mercredi 3 juin 2009
Désamour Dadis-leaders politiques, et si Bâ Mamadou avait raison…
Talibé Barry

Mercredi 24 décembre 2008. Alors que le doute planait encore quand à l’issue du coup d’Etat intervenu le 23 décembre dernier, le Doyen Bâ Mamadou fait une sortie historique sur les ondes de RFI. Egal à lui-même dans son franc-parler déroutant, le président d’honneur de l’UFDG confirme la réussite du putsch perpétré par le CNDD.

 

Une déclaration synonyme de l’échec de la succession constitutionnelle en faveur du président de l’Assemblée nationale El Hadj Aboubacar Somparé. L’interview a eu l’effet d’un coup marteau sur la tête du chef du parlement guinéen qui guerroyait de son côté pour ne pas perdre la main. Au passage, El Hadj Bâ Mamadou tournera en dérision l’allier objectif de l’honorable Somparé, en l’occurrence le Premier ministre d’alors Ahmed Tidiane Souaré qui déclarait être dans ses bureaux pour gérer les affaires courantes alors que la junte militaire disait maîtriser la situation.

 

L’autre pan de son interview qui était passé inaperçu à l’époque, fut la mise en garde adressée aux leaders politiques qui s’étaient empressés de soutenir les nouveaux maîtres du pays.

 

S’étaient-ils laissé aller à l’euphorie de voir enfin tomber le régime du Général Conté, qui ne s’était que trop éternisé au pouvoir ? Rien n’est moins sûr.

Ajoutés à cela, les propos rassurants du nouvel homme fort de Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara.

 

Il faut dire qu’aux premières heures du coup d’Etat, l’actuel président a su jouer d’habilité pour faire adhérer toute la classe politique à la cause du CNDD. Et, en vieux briscard de la politique, le Doyen Bâ Mamadou avait martelé que les leaders qui cherchaient dans le feu du putsch, à être dans les bonnes grâces de la junte militaire se trompaient lourdement. Bref, il les trouverait naïf en substance.

 

Cinq mois après, les faits semblent donner raison à El Bâ Mamadou, qui a rendu son dernier soupir le 25 mai dernier à Paris des suites de maladie. En effet, l’idylle entre le capitaine Moussa Dadis Camara et les leaders politiques aura fait long feu. Après les premiers mois marqués par une reconnaissance mutuelle, la junte militaire et les anciens opposants du régime Conté semblent se regarder aujourd’hui avec dédain. La pomme de discorde qui a empoisonné l’atmosphère politique étant la durée de la transition.

 

Aujourd’hui, le Capitaine Dadis ne rate aucune occasion de vouer aux gémonies les leaders politiques qui s’accrochent urbi et orbi à l’organisation des élections présidentielles en décembre 2009. Alors que le chef de la junte, lui, misait au moins sur décembre 2010. Aux oubliettes donc les accolades chaleureuses de janvier-février-mars. Au diable le temps des honneurs du président du CNDD à l’endroit des opposants de la première heure démocratique.

 

C’est dans ce climat politique délétère que le Capitaine Moussa Dadis Camara a élevé le 4 mai dernier au rang de Grands chevaliers de l’Ordre national du mérite le défunt Siradiou Diallo et le retraité politique Bâ Mamadou dont les jours étaient donc comptés. Ces deux distinctions amplement méritées par leurs récipiendaires ont été vivement saluées par la majorité de l’opinion nationale. Même si certains y ont vu aussi un pied de nez fait aux leaders politiques qui ont blanchi sous le harnais mais qui se battent toujours pour le fauteuil présidentiel. Un fauteuil que le Capitaine-président veut garder encore pour quelque temps.

 

Quoiqu’il en soit, la prémonition du Doyen Bâ Mamadou qui vient de tirer sa révérence est en train de se réaliser. Aujourd’hui, si certains leaders politiques ne sont pas tout simplement rentrés dans leurs petits souliers devant la colère de Dadis, d’autres font les couloirs du Camp Alpha Yaya Diallo pour se faire recevoir nuitamment par le chef de la junte militaire. Décidément, feu Bâ Mamadou avait de la science. Paix à son âme ! Amen.

 

 

Talibé Barry

 

Pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
fode sow, jeudi 4 juin 2009
La désillusion des leaders politiques part de la composition des membres du gouvernement Komara. Certains politiques s`attendaient à appartenir à ce gouvernement. D`ailleurs, les réactions aux lendemains de cette composition en disaient long sur l`état d`âme de nos opportunistes leaders politiques. « La plupart des apprentis sorciers qui avaient soutenu dans les années 60 Mobutu et Eyadéma, en croyant pouvoir ensuite prendre leur place, ont fini par être liquidés, au propre ou au figuré. Les opposants guinéens sont pour la plupart des intellectuels. Ils ne peuvent donc ignorer cela», disais-je pour ainsi reprendre le sage prédiction d`un éditorialiste africain. C`est dire. A cette nouvelle génération de politiciens de trouver les failles nécessaires afin de faire naître et de consolider la démocratie. Une junte au pouvoir, reste toujours une junte au pouvoir: on légitime le coup, on se fait applaudir, on se présente aux élections, on truque les résultats, puis on est président à vie. A moins que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets chez nous. Pour l`instant, tout appelle à l`extrême prudence.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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