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 | El hadj Bah Mahmoud Bensaid |
Avant d’en venir au vif du sujet – une discussion sur l’injustice en général et sur la scène politique en particulier à la lumière des textes religieux –, il convient de clarifier deux choses. Premièrement, ceux qui veulent coûte que coûte séparer la religion de la politique doivent se détromper une fois pour toutes. La religion englobe tous les aspects de la vie des hommes, individuellement et collectivement. Que vous soyez en train d’accomplir une de vos prières régulières, de labourer votre champ, de signer un décret présidentiel ou de prendre un repas, vous êtes en train, normalement, d’adorer votre Créateur. L’explication est simple : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (Coran 51:56) nous dit-Il. Le fait que certains politiciens passent par tous les moyens, honnêtes ou pas, pour atteindre leur objectif n’est pas une raison pour séparer la politique des autres activités de l’être humain. Au début de l’Islam il n’y avait aucune séparation entre les deux ; le leader religieux était également le leader politique. Ce fut le cas du Prophète (paix et salut sur lui) et de ses califes.
Deuxièmement, le croyant ne peut pas être indifférent aux problèmes de sa société. Lorsque l’on constate une anomalie, dès lors qu’on est croyant, on a l’obligation d’intervenir pour essayer de la corriger. C’est un ordre direct que nous avons reçu de celui (psl) que Dieu a envoyé pour nous guider dans la pratique de la religion : « Celui d’entre vous qui voit quelque chose d’anormal doit la modifier à l’aide de sa main ; s’il n’a pas suffisamment de force pour le faire, alors il doit le faire avec sa langue ; et s’il n’a toujours pas suffisamment de force pour le faire, il doit l’abhorrer dans son cœur, ce qui représente le minimum de foi » (Sahih Mouslim). C’est une des raisons qui me poussent à intervenir contre l’injustice.
Pourquoi y a-t-il tant d’injustice chez nous ?
Pendant ses 52 ans d’indépendance, la Guinée a connu tellement d’actes d’injustice qu’on ne peut entrer dans les détails lors d’une discussion si brève. Juste à titre d’exemples, on peut citer quelques cas parmi les plus récents, ceux survenus depuis le début de ce changement : janvier-février 2007, septembre 2009 et maintenant octobre-novembre 2010. On a l’impression que personne ne tire les leçons des injustices et crimes passés pour en prévenir d’autres.
Parmi les multiples causes de ces actes d’injustice criminelle en Guinée, on peut citer trois : l’impunité, l’effet de certains éléments de notre culture et la négligence des préceptes religieux. Si, au lieu d’être récompensés par des promotions, les premiers criminels avaient eu ce qu’ils méritaient, à savoir les radiations, les amendes, la prison, la désapprobation sociale, ils auraient commis beaucoup moins de crimes par la suite. Si par exemple les criminels de janvier-février 2007 avaient été jugés et condamnés, il n’y aurait probablement pas eu de septembre 2009 ou d’octobre-novembre 2010. En cette période électorale, la CENI donne un autre exemple approprié de l’effet de l’impunité dans la recrudescence de l’injustice et des crimes. La presse a annoncé que dans les locaux de la CENI, en « moins d’une année, 52 ordinateurs ont frauduleusement disparu sans qu’aucune porte ou fenêtre des bureaux ne soit endommagée » : si le premier cas de « vol » avait été bien traité, les coupables dénoncés et punis par la loi, nous n’en serions pas là aujourd’hui.
Quant aux éléments néfastes de notre culture, il y a des formes d’injustice économique et sociale (comme l’indifférence des populations à l’égard des gestionnaires du denier public et le comportement des hommes par rapport aux femmes) qui sont presque officiellement acceptées, voire encouragées chez nous. Le sujet mérite un développement séparé. Nous y reviendrons un jour, si le Tout-Puissant nous le permet.
Enfin, la négligence des préceptes religieux – la crainte de Dieu et de son jugement, la peur de l’Enfer, le désir du Paradis – se fait de plus en plus remarquer de nos jours, ce qui est extrêmement inquiétant pour un peuple estimé à 90 pour cent religieux. J’argue que la plupart de nos maux viennent de là. Ici, prenons comme exemples les choses que nous vivons actuellement : les violences électorales.
Nous espérions que l’élection présidentielle de cette année serait démocratique et paisible, nous permettant ainsi d’opérer un nouveau départ dans notre vie, une vie plus juste. Mais notre menu fut une déception à la fois physique et politique : intoxication de citoyens, déplacements forcés, tueries et autres violences d’une part ; massive fraude électorale, fourberies de l’autre. Si certains éléments de ce menu sont à confirmer, d’autres sont des faits indéniables. À l’examen de ces faits réels, comme les meurtres, on est forcé de constater que les auteurs et commanditaires ont une très faible notion – si tant est qu’ils en aient – de la crainte d’Allah. Quiconque tient vraiment compte de la Rétribution d’Allah préférerait ne même pas effleurer le fauteuil du pouvoir éphémère de ce monde, si pour y accéder il faut commettre des monstruosités allant jusqu’aux meurtres d’innocents… Peu de gens semblent vraiment connaître cette parole d’Allah : « Quiconque tue intentionnellement un croyant, sa rétribution alors sera l’Enfer, pour y demeurer éternellement : Dieu l’a frappé de Sa colère, l’a maudit et lui a préparé un énorme châtiment » (Coran 4:93).
