samedi 18 juillet 2009
Devoir de mémoire : RTG, la catastrophe du 14 mai

Je m’en voudrais de ne pas parler de la mauvaise qualité de la transmission en direct des cérémonies du 32e anniversaire de la RTG alors que les manifestations étaient placées sous la présidence du Chef d l’Etat.

Partout où il se trouve, le Chef de l’Etat confère à l’espace un statut spécial. Certains parlent même d’Espace Sacré de Souveraineté. On s’y meut selon un ordonnancement précis. Tout y semble chorégraphié. Solennité. Sécurité. Confort. Sans erreur. Sans faute. Sans bavure. Rien d’imprévu n’y est y admissible. Rien d’insolite. Rien d’incongru. Aucun dérangement. Aucun désagrément. Ni protocolaire. Ni sécuritaire. Ni médiatique. Les trois p (police - protocole – presse) y fonctionnent dans une complémentarité certes, non exempte de suspicions et d’acrimonies, mais civilisée à souhait pour que tout soit sauf, beau et retentissant. Tout y tend vers la perfection. Il y va du prestige du Chef, de l’honneur de l’Etat et de la grandeur de la Nation. Lorsque quelque chose d’anormal, de déplaisant ou de dangereux se produit dans l’entourage du Chef de l’Etat, nous devons tous, guinéens et guinéennes, nous en émouvoir, nous en soucier, y réagir. Par la clameur publique ou par toute autre forme d’expression et de mobilisation.

Nous devons, dans ce cas, tous, tout faire pour restaurer la première institution du pays qu’est le Chef de l’Etat, dans la plénitude de sa souveraineté pour qu’elle nous représente dignement, qu’elle nous protège valablement, qu’elle nous serve efficacement.

Le flop du 32e anniversaire de la RTG

Lors des manifestations du 32e anniversaire de la RTG, les antennes, surtout celle de la Radiodiffusion, ont failli à leur mission de service public et à leurs obligations d’exceptions au Chef de l’Etat. Par euphémisme, je préfère parler de flop dans la tenue générale de l’antenne (animations, commentaires) que même le talent de Jean Batiste Williams, apparemment sollicité en pompier de la dernière heure, n’arrivera pas à remettre à la hauteur des exigences.

Quant à la partie technique, alors là ….. Ça a été la catastrophe. Rarement antenne aura été aussi infecte. Revoyons un peu tout cela.

1) La tenue générale de l’antenne :

a) L’absence de pré papiers adaptés : 

Dès lors que les responsables de la RTG savaient que les manifestations seraient rehaussées par la présence du CNDD et surtout par celle du Chef de l’Etat, des papiers auraient dû intelligemment orienter l’attention vers l’actualité des médias marquée par les gestes du Président en faveur de la presse (publique et privée).

On aurait dû mettre en perspective les évocations du passé. La transition aurait été heureuse qui aurait permis de mettre en exergue le Pouvoir Editorial du Chef de l’Etat dans le service public et ses prérogatives dans l’espace privé des médias ; ainsi on aurait pus montrer comment ce pouvoir a été exercé de 1958 à nos jours si l’on veut circonscrire toute la période de l’indépendance ou de 1977 à aujourd’hui si l’on veut s’en tenir à la séquence historique de la télévision nationale.

b) La cécité de l’antenne :

Les défauts majeurs que l’on puisse reprocher à une antenne sont : sa cécité et son laisser aller. Une antenne ne doit pas être aveugle. Elle doit être constamment ciblée. Une antenne ne doit pas être débridée. Elle doit être constamment conduite, guidée. C’est pourquoi d’ailleurs toutes les antennes du monde sont guidées par un document basique, universel appelé le conducteur. Mais, apparemment le conducteur avait disparu des réalités de la radiodiffusion ce jour là 14 Mai 2009.

Les goûts de Dadis

Une antenne peut revêtir, dans certains cas, un caractère extraordinaire et devenir spéciale. Lorsqu’elle est spéciale, le moindre son à l’antenne est géré en fonction de cette spécificité, de cette spécialisation opportune. L’antenne peut alors se permettre même d’être maniaque sans déplaire, et bien au contraire, vivement intéresser.

La RTG nous aurait vivement intéressés ce jour là en nous emmenant en promenade dans l’univers de Dadis, en nous faisant connaître les goûts du Président en matière musicale, en matière de danse (il est si jeune !), en matière culinaire. Surtout que le Chef de l’Etat lui-même, se plait à évoquer des émissions qui ont marqué son adolescence et sa prime jeunesse. Tout en restant dans le temps et dans le ton des souvenirs et de l’anniversaire de la télévision, l’occasion étant bonne pour les guinéens de mieux connaître leur Président.

Il n’y aurait aucune démagogie à ce faire.

