les partis politiques avaient flairé le brûlé : les principaux protagonistes de la scène politique ont boycotté la rencontre avec Dadis ce mardi. Pourquoi ? Simple, la Guinée est championne du populisme depuis 50 ans.

Sous la première république, après les slogans contre l’impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme et l’honneur, la gloire et la victoire du peuple, il y a une claque bien organisée et structurée qui était dans l’emprise du micro pour crier à gorge déployée : « Vive le président Ahmed Sékou Touré !!! » Et le peuple reprenait mécaniquement le refrain.

Sous la deuxième république, une autre trouvaille a été mise en pratique : les multiples comités de soutien aux actions du général Lansana Conté : Morelac, Cepralac, Cosalac…Cérélac, des organisations et structures de propagande voraces et budgétivores sans fin ni fond. Les guerres d’intérêt avaient fini par les éteindre pour donner naissance au Parrain national du PUP. On sait comment cela s’est terminé avec le « Kudaï ». Ce mandat à vie de Lansana Conté n’a servi qu’à ternir son image pour toujours, sauf aux yeux de Dadis qui tente de le dédouaner à cause de sa maladie. Mais, était-il rivé au pouvoir ? Pourquoi n’avait-il pas fait la passe à quelqu’un d’autre avant de tomber dans le narcotrafic et d’y laisser sa vie dedans ?

Le CNDD, sans apprendre les leçons de l’histoire, reprend le flambeau pour continuer. La junte croit trouver quelque chose de nouveau alors que c’est quelque chose de suranné et d’obsolète : Les comités de soutien au CNDD. Mais le CNDD a-t-il besoin d’un quelconque populisme, lui qui est venu pour balayer proprement et partir dans l’histoire ? Peut-on entrer dans l’histoire en écoutant les chants des sirènes, surtout dans cette mer démontée ?

Si le CNDD n’a pas l’intention de rester au pouvoir, il n’a aucune raison de se faire accompagner par des claques pour applaudir mécaniquement et fausser les débats. En tout cas, à l’heure actuelle, il semble être totalement tourné vers la politique que vers les actions qui lui ont valu cette euphorie des premiers mois de sa gouvernance. A ce rythme, va-t-il frapper à la vraie porte de l’histoire ?

Dans la dernière livraison, nous-nous étions séparés avec le capitaine Tiégboro devant la camera, mais quelques heures auparavant, le commissaire Fidel Millimono de la Police d’Eta était venu me libérer pour aller prendre une douche et passer la nuit à la maison, et que les autres seront libérés plus tard. J’avais failli sourire mais en regardant la détresse sur le visage des jeunes collégiens qui étaient en pleine révision, tous des camarades à mon fils libéré la veille, j’ai dit au commissaire que je le remercie infiniment mais que je ne peux pas sortir d’ici tant qu’il y a un seul qui a été arrêté chez moi. Le Commissaire Fidel me regarde droit dans les yeux et me dit : « Vous êtes digne ! » et il est allé raconté cela à n’importe qui veut l’écouter.

Donc, après la sortie du ministre Tiégboro et tout le staff, nous laissant avec le commissaire du jour qui écrivait les noms sur une liste, la porte s’est de nouveau rouverte et le lieutenant Boiro vient dire au commissaire : « Exceptés celui-ci et celui-là » en me désignant et mon jeune frère. Le commissaire s’écrie : « Ah ! Mais pourquoi, ça ? »— « Ordre du ministre, ils sont à reconditionner »

Après le départ de tous les autres, j’étais soulagé pour les élèves mais je me demandais ce que cela veut dire « A reconditionner ». On nous fait descendre au premier et j’étais inondé d’inspiration à l’idée d’entrer dans la même cellule que le général Diarra et l’amiral Daffé mais au lieu de, on nous abandonne au salon, comme en haut. Mais cela n’a duré qu’un instant, puis ils sont venus nous chercher pour nous faire descendre au rez-de-chaussée pour nous faire entre dans le cellule principale, la plus privilégiée comme loge officielle pour tout

