mardi 10 février 2009
Discours de Dadis le 9 février 2009

Dadis a dit : « … Ce n’est ni le lieu ni l’opportunité pour les partis politiques et les syndicats pour la reprise de leurs activités qui restent suspendues, car nous sommes encore en période d’exception. »

Hier Lundi 9 Février 2009, toutes les forces vives de la nation guinéenne étaient rassemblées au Palais du Peuple à Conakry, pour discuter avec les nouvelles autorités nationales, de l’avenir immédiat du pays.

Devant les leaders des partis politiques, des centrales syndicales, de la Société civile, des coordinations régionales, des notabilités religieuses de l’Islam et de l’Eglise, le Président du CNDD, Chef de l’Etat, Président de la République a répondu aux grandes préoccupations actuelles du Peuple de Guinée.

Voici le discours introductif du capitaine Moussa Dadis Camara, à cette rencontre qui avait toute l’envergure d’un début de « Conférence Nationale Souveraine », comme on en a vu dans bien d’autres pays du continent africain :


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Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Forces vives de la Nation,

Mesdames et Messieurs,

Chers compatriotes,

Si la valeur d’une Nation se reconnaît et s’exprime dans la qualité de ses citoyens, celle d’un Etat ne se reconnaîtra et ne s’exprimera que dans la qualité de ses cadres

De ce fait, depuis l’avènement de la Transition par l’armée guinéenne, le 23 décembre 2008, un fait demeure inéluctable et intangible : il s’agit de la nécessité de reconstruire ou de qualifier notre Etat, par l’avènement des hommes d’honneurs, porteurs de valeurs.

Ne nous trompons donc pas : nous sommes à la croisée des chemins pour l’avènement d’un mieux-être, avec comme premiers acteurs, vous, les forces vives de la Nation, en accord avec les membres originels de pensée et d’action du CNDD.

Voilà pourquoi, et en tout premier lieu aujourd’hui, il est opportun, louable et permis, en mon nom personnel, aux noms de mes compagnons du CNDD, de l’armée guinéenne et de toute la Nation entière, par le devoir de mémoire et pour la mémoire collective :

-    Tout d’abord, de m’incliner pieusement, sur les dépouilles des victimes innocentes de ces cinquante premières années de notre existence, pour la paix de leurs âmes, en attendant de traiter toutes les frustrations par une justice réparatrice.

Nos pensées vont aussi à ces victimes, issues des manifestations de janvier/février 2007. Il faut exorciser le mal par le commencement : celui de l’évocation de la mémoire car, une nation qui oublie son passé a tendance à le reproduire.

-    Et ensuite, de remercier sincèrement et solennellement aussi, les vaillants acteurs, aussi bien politiques que sociaux, ayant convergé tous, vers la même destination : celle de la lutte pour l’avènement dans notre cher pays, d’une démocratie vraie.

Je tiens personnellement à rendre un hommage à ces hommes et institutions : les pères et compagnons de l’indépendance, nos aînés du 3 avril 1984, pour l’avènement de la liberté, feu Siradiou Diallo à titre posthume, le doyen Bah Mamadou, Alpha Condé, Jean Marie Doré et tant d’autres, aux organisations de la société civile, les syndicats, les partis politiques. Qu’ils en soient remerciés, et que le Seigneur nous donne la force, un jour, de symboliser les valeurs qu’ils ont véhiculées ou voulues, par des récompenses, pour qu’enfin dans ce pays, soient reconnus le mérite et l’aptitude.

Chers compatriotes,

Nous sommes donc aujourd’hui réunis ici, pour parler de la vie de notre Nation, à travers le thème principal que nous appelons tous : Transition.

Nul n’ignore le profil ou les raisons profondes qui ont motivé l’armée guinéenne, à travers le CNDD, à prendre ses responsabilités pour sauver la Nation guinéenne, le 23 décembre 2008. 

Notre acte a été légitimé par, non seulement, le soutien populaire mais aussi, la volonté manifeste des forces vives de la Nation, pour nous accompagner à travers ce processus : celui de la Transition. 

Les acteurs principaux, c'est-à-dire, vous et le CNDD, qui devez accomplir ce noble processus, aussi bien dans ses caractères symboliques que dans ceux matériels, devraient être des enfants de Guinée, porteurs de valeurs et de vertus.

Pour ce faire, nous vous invitons à suivre obligatoirement un cheminement qui nous conduira du cercle vicieux vers le cercle vertueux.

Il s’agira donc d’un devoir et d’un cheminement obligatoirement participatif et inclusif car, il n’appartient à aucun homme, aucun groupe, aucun appareil de se substituer à la volonté populaire.

C’est en effet aux Guinéennes et aux Guinéens, et à eux seuls, qu’il appartient de reconstruire un Etat. Ceci, en lui donnant des fondamentaux garantissant la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la non utilisation de la région, de l’ethnie et de la religion, à des fins politiques.

Il faudrait, dès maintenant, enclencher le processus de la transition, pour bâtir les préalables d’un Etat fort, responsable et d’une Nation unie.

Ainsi, seront observés d’une manière rigoureuse, le respect de tous les pluralismes existants dans la société : l’égalité entre homme et femme, la garantie et la promotion des droits de la personne humaine.

Nous sommes tous à la croisée des chemins, et le virage à prendre, pour l’arrivée de notre chère Nation vers des objectifs de valeurs et de vertus, est à la fois noble, exaltant, par moment inquiétant et dangereux, mais aussi, porteur d’espoirs.

