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Dans moins de deux mois se tiendront les premières élections pluralistes dans notre pays qui s’était auparavant forgé la déshonorable réputation de fabriquer des tyrans en série. Ces élections, même si elles ne répondront pas entièrement aux normes et standards démocratiques (fichier électoral incomplet, bureaux de votes limités, réflexe ethnique très prononcé, etc.…), auront quand même le mérite d’impliquer une large partie de la population dans la prochaine consultation pour choisir nos dirigeants. En effet, c’est peut être bien la toute la première fois que toutes les couches de la population se saisissent des enjeux, des rebondissements et des conséquences que leurs bulletins de votes pourraient entrainer dans les fondements de la nouvelle société guinéenne que nous projetons de bâtir. Ces élections seront à coup sur un grand tournant historique eut égard à l’intronisation dans la violence du sanguinaire Sékou Touré dans les années Cinquante, à la farce électorale tragi-comique de l’idiot de Gbantama et du tout récent fatidique tirage au sort du terrible petit cinglé de Koulé.
Cependant, le résultat de ces élections ne sera pas une panacée qui comme une baguette magique viendra résoudre les équations de survie de tout un peuple assaillit par la famine, rongé par les maladies et terrassé par le chômage endémique de sa couche juvénile qui a perdu ses repères. L’ampleur du dégât économique et surtout du gâchis humain de nos cinquante années d’indépendance est d’une telle magnitude qu’une élection si transparente soit elle ne pourrait à la limite que nous positionner enfin sur la case départ pour tenter de rejoindre le concert des nations démocratiques ou du moins suivre leur itinéraire politique.
En effet, les dirigeants Africains et singulièrement Guinéens se sont forgé une réputation peu enviée, celle de décevoir leurs constituants. Le fauteuil présidentiel et le poste ministériel, ne représentent pour eux que la caverne d’Ali-Baba ou il faut s’en mettre plein les poches, au plus vite. Les faveurs et les avantages se limitent exclusivement à leurs cercles familiaux et de temps à autres aux persévérants flagorneurs. Pendant que leurs peuples sont en conflit armé et ouvert contre les moustiques, la mouche tsé-tsé, la fièvre typhoïde et la tuberculose, les chères épouses de ces nouveaux parvenus, dégustent leur café au Fouquet’s sur les Champs Elysées, font leurs emplettes sur Madison Avenue ou sur Oxford Street à Londres. Les préoccupations quotidiennes des populations, on ne s’en soucie qu’à l’approche d’une consultation électorale pipée, histoire de flouer les éventuels bailleurs de fonds un peu regardants. Les 45 maisons de Bongo en Europe, les 7 milliards de Mobutu et la fortune colossale que Bokassa a fait fondre sont des exemples éloquents à ce propos. En Guinée, il suffit d’observer la mutation économique, financière et sociale sans commune mesure qui s’opère sur un obscur agent administratif dès l’instant que la gestion d’un bien public lui est confiée. Eh bien, c’est cela le drame de l’Afrique-subsaharienne, la faillite de son élite intellectuelle et la mauvaise gouvernance.
En Guinée cette culture de spoliation massive du bien public a atteint son apogée avec la gabegie administrative du paysan-président qui gérait notre pays comme un épicier du village le ferait avec son fonds de commerce. Cette pratique administrative du-après-moi-le-déluge qui désormais est, l’une des caractéristiques fondamentales de la société guinéenne trouve ses origines profondes dans la dérive totalitaire du Parti-Etat de Sékou Touré. En effet dans sa boulimie de pouvoir absolu, le Responsable Suprême de la Révolution inutile avait confisqué tous les moyens de production, étouffé toutes les initiatives privées et nationalisé la petite industrie, les banques et les assurances. L’Etat providence se positionne alors comme étant l’unique pourvoyeur d’emploi, de production, de gestion, et surtout de distribution de biens matériels et de services.
Apres la Chappe de plomb du régime césarien du PDG, une minorité de privilégiés ou plutôt de « bénis » ont fait main basse sur les biens publics dont ils avaient la gestion sous l’œil aguichant et tolérant du régime grabataire et pachydermique du paysan-président.
Pour mettre une croix définitive sur cette triste épopée, notre devoir de citoyen d’une nation qui aspire à implanter un Etat de droit soucieux des libertés individuelles est de développer en nous un mode de fonctionnement qui intègre des valeurs, des attitudes et des comportements congruents avec des principes démocratiques. Pour cela, l’idéologie et la dérive autocratique de Sékou Touré riches en justices expéditives, en pendaisons publiques, en diètes noires et en fosses communes demeurent incontestablement une référence et un modèle politique à… ne jamais émuler.
De même, la probable amnésie collective programmée par nos futurs dirigeants au nom d’une prétendue unité nationale et d’une certaine paix sociale sans justice est tout juste une purée Tartare que nous devons refuser d’ingurgiter à tout prix. Pardonner, certes. Mais oublier les sinistres Loi-cadre, FAPA, BMP, CER, Cheytane, PRL, Ravitaillement, complots permanents, etc. JAMAIS !!! Ces sinistres reliques de triste mémoire doivent impérativement figurer dans nos manuels scolaires et nos livres d’histoire comme étant des instruments de terreur, d’asservissement et d’abrutissement qu’un mégalomane a utilisé pour opprimer tout un peuple pendant plus d’un quart de siècle. Les Associations des Victimes du Goulag Boiro et autres Victimes de l’idéologie meurtrière du Parti des Geôles doivent enfin sortir de leur léthargie passive pour déboulonner de son piédestal de soit disant « père de la nation » Sékou Touré et le placer sans animosité, ni haine à la place que l’histoire retiendra toujours de lui : L’unique Architecte et Responsable Suprême de notre récurrente galère.
Tibou BARRY, Atlanta, Georgia
www.guineeactu.com
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