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Le mouvement syndical guinéen a été quasiment pris à partie par le Capitaine Moussa Dadis Camara lors de son premier tête-à-tête avec les médias guinéens. Le chef de l’Etat guinéen n’entend pas leur donner l’occasion que son prédécesseur leur a donnée.
Le président guinéen Capitaine Moussa Dadis Camara a mis à profit sa conférence de presse du 10 mai dernier pour égratigner le mouvement syndical guinéen. «Sous l’ancien régime, le syndicat avait fini par absorber l’Etat. », a-t-il affirmé à la RTG Koloma devant un parterre de journalistes tout yeux tout oreilles.
Aujourd’hui, il estime « qu’il ne faut pas donner trop de kilos au syndicat qui est d’ailleurs membre de la Société civile », ajoute le chef de l’Etat qui réagissait ainsi à la proposition des « Forces vives » en général et des partis politiques en particulier, d’accorder 20 sièges au mouvement syndical au sein du Conseil national de la Transition (CNT). Ce qui pourrait préfigurer une bataille sans merci entre le CNDD et les « Forces vices » pour le contrôle des 115 sièges de l’organe législatif de la transition.
Le Capitaine Moussa Dadis Camara a d’ailleurs enfoncé le clou en prévenant « qu’il n’y aura plus de grève ». Il précise à l’attention des syndicats désireux de déclencher une grève que le « Gouvernement leur montrera le tableau de bord de l’économie guinéenne». Histoire de les amener à jauger les moyens de l’Etat par rapport à leurs revendications. « Le précédent régime a donné l’occasion aux syndicats », a conclu le chef de la junte militaire guinéenne.
En effet, le capitaine Moussa Dadis Camara a encore en mémoire les deux grèves générales organisées par l’inter-centrale CNTG-USTG élargie à l’ONSLG et à l’UDTG, respectivement en juin 2006 et janvier-février 2007. La réaction de l’armée et de la police, qui ont tiré à balles réelles sur les manifestants ayant déferlé par milliers dans les rues du pays, avait fait des centaines de morts et plus d’un millier de blessés graves.
Les victimes et leurs familles attendent toujours l’enquête sur ces événements populaires qui avaient fortement ébranlé le régime de feu général Lansana Conté, décrit jusque-là comme une forteresse imprenable. Le Capitaine Moussa Dadis Camara n’ignore donc pas la capacité de mobilisation ou de ‘’nuisance», c’est selon, des syndicats. Par conséquent, il n’entend pas se laisser surprendre par le rouleau compresseur du mouvement syndical guinéen.
Soixante douze (72) heures après, les propos du président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) suscitent une polémique sur fond d’inquiétude. Déjà à couteau tiré avec les leaders politiques qu’il accuse de déstabiliser son régime auprès de la Communauté internationale, le Capitaine Camara ouvre le feu contre le mouvement syndical.
Les risques d’un dialogue de sourds…
Selon certains critiques, l’objectif visé par le chef de l’Etat est d’amener syndicats et partis politiques à « mettre de l’eau dans leur vin » par rapport à la durée de la transition. Pendant que ces deux entités veulent les élections présidentielles en décembre 2009, le chef de l’Etat et le CNDD semblent voir rester plus longtemps pour disent-ils nettoyer la maison.
L’ouverture par le chef de l’Etat de ces deux fronts n’est pas de nature à apaiser une transition qui requiert la compréhension mutuelle entre tous les acteurs politiques et sociaux de la Guinée. On se rappelle que les évènements tragiques de janvier-février 2007 sont la résultante du dialogue de sourds entre la classe syndicale et le régime du général Lansana Conté.
A l’époque, l’Etat avait misé sur sa force répressive alors que la gravité du moment invitait plutôt à la retenue et à la pondération. De nombreux observateurs de la scène nationale pensent que l’actuel président devrait cultiver ces vertus pour mener à bon port sa mission. Encore que le peuple de Guinée s’est pris à lui faire confiance dès son avènement au pouvoir le 23 décembre dernier. Déjà, la Communauté internationale pour ne pas dire le monde entier observe la Guinée qui ne doit pas manquer cet autre rendez-vous avec l’Histoire. Le défi majeur étant à cours terme la réussite de la transition engagée sous les auspices du CNDD suite à la mort du général Lansana Conté le 21 décembre dernier après près de 25 ans de règne sans partage.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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