Toute la France sait quelles sont les musiques préférées des Présidents français. Georges Pompidou aimait les variétés un brin folichonnes ; Valéry Giscard d’Estaing est entiché de musique martiale et se faisait souvent jouer « Le Chant du Départ ». François Mitterrand, lui, baignait plutôt dans la grande musique classique. Berlioz avec sa Chevauchée Fantastique lui plaisait particulièrement. Bref, un Chef a ses manies que le commun des mortels aimerait et parfois gagnerait à connaître. Il en est ainsi partout dans le monde à travers l’Histoire de l’Humanité.

Le Chef est seul

Je tiens de Sékou Kaba Elvarez ancien Ministre de l’Information, maître dans l’art de bien penser et de bien dire qu’ « un Chef d’Etat n’est pas un être normal ». En effet, et j’emprunte ceci à Helmut Kohl, l’un des plus grands Chanceliers que l’Allemagne ait jamais connus, « Dieu donne le Pouvoir à qui Il veut et Il lui donne les moyens de l’exercer ! ».

J’ai rapproché Sékou Kaba et Helmut Kohl pour souligner une vérité : quelque soit le Pouvoir, qu’il vous échoie par la généalogie ou qu’il vous revienne par les urnes ou encore par les armes, le Pouvoir comporte une mystique qui en fait une catégorie à part. Il n’y a ni erreur ni excès de dire que Dieu oint le Chef de Sa Grâce. Pour le Général De Gaulle, « Le Chef est seul ».

On ne doit donc pas traiter le Chef comme on traite n’importe qui. Moi qui vous le dis, je vous le dis d’expérience, au bout de plusieurs dizaines d’années de journalisme, c’est-à-dire le métier créée essentiellement, par vocation, de démythifier le Pouvoir et de descendre le Chef de son piédestal, dans la foule, au ras des pâquerettes. Ne l’oublions pas, la morale du journaliste et du journalisme, c’est « la morale de l’irrespect ». Mais qu’à cela ne tienne, Dieu a assurément mis quelque Chose de Lui dans le Chef d’Etat. Quelque chose de Transcendant.

La passe d’armes entre le Président Richard Nixon et Dan Rather alors au faîte de sa puissance sur CBS a été épique ; elle reste célèbre ; elle laissera du Président Américain l’un des meilleurs souvenirs de sa carrière d’homme d’Etat.

Le tumulte des relations entre De Gaulle et la presse, notamment les journaux « Le Monde » et « Le Canard Enchaîné » retentit toujours. Mais De Gaulle reste De Gaulle.

Parler comme je le fais en ce moment, pourrait tenir de la métaphysique. Il n’en est rien en fait. Puisque face à ce droit naturel, le Droit Positif n’a pu faire mieux que de légaliser les Privilèges du Chef de l’Etat. Retombons sur nos pieds ; retrouvons nos moutons : en matière de radio et de télévision, il est une prescription incontournable et infranchissable ; la Primauté du Chef de l’Etat. De là vient la rigoureuse nécessité d’une antenne spécialement aménagée, spécialement propre, spécialement confortable lorsqu’elle s’investit de la présence du Chef de l’Etat.

Il en est ainsi partout dans le monde entier. Mais qu’avons-nous constaté le 14 Mai dernier ? Au lieu de se mettre au goût du jour pour être à la hauteur de l’événement et de ses exigences, la RTG a brillé par la banalité de sa grille, par la tiédeur pour ne pas dire la fadeur de son programme. Elle était opaque en même temps que neutre, aveugle en même temps que débridée.

2) La technique et peut être la technologie :

Nous ne reviendrons pas sur les exigences de solennité, de confort et de sécurité dès lors que le Chef de l’Etat est concerné

A la manière du Washington Post

Même si le Président Moussa Dadis CAMARA a félicité la RTG, ces félicitations sont imméritées aux yeux de qui sait de quoi il s’agit réellement. Les responsables de la RTG, sachant ce qui s’est véritablement passé, auraient dû, par professionnalisme et surtout au nom de l’éthique, dans l’esprit des MARS (Moyens Non Gouvernementaux d’Assurer la Responsabilité Sociale des Médias), les responsables de la RTG auraient dû retourner les félicitations et tout ce qui les accompagnait au de Chef de l’Etat en promettant de corriger les imperfections et de remettre leur institution dans les normes. Ils auraient dû faire comme le Washington Post. Souvenons nous de la grandeur du geste du Washington Post rendant à l’académie concernée le Prix Joseph Pulitzer, c’est-à-dire le prix le plus recherché, le plus couru de tous les prix dans l’univers des médias. Pourquoi le Washington Post a-t-il fait cela ? Parce que, et le quotidien américain s’en explique dans un encadré de correction qui lui prend toute sa une, son grand reporter, Janette Cook avait mal repris certaines données dans le reportage primé. La RTG se serait grandie et aurait grandi toute la corporation des professionnels des médias guinéens si elle s’était battu la coulpe en avouant : « Nos antennes n’ont pas été à la hauteur. Nous vous rendons vos félicitations et vos cadeaux et soyez assuré, Excellence Monsieur le Président, que nous ferons mieux prochainement ». L’un dans l’autre, tout a concouru ce jour là 14 Mai à disqualifier l’antenne de la radio nationale.