En vérité ceux qui se laissent leurrer par les passions de ce monde au détriment de la Vie future, la Vie éternelle, commettent une faute gravissime ! Ils le regretteront quand, malheureusement, le regret ne leur servira plus à rien. Lorsqu’ils verront les résultats de leurs œuvres et la punition qui les attend, ils seront pris d’une frayeur telle qu’ils souhaiteront n’avoir pas existé : « Hélas pour moi ! Comme j’aurais aimé n'être que poussière » diront-ils (Coran 78:40). Plus rien ne pourra les sauver, ni les regrets, ni les excuses, ni une rançon, quelle qu’en soi la valeur : « Ceux qui ne croient pas et qui meurent mécréants, il ne sera jamais accepté d'aucun d'eux de se racheter, même si pour cela il [donnait] le contenu, en or, de la terre…» (Coran 3:91). « Ce jour-là donc, les excuses ne seront pas utiles aux injustes … » (Coran 30:57).
Quel est le sort des injustes dans l’autre monde ?
Il semble utile d'avoir un aperçu de l’Enfer, ce sort réservé aux injustes dans l’autre monde. Il y a de nombreuses descriptions de l’Enfer dans le Saint Coran. En outre, le Prophète (psl) en a eu des visions antidatées, par exemple lors de son Voyage nocturne. La transmission de ces visions nous est faite dans les hadiths.
En pensant à tous les criminels (passés, présents et futurs) et autres malfaiteurs qui seront envoyés dans l’Enfer, on pourrait se demander s’ils pourront y tenir, tellement qu’ils sont nombreux. Mais en réalité il n’y a pas de soucis pour l’espace. Les textes saints n’indiquent pas les dimensions horizontales de l’Enfer, mais ils en indiquent clairement la profondeur. Si on lâchait une pierre du haut de l’Enfer, il lui faudrait 70 années de chute libre pour en atteindre le fond (Sahih Mouslim). Même lorsque tous les damnés y seront envoyés, il y aura encore de la place. La conversation suivante entre le Tout-Puissant et l’Enfer est mentionnée dans le Coran : « Le jour où Nous demanderons à l’Enfer : "Es-tu rempli ?" il répondra : "Y en a-t-il encore ?" » (Coran 50:30).
Le feu de l’Enfer n’est pas comparable au feu de ce bas monde ; il est plusieurs dizaines de fois plus puissant. Pour qu’ils puissent y bruler efficacement (et sentir la douleur), les damnés auront préalablement leur corps agrandi et fortifié ; l’épaisseur de la peau sera remarquablement grande. De même, il faut savoir que l’Enfer est structuré en couches, avec des degrés variables de châtiment pour les damnés, en fonction des crimes commis. La partie la plus profonde de l’Enfer est réservée aux hypocrites : « Certes, les hypocrites seront au plus profond du feu [de l’Enfer]… » (Coran 4:145).
L’hypocrisie est le pire des caractères. Le Prophète (psl) en dit ceci : « Les signes de l'hypocrisie sont au nombre de trois, même si la personne prie, jeûne et prétend être musulmane : lorsqu'elle parle, elle ne dit que des mensonges ; lorsqu'elle promet, elle ne tient pas ses promesses ; lorsqu'on lui fait confiance, elle se comporte en traître » (Sahih al-Boukhary, Sahih Mouslim). Combien d'hypocrites avons-nous donc chez nous, de la base au sommet des échelons de notre société ?
En plus de la brulure, les damnés de l’Enfer subiront diverses formes d’ignominies (par exemple, avoir à ingérer des substances immondes, innommables) et de tortures. En fait, il y aura des formes de tortures spécifiques pour des péchés spécifiques. On verra, par exemple, un homme dont on sortira les intestins pour le faire marcher autour, comme un âne qui fait fonctionner un moulin. Les habitants de l’Enfer, qui le connaissaient dans ce monde, s’étonneront qu’il soit en Enfer et qu’il subisse ce châtiment particulier, d’autant plus qu’il ne cessait de leur conseiller de faire le bien et d’éviter le mal. Mais il leur répondra ceci : « En fait, j’avais l’habitude de vous conseiller de faire le bien mais moi, je ne le faisais pas ; je vous recommandais d’éviter le mal, ce que moi, je faisais » (Sahih al-Boukhary).
Le comble du malheur dans l’Enfer est que les damnés ne mourront pas, puisque la mort mettrait un terme à leur supplice. Ils ne seront ni morts ni vivants ; ils seront dans un supplice perpétuel. « Rappelle, donc, où le Rappel doit être utile. Quiconque craint [Dieu] s'[en] rappellera ; et s'en écartera le grand malheureux, qui brûlera dans le plus grand Feu, où il ne mourra ni ne vivra » (Coran, 87:10-13).
Voilà donc un bref aperçu du sort qui attend les injustes dans l’autre monde. Tout être sensé devrait se fixer comme premier objectif dans sa vie d’échapper au feu de l’Enfer et d’accéder au Paradis. (Pour plus d’informations sur la mort, la résurrection, le Jugement dernier, le Paradis et l’Enfer, les lecteurs intéressés peuvent consulter mon livre Glimpses of Life After Death Through the Hadith – 3rd Edition : ISBN 9830651711.) D’autres questions à débattre prochainement (si le Tout-Puissant nous le permet) seront les suivantes : Pourquoi Dieu permet les injustices sur les innocents ? Comment combattre l’injustice ?
Pour clore cette première partie, rappelons que par Sa bonté, le Tout-Puissant laisse aux malfaiteurs la possibilité de se racheter : d’abhorrer le mal, l’injustice, et d’adorer le bien, la justice. C’est le bon moment de se repentir et de s’améliorer.
El hadj Mahmoud Bensaid Bah
Imam de Shimané, Japon
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