 |
La polémique enfle autour du 2e tour de la présidentielle, entre les acteurs de la présidentielle à moins d’un mois du scrutin. Le camp du candidat Cellou Dalein Diallo tirant à boulets rouges sur le Premier ministre Jean-Marie Doré, qu’il accuse de vouloir tordre le coup à la constitution, pour favoriser Alpha Condé, son challenger.
Au sortir du premier tour de la présidentielle, la quasi-totalité des 24 candidats avaient crié au scandale, dénonçant des irrégularités qui ont émaillé selon eux le déroulement du vote du 27 juin. Le Premier ministre Jean-Marie Doré s’était joint à ce concert de critiques, pour clouer la CENI au pilori. Et le Premier ministre avait promis de rectifier le tir, en veillant à ce que la CENI ne soit plus laissée à elle-même dans l’organisation de la deuxième manche du scrutin. Une initiative qui devait ouvrir la voie à une implication plus approfondie du ministère de l’Administration du territoire et des affaires politiques (MATAP), dans les préparatifs. Alors que jusque là, le MATAP n’était qu’un service d’appui, comme défini dans le code électoral en son article 2, qui stipule que « La Commission électorale nationale électorale indépendante (CENI) est l’institution chargée de l’organisation de toutes les élections politiques et du référendum en République de Guinée. Elle est techniquement aidée par les départements ministériels concernés par le processus électoral notamment le ministère en charge de l’Administration du territoire… ».
Craignant que la démarche de Jean-Marie Doré ne serve de prétexte pour ressusciter les vieilles pratiques de l’administration, qui a acquis ses lettres de noblesse en matière de manipulation des urnes, sous le régime de Lansana Conté, le candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, a préféré qu’on s’en tienne au schéma actuel. Tout en suggérant à ce que des efforts soient faits, en faveur d’une amélioration du fonctionnement de la CENI. Son challenger Alpha Condé n’entend pas de cette oreille, cette proposition de Cellou Dalein Diallo. Lui, accuse carrément la CENI de perfidie. Allant jusqu’à intenter des procès contre son président Ben Sékou Sylla et Elhadj Boubacar Diallo, chargé de la Planification au sein de l’institution. Et le projet d’ordonnance portant modification des dispositions de la Constitution et du Code électoral relatives aux attributions de la CENI et du MATAP, attribué au Premier ministre, qui circule en ce moment dans la cité, est venu en rajouter à cet imbroglio infernal.
La tension est montée d’un cran, et l’UFDG demande la tête du Premier ministre. Lui emboitant le pas, le Conseil national de transition (CNT), s’est retrouvé en plénière, le vendredi dernier pour s’opposer à la démarche de Jean-Marie Doré, qu’on soupçonne de vouloir tripatouiller la Constitution, à des fins inavouées.
Arguant que cette Constitution en son article 156, alinéa 2 est très clair : « Le président de la République par intérim assumant la transition, ne peut, en aucune façon et sous quelque forme que ce soit, modifier la Constitution, le Code électoral, la loi fixant le régime des associations et de la presse ».
Au moment où nous allions sous presse, Jean-Marie Doré devait recevoir en audience plusieurs personnalités représentants des institutions accréditées en Guinée dont l’Union européenne, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ainsi que les représentants du Conseil national de la transition (CNT), du Conseil économique et social (CES) et le Conseil national de la communication (CNC). Les deux candidats qui ont franchi le cap du premier tour, sont conviés également à ce conciliabule, qui a pour but de trouver une issue à la crise qui vient d’éclater autour de l’organisation du 2e tour. C’est le Premier ministre en personne qui a donné cette information le dimanche dernier à une dizaine de journalistes, triés sur le volet, qui étaient invités à un point de presse à la Primature. Mais, ses conseillers vont finir par le dissuader contre toute déclaration, invoquant comme argument que le cadre était « restreint ». Doré va alors renvoyer cette entrevue avec les médias, au 28 août. Pour ménager la susceptibilité des uns et des autres, le Premier ministre a décidé de ne pas voter. « Pour faire preuve de ma neutralité, je ne voterai pas au second tour. Mais on me dit que c’est lâche », a-t-il confié aux journalistes.
Durant la même soirée, cependant, le locataire de la Primature va apparaitre sur le petit écran, lors du JT de 20h de la télévision d’Etat. Une tribune qu’il mettra à profit, pour justifier sa démarche, qui ne serait autre que celle « d’aider le Général Sékouba Konaté à présenter un bilan positif pour permettre au gouvernement de sortir la tête haute de la transition. Et le plus vite sera le mieux. Mais tant que nous serons là, nous allons nous engager à faire appliquer correctement les lois, à gérer correctement le processus, sans chercher à faire plaisir à quelqu’un. Parce qu’aujourd’hui, à cette phase là, il s’agit obligatoirement de choisir entre Monsieur Cellou Dalein Diallo et Monsieur Alpha Condé. Vous ne pouvez pas échapper à ce choix là, c’est l’un ou l’autre ».
Pour Doré il ne s’agit pas de toucher à la constitution, elle n’est pas concernée. Ce qui est concerné c’est l’article 2 du code électoral. Qui dit que « la CENI est techniquement aidée par les départements ministériels concernés notamment le ministère en charge de l’administration du territoire ». « Il s’agit de prendre un décret pour préciser le sens du mot techniquement. C’est tout. Donc vous comprenez que cela relève du mystère », s’est-il défendu.
La veille, le Premier ministre avait reçu le Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G), dont les membres étaient venus s’enquérir de l’évolution des préparatifs du 2e tour du scrutin. Devant eux, il s’est montré rassurant, quant à la bonne foi de son gouvernement, dans la tenue du second tour. A moins d’un mois du second tour fixé au 19 Septembre, le processus de transition se retrouve dans une zone de turbulence. Pourvu qu’aucun des acteurs, à savoir les deux candidats, la CENI et le gouvernement, ne se hasarde à ouvrir la boite de pandore au risque de faire basculer les acquis issus des accords de Ouagadougou.
Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |