vendredi 6 mars 2009
Descente militaire chez la Secrétaire Générale de la CNTG : entre polémique et maladresse
Lamarana Petty Diallo

« La descente militaire» chez Hadja Rabiatou Diallo, Secrétaire Générale de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG), ce lundi 2 mars 2009, soulève autant d’interrogations que de polémique. A lire les médias dont internet, le lecteur se demande de quel côté donner de la tête.

 

Une chose est cependant incontestable : en début de semaine, des militaires ont débarqué dans la préfecture de Boffa. Ils ont fouillé un secteur bien ciblé, dans lequel se trouverait le  domicile secondaire de Mme Rabiatou Sérah. Le motif : « recherche de bandits. » Ce sont les  propos d’une jeune adolescente qui aurait été enlevée avec douze autres par des inconnus, qui justifieraient « l’opération commando. »

 

Ces informations auraient conduit le Secrétaire d’Etat à la lutte anti-drogue et contre le grand banditisme à se rendre sur les lieux et ordonné la perquisition du domicile censé abriter les malfaiteurs et leurs victimes. Jusque-là, les choses semblent tenir la route. Le hic intervient dès lors que les renseignements qui auraient été donnés par l’un des informateurs, proviendraient d’un déséquilibré, car « il partait du coq à l’âne (…), et ce monsieur était sous l’effet de l’alcool ou mentalement dérangé », reconnaît le ministre. Il relève des incohérences entre ce que dit la jeune victime et ledit informateur du lieu. Ce déréglé mental, bien connu dans la ville, n’aurait aucun lien avec la famille Sérah.

 

S’ajoutent à ces éléments, d’autres motifs, non moins troublants, dont l’emplacement de la maison de la Secrétaire Générale de la CNTG. D’après des sources dignes de foi, cette maison est  très loin d’une rivière, et n’est habité par aucun enfant de l’intéressée. Elle n’est pas, non plus, un motel ou hôtel, et n’y ressemblerait pas. D’après les mêmes sources, le village de TAMITA est très loin de Boffa. Ces éléments pourraient semer le doute et apparaître comme un manque d’arguments, pouvant justifier la descente armée. Du moins, pour ceux qui connaissent Boffa.

 

A ce niveau, on pourrait bien se demander jusqu’où les enquêtes qui ont conduit le Secrétaire d’Etat à Boffa, ont été poussées. N’aurait-il pas fallu dépêcher des agents de Conakry pour le lieu-dit et confier les opérations aux autorités locales ?

 

On voit très mal dans l’interview que le ministre a accordée à un site guinéen, les raisons fiables, tout simplement valables, qui justifieraient le déplacement d’une personnalité de son rang. On me dira que le Conseil National pour la Démocratie et le développement (CNDD) veut occuper tout le terrain. Qu’il veut s’imprégner de toutes les situations et y apporter les remèdes qui conviennent.

 

C’est justement à ce niveau que se posent un certain nombre de questions. Tout au moins de précautions à prendre. Une concentration de tous les pouvoirs laisse-t-elle la place aux forces de sécurité, d’agir sur le terrain ? Où le rôle du CNDD commence et se limite-t-il ?  Quelle est la place et  le rôle que le CNDD assigne aux différentes forces militaires et paramilitaires de la capitale et du reste du pays ? Enfin, la forte concentration du pouvoir est-elle un signe de confiance, ou tout simplement, une conscience de rupture entre les autorités dirigeantes et les instances de base ? C’est-à-dire les  bataillons, les casernes et autres relais du pouvoir à  l’intérieur.

 

A mon avis, le CNDD a tout intérêt à décentraliser le pouvoir et à hiérarchiser les tâches et actions à mener sur le terrain. Un ministre ne se déplace pas pour tout motif. La lutte contre le trafic de drogue, d’armes ou de personnes, est un combat à mener. Cela, nul ne peut le contester. Néanmoins, une autorité du rang de M. Tiégboro Camara (tout simplement un grand homme) traduit du malinké, ne devrait pas se déplacer pour de simples présomptions.

 

Les mêmes arguments valent pour la fouille des domiciles privés des personnes. Aucun domicile ne peut être perquisitionné sans un mandat dûment signé pour une autorité judiciaire. En l’occurrence, le juge. Le pouvoir politique ou tout simplement public ne peut outrepasser ce principe universel. La propriété privée est sacrée. Toute atteinte qui se ferait en dehors des règles judiciaires, est une pure et simple violation de la vie privée. Autant dire, que le ministre aurait dû se prémunir d’une décision de justice. Que les propos de l’adolescente soit fiables ou non, ne change rien et n’autorise, en aucune façon, l’incursion dans la résidence de la Secrétaire Générale de la CNTG ou de tout autre citoyen (ne).