Voir et tout entendre de ce qui se passe et se dit au « salon d’accueil et de réception des services spéciaux », là, où tous les raflés et les arrêtés sont interrogés, bastonnés pour être enfermés. Le projet de construction des bâtiments du camp Alpha Yaya avait conçu de locaux de façon que face au vaste salon d’à peu près 12m sur 8, une antichambre donne sur trois chambres : une à droite, l’autre à gauche et la troisième au milieu fait face au salon. Vous ne pouviez pas imaginer ce que les services spéciaux m’avaient fait comme insigne honneur et privilège de me loger dans celle qui fait face au salon. Pour parler des faits, il faut être devant eux. Dans cette cellule, il y avait de tout : des narcotrafiquants, des voleurs de bétail, des assassins, des bagarreurs enfermés et oubliés, un type qui a assisté à la mort par empoisonnement sans être responsable, des élèves, des hommes en tenue raflés…

Dès qu’on est entré, chacun s’est précipité à sa place. De l’entrée, immédiatement à gauche, il y a un tas de chaussures derrière la porte ; à droite, devant la porte de la salle d’eau, il y a une poubelle en plastique et des bouteilles d’emballage d’eau, pour ceux qui n’ont pas de moyen. Deux rangées de nattes sont séparées au milieu de la salle par une bande de carreaux bien propres qui va tout droit de la fenêtre à la salle d’eau. Sous la fenêtre, des plats sont regroupés avec des sachets d’eau de Coyah. On se dévisage mutuellement en silence, il n’y avait aucune animosité dans les regards. Je m’avance sur la bande de carreaux mais on me crie : « Attention ! Les chaussures » et on me montre le tas de savates. Je me déchausse comme tout le monde et viens occuper une partie libre de la natte, à l’entrée de la salle de bain, suivi de mon jeune frère Sény. Comme dans la salle des commandos, quelqu’un me reconnaît comme journaliste et il s’est mis à dire « Vous êtes journaliste à l’Indépendant, non ? » -Oui, je dis, et il me rappelle : « On s’est rencontré dans le bureau d’Issa Condé ». Il semblait si sûr que je n’ai pas voulu le contrarier. Mais maintenant je pourrai dire à Mouctar Camara que ce n’était pas dans le bureau d’Issa Condé mais dans le bureau de Fodé Bouya Fofana. Identiquement à la première rencontre dans la salle des commandos, les hommes s’intéressent à moi et on me cède une place au sein des VIP, comme les désignaient les anglophones.

Détentions extra judiciaires

J’apprendrai que Mouctar est là depuis deux semaines pour avoir daubé, ou si vous voulez critiqué ou cassé du sucre sur le dos du ministre de la justice. Lui sera libéré par l’intervention personnelle du deuxième de la Grande Mosquée de Conakry, Mamadou Saliou Camara, un homme respecté par musulmans et chrétiens de Guinée pour sa probité intellectuelle, comme l’était Monseigneur Robert Sarah…

Il y avait le cas de Mohamed Cissé pour bagarre avec une fille qui a des rapports avec les services spéciaux, elle va faire des examens et sondage pour un montant de 1900000(un million neuf cent mille) et un téléphone de combien de francs. Dès qu’ils sont arrivés, sans jugement ni explication, il a été mis là dans. Voyant les traitements infligés aux autres, Mohamed ne voulait pas tergiverser et demandait à ses parents de payer pour qu’il sorte.

Il y a aussi le cas de Ousmane Diallo, lui a accompagnait partout un marabout qui travaillait pour le ministère sénégalais de la défense. Ayant eu ce travail par l’intermédiaire d’un vieux concessionnaire de BelleVue, et après une longue absence, il revient et il fait la monnaie chez les cambistes et entre chez son bienfaiteur. Les deux entrent dans la chambre et restent pendant une trentaine de minutes, laissant Ousmane Diallo dans le taxi. Quand les deux sont ressortis dans le salon, le karamoko a « vomi du café fort ». On lui fait appel pour aider à soulever le vieux et le mettre dans le taxi pour le dispensaire de Ratoma, où il recevra une piqûre ( ?) et il est renvoyé sur Donka où il rendra l’âme le lendemain. Il est détenu pour apporter des explications, et cela va bientôt faire un mois.

