jeudi 22 janvier 2009
Discours-programme : Le capitaine Dadis « ignore » la transition

Dans son discours du 14 janvier 2008, le président de la République de Guinée a passé sous silence la durée et les modalités de la transition ouverte il y a moins d’un mois. Le capitaine Moussa Dadis Camara qui a déroulé cependant un programme réalisable en dix ans ou plus, sème ainsi le doute dans certains esprits.

La publication de la liste des membres du gouvernement du Premier ministre Kabiné Komara a été précédée du discours programme du président de la République. Cette allocution du chef de la junte guinéenne intervenue le 14 janvier dernier a fait l’objet d’une large diffusion dans les médias guinéens. Le capitaine Moussa Dadis Camara a déroulé un programme bateau qui va de la moralisation de la vie publique, à l’éducation, en passant par les mines, l’énergie, l’eau, les télécommunications, etc. C’est donc une sorte de discours embrasse-tout que le nouvel homme fort de la Guinée a adressé au peuple de Guinée. Un discours qui, cependant, a presque superbement ignoré la question de la transition, notamment en ce qui concerne le contenu à donner à cette période transitoire. Le capitaine Moussa Dadis Camara qui a pris le pouvoir le 23 décembre 2008 à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), au lendemain du décès du général Lansana Conté, était pourtant très attendu sur le comment il entend mener cette transition vers l’avènement des civils au pouvoir. Le contenu de cette transition dont il s’agit consiste en effet à définir les contours de la structure qui doit en concevoir et conduire les outils nécessaires. Ainsi, les étapes vers la remise effective du pouvoir aux civils, au terme d’élections libres et transparentes, doivent en effet être déterminées. Idem, en ce qui concerne le temps imparti pour la réalisation de ces étapes. Bref, pour mener la transition à bon port, il est plus que pragmatique d’établir un chronogramme lisible et connu de tous. Mais, il a beau être un discours bien-disant sur les chantiers qui attendent le CNDD et le nouveau gouvernement de transition, le discours du chef de l’Etat a choisi de faire le black-out sur cet aspect politique. Une posture qui prend le contre-pied de ce qui était revenu en boucle dans ses audiences et autres déclarations publiques. L’on sait qu’avant son discours programme, le capitaine Moussa Dadis Camara réitérait à volonté la détermination de la junte à rendre le pouvoir aux civils au plus tard en décembre 2010. C’était aux premières heures de son accession à la dignité présidentielle. Quelques jours après, on l’a entendu dire que cette échéance pouvait être écourtée si les forces vives de la nation, les partis politiques en prime, s’y accordaient. Le président de la République poussera sa bonne foi jusqu’à demander aux partis politiques de lui déposer ce qu’il a appelé ‘’leurs projets de société’’. Une bonne partie de l’opinion s’était réjouie de l’esprit d’ouverture de ce jeune Capitaine dont la démarche augure des lendemains politiques meilleurs. La réponse des partis politiques ne se fit pas attendre. « Je me réjouis de constater que les éléments du discours programme se recoupent avec ce que nous avons remis au CNDD », a déclaré le président de l’UPR M. Bah Ousmane dans les colonnes du ‘’Démocrate’’ paru le mardi 19 janvier dernier. Comme pour dire que le projet de société de sa formation a été pris en compte en ce qui concerne les autres domaines de la vie nationale. Par ailleurs, on se rappelle qu’il y a quelques jours, plus d’une dizaine de partis politiques avaient adressé au CNDD un mémorandum qui déclinait les grandes lignes de la transition. Des formations politiques comme le RPG, l’UFDG, l’UPR avaient proposé des élections législatives en juin 2009 et des présidentielles en décembre de la même année. Pour sa part, l’UFR opte, dans une autre déclaration, pour des présidentielles en décembre 2009, avant toute chose. En dépit de la discordance des voix autour de qui des législatives et des présidentielles devaient précéder, ces documents avaient eu le mérite de porter la question sur la transition politique sur le devant de la scène. Faisant de ce volet de la transition la priorité des priorités. Rejoignant ainsi la volonté des puissances occidentales et autres organisations panafricaines et internationales de voir se tenir rapidement des élections présidentielles. Autant dire que la question de la transition interpellait à plus d’un titre le capitaine Moussa Dadis Camara. Au lendemain de son discours programme, certains observateurs se demandent si le chef de la junte a déjà tourné casaque. Serait-il déjà dans une logique de rétractation par rapport à son engagement initial qui consiste à organiser des élections sans tarder ? Et permettre ainsi le retour des militaires aux casernes. En effet, ce risque n’est pas à exclure quand on sait que la faune de lèche-bottes qui a investi le Camp Alpha Yaya Diallo, désormais siège de la Présidence, pourrait tenter de l’y convaincre. Toutes ces interrogations sont renforcées par le fait que le programme déballé par le président du CNDD est si vaste qu’il serait presque irréalisable en dix ans. « Je pense que toutes ces actions ne peuvent pas être réalisées maintenant. Mais il faudrait saisir tout de suite l’opportunité pour engager toutes les réformes, poser les bases de toutes les réformes… » a poursuivi le leader de l’UPR dans les pages du ‘’Démocrate’’.

Il apparaît évident que la durée et les modalités de la transition occupent une place prépondérante dans la nouvelle donne politique guinéenne. L’opinion nationale et internationale y tient. Le capitaine Moussa Dadis Camara l’aurait-il oublié qu’il se serait éloigné de ses premiers engagements. Au regard de l’inquiétude suscitée par cette ‘’omission’’ de la question transitionnelle, il serait indiqué que le chef de l’Etat rassure les Guinéens ainsi que la communauté internationale. On espère qu’il ne se fera pas prendre au mot. Tant mieux si la déclaration du Premier ministre Kabiné Komara vise à apaiser la polémique née de cette situation. En effet, lorsqu’il est allé présenter ‘’son gouvernement’’ au président Moussa Dadis Camara, le lundi 18 janvier dernier, le chef du gouvernement a promis que son équipe qui n’a pas de temps à perdre, se battra pour qu’au bout du compte, les Guinéens puissent élire, enfin librement, les dirigeants qu’ils auront choisis eux-mêmes. Ce, même s’il n’a pas précisé à quel moment cela pourrait intervenir.

Talibé Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Bangaly Traore, jeudi 22 janvier 2009
Le peuple de guinee n`a pas besoin de voir les images de lansana gaucher keita avec le nouveau president,ce que le peuple a besoin,c`est la justice,les audits publique et l`organisation des elections libres et juste dans la transparence la plus totale.NB les audits de l`ex mouvance presidentielle.
Bangaly Traore, jeudi 22 janvier 2009
EN attendant la fin des audits publique,la manoeurre qui s`inscrit pour assurer la protection de la famille feu conte ne offre pas une crediblite au nouveau regime de cndd,le peuple est conscient chaque membres de la famille feu conte a un compte.Aujourd`hui il semble opportun pour le cndd de traduire les epouses de feu conte et les clans du regime defunt devant la justice pour crime de sang et economique dans notre pays.Notre pays a commu un conflit ethnique le 4 juillet 85 organiser par:le feu conte,henritte conte,l`ex colonel facinet toure,l`ex colonel mamadou balde,l`ex commandant ousame sow,l`ex commandant abou camara,l`ex general sory diallo,l`ex general ad diallo,l`ex commandant fofana etc.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011