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Pour avoir usé de son droit à l’expression libre, lors d’une conférence de presse qu’elle a donnée le 17 mars dernier au Novotel, Madame Chantal Cole, la directrice de la Société Alo et Areeba, sera arrêtée par la police et déposée dans les locaux de la Direction de la Police Judiciaire (DPJ). C’est là qu‘elle passera, malheureusement la nuit. « Le crime » de Chantal aura moins été de parler du million d’abonnés que compte atteindre sa Société au mois de juin prochain, que de donner ses opinions sur la gestion du pays sous la gouvernance actuelle. Entre autres faits reprochés au gouvernement Kouyaté, il y a des dépenses qui, selon Chantal, ne font pas honneur. Notamment relatives aussi bien à ces nombreux voyages du premier ministre, en compagnie, semblerait-il, de tout un personnel familial, qu’à ces contrats de gré à gré. Chantal parlera des promesses non tenues, comme le miracle de l’eau et du courant électrique jamais réalisé. Elle ne passera pas sous silence le programme guinéen avec le FMI et la Banque Mondiale. La directrice de Alo affirmera, non sans citer ses sources, que les 30/100 du carburant reçu en Guinée sont acheminés sur le Mali. Tout compte fait, nous nous soucions moins d’apporter un soutien à une dame qui ne se fatiguera jamais de défendre ses intérêts, à travers des prises de positions spectaculaires qui n’engagent qu’elle, que de préserver le droit du citoyen à la liberté d’expression consacrée par la Loi. Chantal Cole a dit ce qu’elle croit devoir véhiculer à l’adresse du public. L’image qu’elle donne du gouvernement est d’autant négative que les conditions de vie dans le pays sont alarmantes. Cole aurait-elle osé dire ce que penseraient de nombreux citoyens fatigués de discours et de promesses ? En tout état de cause, la position du CNC par rapport à cette tentative de museler l’expression libre, est le tout premier acte posé par le nouveau président de cette institution. Nous ne sommes pas dans un Etat policier, encore sous un régime d’exception. Chantal n’est pas notre préoccupation, mais son droit à l’opinion libre ne doit souffrir d’aucune restriction. Si l’occasion était donnée, le gouvernement n’hésiterait pas à piétiner le droit du citoyen à la tribune libre. Nous refusons de retomber dans un système d’exception. Le gouvernement Kouyaté ne souffre pas qu’on dénonce ses insuffisances. Cela est un fait d’autant plus connu que les réactions du locataire de la primature, lors de son passage devant l’Assemblée nationale, à l’endroit d’un confrère, sont un signe dominant de l’allergie de l’homme aux critiques qui lui sont faites. Mais, à prétendre user de mesures restrictives pour museler le citoyen et le contraindre à l’abandon de son droit à l’expression libre, c’est un autre défi à relever. Si seulement, le gouvernement osait présenter le bilan de ses actes posés, par rapport à la feuille de route du premier ministre, les citoyens éviteraient, peut-être, de se livrer aux supputations. Mais la situation est telle que même les syndicalistes qui l’ont proposé s’abstiennent, aujourd’hui, de lui demander des comptes, de peur de se faire interpeler par le peuple sur le pourquoi de leur choix. Si le changement est irréversible, la voie pour y parvenir est toujours confuse. C’est une opinion ! Thierno Dayèdio Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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