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Près de deux cents jeunes gens venus de N’Zérékoré à bord de trois bus affrétés par des caciques du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), pour manifester en faveur du retour au pays du capitaine Moussa Dadis Camara seraient abandonnés à leur sort, dans la capitale, sans moyens de survie.
Le renvoi du chef de la junte vers Ouagadougou, mardi dernier par les autorités marocaines, a mis du baume au cœur des proches et des fervents supporteurs de Moussa Dadis Camara.
Qui ont cru comprendre que Dadis avait retrouvé la forme, ayant survécu à ses blessures administrées lors d’une tentative d’assassinat qui l’a visé le 3 décembre 2009.
Mais que le chef de l’Etat avait simplement été empêché de retrouver sa terre natale, comme il l’avait sollicité. D’où ce détour par la capitale burkinabé, où on voulait le contraindre à un exil forcé. Il fallait donc trouver des moyens de coercition, afin de faire revenir au plus vite Moussa Dadis Camara en Guinée.
C’est dans cette optique qu’une manifestation a été organisée à l’aéroport international Gbessia de Conakry, le mercredi dernier, en faveur du retour de Dadis. Une mobilisation qui se poursuivra jusqu’au jeudi tard dans la soirée.
Les manifestants dont la plupart venaient de N’Zérékoré, exigeaient le retour du « vieux », c’est ainsi qu’ils appellent le chef de la junte. Ils seraient allés jusqu’à sommer le général Sékouba Konaté, président intérimaire qui se trouvait au Burkina Faso où il devait rencontrer Dadis, de ne pas revenir sans son ami. Au même moment, une délégation d’un collectif qui s’était constitué autour de Claude Pivi, ministre de la Sécurité présidentielle et de Moussa Tiégboro Camara, ministre à la présidence chargé des Services spéciaux et de la lutte antidrogue quittait Conakry pour Ouaga, où elle devait remettre un mémorandum au facilitateur de la crise guinéenne.
Ce mémorandum n’avait qu’un seul point : le retour de Dadis au pays.
Cette délégation composée d’une dizaine d’officiers qui a été conduite par le colonel Moussa Kéita avait l’air d’être sur le pied de guerre, ayant foulé le sol burkinabé dans des uniformes militaires. Usant d’un ton impératif.
Mais, Blaise Compaoré réussira à leur faire entendre raison, à accepter que Dadis poursuive sa convalescence loin de ce brouhaha là.
Cela lui ferait certainement du bien au lieu qu’il revienne pour servir de tremplin aux coups tordus de certains de ses proches. Comme un remake du scénario de fin de règne de Lansana Conté, où des décisions étaient prises en son nom sans qu’il n’en soit informé.
Cette fois le manège ne marchera pas. C’est Sékouba Konaté qui dirigera le reste de la transition. Une nouvelle qui manifestement va replonger ceux qui s’étaient regroupés à l’aéroport dans la désolation. Car le « vieux » ne reviendra pas de sitôt en Guinée.
Maintenant le problème c’est comment retourner à N’Zérékoré pour ceux qui ont fait la traversée pour rallier la capitale, dans l’espoir d’empocher une récompense, après la mission.
Selon K.T, qui fait partie des manifestants « importés », une fois à Conakry, ils auraient été simplement dirigés vers l’aéroport où ils ont pris leurs quartiers, à l’air libre.
Aucune ressource matérielle et financière ne leur a été affectée, d’après ce manifestant que nous avons rencontré dans un maquis du côté de Ratoma, entrain de siroter une bière offerte par un vieil ami retrouvé au gré du hasard.
Voilà donc comme K.T, tous ces jeunes gens sans argent, arrachés à leur terre en pleine période de récolte, contraints d’errer dans la cité.
Le voyage avait été initié dans l’espoir d’un retour de Dadis. Mais, celui-ci devra encore patienter avant de regagner son pays. Pour des raisons de santé et la realpolitik oblige.
M.D. Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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