Les bruits sémantiques

La qualité du son servie par la RTG nous a vraiment étonné et indisposé ce jour là. Infectée de parasites, l’antenne était souvent incompréhensible, inaudible. Au moment où le Chef de l’Etat s’adressait à la Guinée et au monde, il arrivait qu’il fût submergé par des sifflements intempestifs. Aux parasites, il faut ajouter les bruits sémantiques rendant compte de la mauvaise qualité des lignes ou du mauvais choix des microphones ou encore de la mauvaise protection de ceux-ci en plein air, en bord de mer, en plein vent.

Les normes Broadcast

Les coupures et les interruptions dans les transmissions à la radio sont inadmissibles, impardonnables au jour d’aujourd’hui. Et surtout lorsque l’on couvre le Chef de l’Etat. Les moyens techniques sont multiples et variés qui renvoient à l’âge de la pierre les coupures et les interruptions du genre de celles enregistrées le 14 Mai dernier sur notre radio nationale.

Le monde est devenu un village. Et ce n’est pas un hasard si le concept de « village mondial » a été inventé par un chercheur en communication, le professeur Marshall Mac Luhan. Au jour d’aujourd’hui, tous les facteurs de nuisances à une bonne transmission du son, de l’image, du texte, des données, bref de tout signal, sont presque réduits à néant. Ils sont en tout cas suffisamment maîtrisés pour assurer à la communication la sécurité voulue (sans possibilité de brouillage délictueux, ni interférences) et le confort souhaité.

 Un signal envoyé de n’importe quel point du monde et même de n’importe quel point de l’univers doit être reçu n’ importe où avec un parfait confort de son et d’image. Surtout lorsqu’il s’agit d’émission professionnelle. Dans ce cas, les normes sont encore plus tatillonnes, plus pointues. On parle de Normes Broadcast.

Même lorsqu’il est envoyé de la Lune, de Mars ou de Jupiter et pourquoi pas de Saturne, le monde entier reçoit le signal en temps réel avec un confort irréprochable. Par exemple, ceux qui s’en donnent la peine et le prix, peuvent écouter le morceau de musique intitulé le Sacre du Printemps de Stravinsky diffusé en boucle à partir de la Lune comme s’il le dégustait dans une salle d’opéra.

Dès lors, n’est il pas catastrophique que notre Radiodiffusion Nationale soit incapable de transmettre un signal propre d’un point de sa cour à un point de sa cour sur une distance de quelques cent mètres? Est ce la mer à boire que de nous retransmettre le même signal tout alentour ? Mon Dieu !

J’ai cherché à comprendre. La seule excuse que j’ai pu trouver, c’est que l’événement s’est situé juste au lendemain de changements majeurs à la tête de la RTG. Même le Directeur Général avait changé. Les nouveaux responsables, dont les cadres techniques, n’ont pas eu le temps de prendre les choses en mains. Ils n’ont pas eu le temps d’assurer les préalables classiques : repérage, mesures, contrôles, monitoring d’ensemble. D’autre part, ceux qui manipulaient les outils de travail tels les micros le faisaient ils à bon escient ? La dextérité des mains qui faisaient fonctionner les hybrides était-elle assurée ?

Ceci dit, je n’ose pas croire que les fautes que nous n’osions pas commettre dans les années 60 à la Voix de la Révolution soient commises aujourd’hui à la RTG. Il était impensable que la Voix de la Révolution fût inaudible pendant que Ahmed Sékou Touré parlait ou tout simplement lorsqu’il était là.

Je n’ai pas souvenance d’un tel cataclysme. Au demeurant, cette rigueur n’était pas le propre de la seule Voix de la Révolution. Elle était aussi bien partagée que le bon sens. Un exemple : en arrivant un lundi matin à l’Élysée, le Président François Mitterrand a trouvé sur son bureau la lettre de démission du Président Directeur Général de TDF.

Savez vous pourquoi ? Hé bien, tout simplement parce que TDF avait causé samedi un retard de cinq (5) minutes à une interview dans un village reculé d’où le chef de l’Etat français avait tenu à s’adresser à tous les français de France et de Navarre. Et pourtant, comme on entend souvent dire à la RTG « La faute était indépendante de la volonté de TDF ».

