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On n’a pas ou peu entendu sur la mort de Bongo et de la FrançAfrique. C’est « la rupture » de Sarkozy, celle qui a entraîné la mort de la FrançAfrique, qui a tué Oumar Bongo Ondimba et non l’inverse. Bongo n’a pas survécu à son épouse, c’est sûr, mais il n’a pas survécu aussi à la mort de la FrançAfrique. On peut dire que le parrain de la FrançAfrique a été pris à son propre jeu. En passant tout le temps à financer occultement les partis politiques français et en faisant très habilement du clientélisme politique dans son pays, Le fin et rusé renard politique croyait se sortir indemne de cet imbroglio, hélas ! Rien que son choix de Barcelone et son refus d’aller se soigner à Val de Grâce montre à suffisance l’offuscation qu’il a dû ressentir auparavant, quand le grand déballage a été fait sur sa fortune en France. Mort de chagrin, de déception et d’amertume, aurait-il souhaité la présence de Chirac et de Sarkozy à ses obsèques, s’il eût pu décider ?
A côté, le Niger n’a pas encore compris la leçon, et Mamadou Tanja tente vaille que vaille de modifier la constitution seul contre tous mais c’est en fait un compte à rebours qu’il a déclenché contre son propre pouvoir. Ce qui vient de se passer au Honduras n’inspire rien à Tanja ? Décidément, il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir ce qui saute à l’œil ! Ce qui est abasourdissant, c’est le silence des grandes puissances économiques. Si la France a consommé la rupture, n’a-t-elle pas un autre mot à ; dire ? Son silence est pesant !
Laissons tous ces problèmes lointains et revenons au pays des Rivières du Sud ensablés dans le processus de la transition avec des à-coups et des soubresauts politiques qui, s’ils continuent à cette allure, refuseraient au CNDD de faire l’histoire.
Dans la dernière livraison, nous avions eu à mettre le doigt sur un fait, la junte semble bien distraite par les problèmes politiques plutôt que d’aller droit dans le nettoyage des écuries d’Augias. La preuve, le Week-end dernier, les services spéciaux du capitaine Tiégboro avaient procédé à l’incinération d’une quantité de drogue au KM 36. La TV nationale en a fait l’écho. 21 kilos de cocaïne et plus de 65O kilos de cannabis. Maigre prise, doit-on dire, pour les six mois de grand battage qui ont fait s’enflammer tous les Guinéens. Si la Guinée était vraiment une plaque tournante du trafic de la drogue, comme on a entendu dire, la prise est insignifiante, à moins que les affabulateurs et les bonimenteurs aient enflammé tout le monde pour qualifier la Guinée de centre de trafic de la drogue, alors qu’il n’en était rien du tout avec cette maigre prise qui ressemble à une chasse bredouille.
A un moment donné, les Guinéens avaient appris avec abasourdissement que les services de polices avaient mis le grappin sur un camion à double fond et qui contenait plus de 600kilogrammmes. Le bruit qui courait sur les aérodromes de Faranah et de Kamsar faisait état de plusieurs centaines de kilos de cette drogue. Dans l’imaginaire des Guinéens, ces quantités ne sont pas exhaustives et que des réseaux parallèles pouvaient faire passer plus. C’est donc dire que les attentes étaient grandes du côté des services spéciaux. Au grand désappointement des observateurs, c’est la portion congrue que l’on a incinérée ce jour au KM 36. Mais ceci explique peut-être cela, et le lecteur comprendra après ces explications: En effet, au moment où on croyait que le CNDD roulait pour Ousmane Conté et que la gouaille populaire qualifiait le Conseil National pour la Démocratie et le Développement de « Céndéndé ou Conté Nan Dadis Dökhi» et que le contraire s’est manifesté, les parrains et parâtres de la drogue ont largement eu le temps de transférer leurs marchandises sous d’autres cieux plus cléments. Finalement, quand les services spéciaux sont entrés en actions, il ne reste plus que des miettes et reliefs entre les mains de petits poissons sans aucune expérience mais qui voulaient faire fortune pendant la débandade des gros bonnets.
On se rappelle que quelques jours avant le déclenchement de ce ratissage, Le capitaine Dadis Camara avait clamé haut et fort au camp Alpha Yaya : « La drogue ! La drogue ! La drogue ! Ceux qui en ont dans leur maison, c’est le moment de déposer dans des sacs au carrefour… » Si après tous ces avertissements, les Tiégboro arrivent a glaner encore une vingtaine de kilogrammes, c’est maigre mais c’est quelque chose, quand même ! Devant ce peu de résultat, les services spéciaux, ne pouvant s’en contenter, en étaient venus à procéder par délation, croyant atteindre les résultats escomptés.
C’est donc en utilisant la méthode de la délation que certains ont été enfoncés, tel est le cas de Moïse Sidibé et de sa famille. L’on serait allé dire, avec des dossiers montés de toutes pièces, que la famille Sidibé criait sur tous les toits que les actions du CNDD ne sont que poudre aux yeux des moineaux. Sans vérifier la véracité ou la fausseté de l’information, la descente musclée avait été, elle, bien dirigée. Je dois le dire ainsi car, d’habitude, je ne regarde pas les grandes rencontres de football à la maison, je les regarde toujours en compagnie des amis, lorsque je n'ai pas envie d’écrire sur la rencontre mais ce jour-là, j’étais rentré plus tôt que prévu et les actions étaient bien cordonnées pour m’embarquer.