Il y a aussi le cas du jeune David Conté, un Léonais, artiste chanteur. Accusé d’assassiner une fille avec laquelle il vivait et dont la liaison était connue des parents de la fille. Quand le cadavre de la fille fut retrouvé, David était en tournée à Kindia. Les services spéciaux sont allés chercher le concessionnaire et son fils pour qu’ils fassent sortir David. David Conté revient et reconnaîtra sous les coups et sera transféré…

Il y aussi le cas d’un autre Ousmane Gaoual Diallo, lui, son cas est un peu singulier : U8n voleur de boeuf a été pris la main dans le sac et est sommé de rembourser quatre par les hommes en uniforme de Faléssadé, dans Dubreka. Le voleur rembourse trois bœufs (un taurillon et deux vieilles vaches faméliques). Les militaires gardent le taurillon et revendent les deux peaux à Ousmane Gaoual Diallo. Le propriétaire, c’est-à-dire, la victime, n’osant porter plainte contre les militaires, porte plainte contre Ousmane Gaoual au camp Alpha Yaya. On le garde depuis plus de deux mois sans avocat et sans jugement…

Des cas comme ceux-là, il y a des brassées. Que dire des élèves raflés, des hommes en uniformes comme le cas de Ali Sangaré, un adjudant-chef de gendarmerie ramassé alors qu’il était assis dans un maquis de la Bellevue. Il a fait savoir au lieutenant Boiro qu’il n’est pas n’importe qui en tambourinant à tout rompre la porte du violon sans cesse. Il a même lancé un coup de pied aux jeunes gendarmes en les insultants et les traitant de recrues qui ne savent même pas tirer…

C’est ainsi qu’en ramassant tout ce qui bouge, l’on a ramassé un groupe de bérets rouges le samedi passé (le 20 courant). Cela ne s’est pas passé à la douce comme d’habitude car les copains sont venus les libérer de la plus forte des façons en défonçant la porte du violon. Heureusement que le lieutenant Boiro et le capitaine Zimolo étaient absents des lieux.

Comme on le voit, le malaise commence à faire le raz le bol même au sein des hommes en uniforme. Entre gendarmes et militaires, entre gendarmes et policiers. Certains pensent que les services spéciaux n’ont aucune raison de rester au camp, dans le bâtiment B-13, un bâtiment qui risque de se transformer en un nouveau camp Boiro, tant des choses et des choses s’y passent en dehors et à l’insu total de la loi. Tous les raflés, une cinquantaine par jour, sont dépouillés de leurs biens. Ceux qui n’ont rien restent tant que rien n’est payé. C’est une affaire d’arnaque, de gros sous ou des larmes.

Parmi tous les services nés de l’avènement du CNDD, les services spéciaux de Tiégboro sont les plus hors-la-loi et hors les normes démocratiques, et cela n’est pas dit parce que moi, j’ai été incarcéré dans leurs geôles et que je leur fais un procès en revanche. Rien que des détentions préventives dépassant deux mois peuvent donner à réfléchir sur la réalité des problèmes des Guinéens. Il faut empêcher à tout prix qu’un autre camp Boiro ne renaisse de ses cendres.

 

Moïse Sidibé
L'indépendant, partenaire d
e www.guineeactu.com 

 

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Vos commentaires
Soumah, mardi 30 juin 2009
Vivement les élections en 2009!!!
A.T. DIALLO, lundi 29 juin 2009
Bonne reprise, gentil Moise! Les annecdotes sur tes copains d`infortune nous permettent de comprendre le drame que vivent des centaines d`innocents chez nous actuellement...

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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