C’est pourquoi, aujourd’hui, sincèrement et solennellement, au nom du CNDD, de l’armée guinéenne toute entière, et au nom de la Guinée et des Guinéens de tout bord, je réitère et déclare notre volonté de retour à un cadre constitutionnel pour notre pays, à travers une période dite de transition.

Pour son exécution et sa mise en œuvre, je vous invite à déclencher, dans l’ordre et dans la discipline, vous les forces vives de la nation, et dans les meilleurs délais, un cadre de concertation ou de dialogue national, sous la direction du CNDD.

En effet, il vous souviendra que j’avais demandé à toutes les forces vives de la Nation, et à toutes personnes de bonne volonté, de faire des propositions concrètes par écrit, de la conduite de la transition.

Je voudrais profiter de cette tribune pour remercier toutes celles et tous ceux qui ont accepté d’apporter leur contribution à la réussite de l’action salvatrice du CNDD. Ces supports seront transmis au cadre de concertation ou de dialogue nationale, pour exploitation.

Ce cadre n’est pas le lieu ni l’opportunité pour les partis et les syndicats, pour la reprise de leurs activités, qui restent suspendues car, nous sommes encore en période d’exception. L’heure est plutôt à la recherche de solutions pour une réussite de la transition.

Ce cadre devrait associer toutes les couches de la Nation sans exclusive, avec cette fois-ci à la clé, l’association de la diaspora guinéenne si souvent marginalisée par nos maladresses, et pourtant, porteuse de grandes valeurs.

Mais avant l’organisation de ce cadre de concertation nationale, permettez-moi, au nom du CNDD, de vous présenter certaines de nos inquiétudes et interrogations, bien que non exhaustives, mais à prendre en compte pendant vos travaux futurs.

Des réponses non partisanes, patriotiques méritent d’être apportées à ces questions :

1 - Quelles sont les motivations et les raisons qui détermineront les organes constituants de la transition ?

2 - Quels seront les termes de références de ces organes, et la nature de leurs liens ?

3 - Quels seront les critères et modalités de choix des structures, des hommes, femmes et jeunes de Guinée, ainsi que des partenaires, prêts à accompagner cette transition ? 

4 - Quel sera le budget à allouer pour accompagner le fonctionnement de ces organes, ainsi que les sources de financement ?

5 - Quelles modalités les autorités militaires prévoient-elles pour une efficiente réforme de l’armée guinéenne ? 

6 - Quelles modalités pour restaurer l’autorité de l’Etat, et comment renforcer la sécurité des personnes et des biens ainsi que les conditions de sécurité pour les élections ?

7 - Quelles modalités pour la révision constitutionnelle et les réformes institutionnelles ?

8 - Quelles modalités de reforme ou de refonte de certains organes de la transition déjà existants, pour une plus grande efficacité ?

 9 - Quelles modalités pour des réformes économiques et le retour des grands équilibres macroéconomiques ?

10 - Quelles modalités pour résoudre toutes les frustrations et violations intervenues dans notre pays pendant ces 50 premières années, par une justice réparatrice, pour une vraie réconciliation nationale ?

11 - Quelles modalités pour renforcer l’efficacité des audits, la lutte contre le grand banditisme, l’impunité et le narcotrafic, pour déboucher sur des remboursements et l’inculpation des coupables ?

En clair, notre vision, celle du CNDD quant aux résultats de ce cadre de concertation, serait de déterminer : Où sommes-nous ? Où allons-nous ? Comment y parvenir ?

C’est en apportant des réponses à tous ces questionnements, et certes, à d’autres non énoncées maintenant, que ce cadre de concertation nationale donnera un fruit ou un outil qui sera appelé bréviaire, charte ou feuille de route de la Transition.

Cet outil dégagera les organes nécessaires à la transition et qui, à leur tour, évoqueront leurs chronogrammes sectoriels pour aboutir enfin, à un chronogramme global.

Mesdames et Messieurs,

Je crois que vous mesurez l’importance des travaux qui vous attendent, et je vous invite à vous y impliquer sérieusement, afin de nous permettre de réaliser la transition dans les délais convenus.

A l’issue de vos travaux, en ma qualité de Président du CNDD, je procéderai à la validation finale de vos résolutions.

Que DIEU bénisse la Guinée !

Vive la Guinée ! 


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Après ce discours écrit, le Président Dadis repousse le papier, ôte ses lunettes et nous voici partis pour deux heures et demi d’horloge de débats directs avec les représentants des forces vives de la Nation. Et lorsqu’on se quittera au crépuscule, bien des points susceptibles de tension auront déjà été discutés, disputés et aplanis pour la marche consensuelle de la Guinée sur la voie de la Démocratie.

On aura surtout examiné, avec beaucoup plus de recul, les embûches liées à la précipitation et aux injonctions de maîtres de la démocratie, souvent étrangers et complètement ignorants des réalités singulières du paysage politique et social de la Guinée.

Et à la fin, il s’est révélé la nécessité de nous « presser lentement » en vue d’éviter que demain, nous soyons contraints de revenir sur nos pas pour reprendre les phases bâclées sous la pression.


Fodé Tass Sylla
Rédacteur en chef de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ibrahim Diallo, mercredi 11 février 2009
"CNDD, Restez Le Temps Qu`il Faut, Pas Un Jour De Plus..." :))
Bangaly Traore, mardi 10 février 2009
Le gouvernement a la responsablite d`etablir la justice,car la solution de la reconciliation nationale,c`est bien la justice.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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