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C’était à l’époque de la guerre froide. Le monde était bipolaire : le bloc de l’ouest et le bloc de l’est. Une réalité était frappante : l'équilibre de la terreur ou destruction mutuelle assurée. C’était une sorte de stratégie militaire fondée sur la dissuasion nucléaire élaborée par les blocs de l'est et de l'ouest (le premier constitué de Union soviétique et de ses satellites au sein du Pacte de Varsovie, le second, des États-Unis et de ses alliés au sein de l'OTAN). Dans un tel contexte, l'utilisation à grande échelle de l'arme nucléaire par l'un des deux belligérants provoquerait la destruction des deux camps. À cet effet, il était nécessaire pour chaque protagoniste de disposer d'un stock d'armes de destruction massive suffisant pour anéantir l'ennemi. La stratégie était telle qu’aucune des parties ne pouvait rompre l'équilibre sans être rayée de la carte.
A bien des égards, nos deux candidats à la prochaine joute électorale obéissent cette même logique. Chacun d’entre eux a jeté son dévolu sur la Forêt. Et chacun, dans son camp, multiplie actes et propos de séduction à l’égard de cette région, grand vivier électoral, la seconde après Conakry, selon le fichier électoral. « Votre gloire est liée à la prise de Danzig : vous devez vous y rendre », ordonnait Napoléon au maréchal Lefebvre, en son temps. C’est comme si, pour nos politiciens, cet ordre avait été tropicalisé pour donner « votre gloire est liée à la prise de la Forêt, vous devez vous y rendre » ! Chacun d’eux brandit comme un trophée de guerre tout acte le rapprochant davantage à la Forêt. Eux (nos deux candidats), qui, après avoir cloué Dadis au pilori, après l’avoir brocardé au marteau piqueur, après lui avoir taillé des croupières, se précipitent aujourd’hui à son chevet à Ouaga, pour lui « adresser les condoléances » au nom d’une prétendue solidarité africaine. Non, tout ce tralala politicien ne sert qu’à attirer un électorat. Le corps du pauvre Moriba est devenu comme un fonds de commerce politique. Tous les salamalecs dans la famille Camara sont à outrance médiatisés, relayés par les officines des candidats. Ça, c’est au meilleur des cas.
Au pire des cas, nos deux candidats s’emballent. Et chacun cherche à porter le coup fatal à l’autre. Le RPG qui pensait détenir des preuves irréfutables sur la culpabilité de la CENI dans une fraude organisée à son détriment avait placé la barre haut en demandant la révocation de certains membres de cette institution. Pour l’UFDG, c’est plutôt le chef du gouvernement, M. Jean Marie Doré, qu’il faut congédier parce qu’il serait en intelligence avec l’adversaire. Ce parti aussi affirme détenir les preuves de son accusation.
Quand l’UFDG - sans doute pour avoir l’électorat de la Forêt -, par ses « services déconcentrés » diffusent des DVD (anachroniques) où le chef de la junte, le Capitaine Moussa Dadis vole dans les plumes du leader du RPG, certains cadres de ce dernier, cherchent à déterrer une interview piège (hors contexte) d’une radio privée où le leader de l’UFR, selon l’animateur de l’émission, avait sollicité du Capitaine Dadis, le poste de Premier ministre. Le but de la démarche étant de faire mal à l’UFDG. La destruction mutuelle est donc assurée. Les programmes de société, eux, sont confinés dans le domaine du rêve…
Ibrahima S. Traoré
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