A supposer que cela n’avait été que pure coïncidence, et que le hasard m’ait fait venir au mauvais moment à la maison, il faut dire que ceux qui nous ont dénoncés nous en voulaient farouchement car une semaine avant la descente des services spéciaux chez moi, les mêmes services spéciaux avaient fait une identique descente chez mon gendre à côté du bar « Transit ». Ils sont allés le cueillir dans son lit et ils lui ont fait payer une somme de trois millions mais, comme on ne voulait pas que je sois au courant de la chose, le silence avait été bien gardé.
De deux choses l’une, soit c’est une persécution contre la famille Sidibé, soit c’est une chasse aux étrangers ou tous ceux qui ont la peau claire. Il m’est très difficile de répondre à la question pourquoi on m’a personnellement arrêté. Certains pensent, à tort ou à raison que mes idées et opinions ne sont pas totalement étrangères à cette malheureuse coïncidence mais quelque chose me dit que rien n’est à exclure car, lors de ma première entrevue avec le capitaine Tiégboro, le jour même de mon arrestation, je lui avais dit que je ne pourrais jamais cautionner la vente de la drogue chez moi après avoir été; l’un des tous premiers, sinon le premier, à avoir soutenu avec force les actions des services spéciaux dans sa croisade contre le narcotrafic, la récupération des patrimoines bâtis publics, le grand banditisme et le trafic d’enfants en Guinée dans un journal. Le capitaine Tiégboro me regarde et me demande : « Dans quel journal ? » -Je lui réponds : « Dans l’Indépendant ! », ensuite, une semaine après mon incarcération, un homme en tenue était venu me demander à la porte de la cellule, et quand je me suis présenté à lui, il me dit : « Tu sais que le président sait que tu es là ? » Je lui réponds : « Tant mieux ! »
Tout ceci montre qu’il est très difficile de déterminer si j’avais été arrêté pour mes écrits et que l’on a savamment maquillé cette expédition punitive par le fardage de la drogue dans cette rafle ou bien encore que par méprise l’on m’ait confondu à un étranger qu’il faudrait arnaquer. Et quelque chose me le fait encore penser, c’est que le dimanche, le capitaine Zimolo, qui n’arrête de m’avoir dans son collimateur vient me demander et me dit : « Il y a l’ambassadeur du Vietnam qui est venu te demander », et il s’en va. J’ai immédiatement dit aux autres codétenus : Il n’y a même pas d’ambassadeur du Vietnam en Guinée, il veut me faire une blague, une galéjade grossière ! » En fait de galéjade, c’est lui qui la prendra puisque le lundi suivant c’est un monsieur Mohamed Léma Camara (ancien gérant chez Momo Jo Sylla) qui sera mis dans notre violon. Il passera la nuit avec nous et pour avoir accès au téléphone, il dira que le capitaine Zimolo est son beau-frère, et qu’il est incarcéré pour une somme de un million de francs qu’il n’a pas pu rembourser à temps…En tout cas, le beau de Zimolo avait eu chaud… La manière dont le capitaine s’était braqué contre ma personne me permet de faire de folles supputations. A caque fois que nos regards se croisent, c’est soit de l’indifférence ou c’est un regard antipathique et haineux que je vois. J'espère que tout ceci est du passé mais qui compte entre nous.
En toute sincérité, Je ne souviens pas avoir écrit quelque chose de déplacé contre la junte que j’avais soutenue dès les premières heures de sa prise du pouvoir mais, il faut reconnaître que pour ma vision pour eux d’entrer dans l’histoire, il ne fallait pas aller du dos de la cuillère dans des périphrases ou des circonlocutions. Les militaires n’ont pas besoin d’être flattés, ce sont des pragmatiques, qui ne demandent qu’on leur fasse des explications détaillées des choses.
Comme je n’avais pas de contact direct avec ma famille, elle a décidé de prendre contact avec les gardes qui leur auraient demandé deux cent cinquante millions pour ma libération, puis, ils ont revue à la baisse à cinquante millions puis, voyant sans doute que ma peau ne vaut pas plus de cinq millions, en cette période de vache maigre, ils ont négocié sur cette base juste au moment où l’ambassade des USA à Conakry est entrée en contact avec moi, par téléphone. J’apprendrai également que l’AGEPI, le CNC et le ministre Justin Morel Junior avaient décidé d’aller rencontrer le président à mon sujet. De l’Extérieur, Media Fondation for West Africa à travers son président Kwame Karikari et la Fondation des journalistes en danger n’ont cessé de me témoigner une solidarité soutenue. A tous ceux-ci mes grands remerciements et toutes ma gratitude.
Si on nous dit que le premier procès intenté et perdu contre la presse remonte en 1733 à New York. Peter Zenger, le journaliste du New York Weekly Journal a été accusé de diffamation par le gouverneur tout puissant de la contrée mais son avocat Andrew Hamilton prouvera que les affirmations de Peter Zenger étaient véridiques, donc il ne pouvait pas avoir de diffamations…
C’est le lieu de le dire et aussi à l’intention d’un autre Andrew, qui n’est autre que Mr. Andrew McLeane de l’ambassade des Etats-Unis à Conakry, pour lui dire que nous sommes aussi au courant de ce qui s’est passé d’il y a plus de 270 ans dans le pays de la Liberté.
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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