 

Vouloir nier la descente chez Hadja Raby pourrait difficilement tenir, si le ministre admet avoir mené l’opération. A mon humble avis, le CNDD devrait chercher à apaiser les esprits, plutôt que se lancer dans une polémique avec la victime.

 

Les antécédents comme la descente chez MM. Cellou Dalein, Abdoulaye Dalein et, auparavant, El Hadj Mamadou Sylla Futurelec, rendraient difficilement crédibles sa thèse. A savoir,  nier les faits. La solution serait la recherche d’accalmie qui devrait, elle-même, aboutir à lever la mésentente. Il en va du bien de tous !

 

 En outre, le CNDD devrait prendre en compte le fait que tout ce qui touche aux personnalités syndicales, comme Rabiatou Sérah Diallo, Ibrahima Fofana, celles de la société civile et des partis politiques ne  peut passer inaperçu.  Loin de moi, l’idée selon laquelle, il faut ménager ces personnes. Je veux tout simplement dire : « les actes doivent être mesurés et leurs conséquences bien pensées. La cohésion sociale et la crédibilité de la junte au pouvoir en dépendent. L’opinion publique n’a pas besoin d’effets de sensation ou de résultats contestables qui seraient cousus de maladresses. Une action bien menée vaut plus de cents ratages ou de tentatives mal ficelées. »

 

Il faudrait, une fois de plus, moins de précipitation, dès lors qu’il s’agit de faits graves, comme la lutte contre le banditisme ou des actions qui touchent directement les personnes et les biens. L’amateurisme commençant où finit l’enquête bien menée, il serait judicieux de laisser les spécialistes agir sur le terrain, avant d’alerter une autorité au rang de ministre. Parfois, tout simplement, de sous-préfet !

 

 

Lamarana Petty Diallo 
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
OUAMOUNO DAVID, lundi 9 mars 2009
Il est bien vrai tout comme certains l`ont ressenti que vos propos de cette fois sont objectifs, meme s`ils sont empreints de defense d`une certaine catégorie de personne. Mais retenez Mr Diallo, que les mauvaises habitudes ont la peau dure en guinée. Le déplacement de Mr Tiégboro, etait dù au fait que la maison indiquée appartenait à une personnalité syndicale. Et pour eviter des bavures et autres ratés, il fallait pour perquisitionner chez une haute personnalité, une autre haute personnalité de son niveau. Au lieu de monter sur tous les toits pour crier au voleur!, Madame Serah aurait chercher à comprendre les raisons de cette descente, parce que s`il est vrai qu`elle est syndicaliste, donc defenseur des droits des travailleurs, qu`elle se dise que ce sont des enfants d`autres travailleurs non des moindres qui ont été kipnappés. et donc, elle est comme nous en déçà des lois. sinon, ces propos peuvent avoir un effet de découragement ( mais je sais que la determination de Mr Tiégboro est trop grande pour etre ébranlé par des critiques).
Charles Ives, dimanche 8 mars 2009
Merci Mr Diallo pour cette importante mise au point que vous avez faite (5/5). Franchement je n`ai jamais apprécié vos articles précédents, car ils avaient toujours une odeur partisane, et moins constructeurs. Cet article-ci, je le trouve très objectif. Quelques soient les motifs (même justifiés) de l`intervention de cette brigade au domicile de n`importe quel citoyen, Mr le Ministre n`est pas bien placé pour ces manœuvres que je dirais de routine. Un minimum de respect requis doit être accordé aux leaders politiques et aux syndicalistes. Mais à leur tour, qu`ils/elles ne se servent pas de ces positions pour se croire au dessus de la loi.
BANGALY TRAORE, samedi 7 mars 2009
Le peuple de guinee ne demander que la verite et la justice,il est temps et necessaire de finir les audits publics avant les elections.vive le president dadis,vive le cndd,vive l`unite nationale.A bas la corruption et l`impunite dans notre nation.
Sinkefara Bomba, samedi 7 mars 2009
Bravo M. Diallo pour votre analyse objective des faits; voyez-vous, j`étais du nombre de ceux qui avaient réagi négativement à votre article sur le pretendu document des services secrets du CNDD à cause des prises de position néfastes à l`unité nationale que cet article comportait. Le présent article est plein de bon sens et je partage votre point de vue. Cependant, il nous faut soutenir le CNDD dans sa lutte contre le grand banditisme et les narcotraficants. Certes les méthodes utilisées ne sont pas souvent celles requises dans un Etat de droit mais, justement, la Guinée est actuellement un Etat d`exception et tout ce que fait le pouvoir actuel doit être apprécié à partir de cette donne. Vive notre chère Guinée. Sinkefara Bomba, Cotonou, Bénin bsinkefara@yahoo.fr
K. Diallo, vendredi 6 mars 2009
Un important conseil si les responsables du CNDD etaient attentifs. Mais Helas!!!!!!!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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