En Guinée, en 2009, la RTG nous sert l’antenne et le son qu’elle nous a servis sans coup férir ! Que de bonheur sous le ciel de Dadis ! Il faut que ça change. Partout où le Chef de l’Etat se trouve, il faut que tout se passe comme il faut que ça se passe.

Le CNC et le Bureau de Presse

Pour que ça change, ceux qui doivent définir et distribuer les tâches doivent le faire à temps et clairement. La direction de la RTG doit être minutieuse à ce faire. Ceux qui doivent suivre et contrôler les préparatifs de la transmission et de la retransmission doivent y veiller effectivement.

Les cadres techniques de la RTG savent bien de quoi il s’agit. Ceux qui doivent prendre acte de l’effectivité de toutes les bonnes dispositions concourrant à la sécurité et au confort du son et du programme d’une antenne dévolue au chef de l’Etat, ne sont autres que les responsables du Bureau Presse de la Présidence de la République.

Le bébé avec l’eau du bain

Ce qui s’est passé le 14 Mai 2009 à la RTG aurait dû faire réagir le Conseil National de la Communication. Le CNC aurait dû interpeller la direction de la RTG. Au moins ça !

Ce sont les habitudes et les mœurs, surtout les bonnes habitudes et les bonnes mœurs qui fondent la tradition.

En d’autres termes et en l’occurrence, ceux qui dirigent aujourd’hui la RTG auraient tort de jeter tout ce qui, naguère, a contribué à faire les beaux jours de la Voix de la Révolution.

Ce faisant, ils commettraient l’impardonnable, l’irréparable : ils jetteraient le bébé avec l’eau du bain. N’oublions jamais de nous souvenir pour l’avenir. C’est un devoir, Le Devoir de Mémoire.

 

MBTT
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
KAMABY, lundi 20 juillet 2009
Faut il attendre que ça soit le président de la république pour que ce la soit parfait ? je regrette.Jusqu`aujourd`hui 20 juillet 2009 la rtg ne sait montrer le classement de notre championnat de foot-ball ( journée,victoire,nulndéfaite,nombre de points et difference du buts).Des milliards ont été détournés pour nous faire revoir les actions (replay).merde à vous tous!!!!!!!!!!!! n`importe quoi!!
A.Nassirou, dimanche 19 juillet 2009
J`ai dépensé 100.000 FCFA pour avoir la RTG afin d`avoir régulièrementles nouvelles du pays. Mais aujourd`hui je me rends compte que c`est de l`argent jété par la fenêtre. Il y a une manque criarde de programmes; que des clips en longueur de journée. Les journaux télévisés n`envie rien au théatre burkinabé. Les invités qui sont des comédiens futés font au préalable des répétitions avant la mise en scène. Les sujets traités ne sont que des dédicaces au CNDD. Les journalistes qu`on peut dire talentieux, mais ne sont que des avocats du diable, des griots des régimes. Les plateaux ressemblent à des tables où les femmes vendent des légumes au marché. Lorsque mes amis Sénégalais ou Ivoiriens viennent chez moi j`interdit à ma femme ou à mes petits frères de capter la RTG, tellement que c`est honteux. Nos dirigents qui non seulement s`expriment mal, mais fagotent affreusement(s`habillent mal). Il y a beaucoup de chose à faire pour redorer l`image de notre cher pays. Commençons par la démocratie et la Guinée a besoin des télévisions privées où on peut vraiment s`informer, où on peut assister à des vrais débats d`idée. Lorsqu`on dit que le peuple n`est pas pressé d`aller aux élections alors qu`on a plus 4 million d`inscrits dans la liste électorale, je demande de quel peuple on parle. Celui qu`on montre à la RTG ou celui qui s`est inscrit dans la liste électorale?
thierno diallo, samedi 18 juillet 2009
mon frere vous vous fatiguez pour rien au monde la rtg n`est pas chaine qui merite d`etre appeller une chaine de television mais plutot un orchestre a la solde une dictature pour chanter des lounanges,je ne sais pas c`est quel malediction qui frappe notre pays,mais en tout cas il y-a quelque chose de grave,peut etre il faudrait changer le nom du pays<>car tout les pays qui s`appelle la guinee sur cette terre est toujours des malheureux selon moi,mais c`est encore pure pour le notre, la guinee a l`instar du reste monde c`est comme un croyant qui viens a la mosquee en retard pour la priere et au lieu de se joindre les autres rangs pour prier avec les autres il se met a l`arriere seule et il tourne vers l`ouest pour faire sa priere tout seule, excusez moi mais c`est la verite. merci a vous mes cheres compatriotes.et QU`ALLAH LE TOUT PUISSANT DESCEND SA MISERICORDE SUR NOUS... AMEN.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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