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Des guirlandes de fumée noire s’élevaient encore ce Lundi, 15 Septembre, très tôt le matin, dans le ciel de Conakry, la capitale guinéenne. La recette est bien connue des Conakryka : ce sont des flammes de l’exaspération qui s’élèvent des vieux pneus enflammés sur les axes routiers par des jeunes manifestants. Depuis deux semaines, on le sait, cette vieille recette des évènements de Janvier-Février 2007 est encore remise au goût du jour dans la capitale guinéenne. Et cette fois, c’est le manque d’énergie électrique dans certains quartiers qui en est le détonateur. Ce Lundi matin donc, les usagers qui ont eu la malchance d’emprunter l’axe Hamdallaye-Donka, se sont vus pris dans l’étau des émeutes au niveau du rond-point de Belle-vue à quelques encablures des « Cases présidentielles » du même nom. Aux cris de « EDG, transfo!! », les jeunes ont pris d’assaut les artères, lançant des projectiles sur les pauvres usagers de la route, brisant les pare-brises des véhicules, faisant des blessés par ci par là. Le traumatisme de l’année dernière ainsi réveillé, la panique a vite fait de prendre toute la ville. Et les rumeurs, plus noires les unes que les autres, ont fait le reste pour entrainer les populations dans le « sauve-qui-peut ». Surtout qu’au même moment, du côté de Madina, le grand marché central entrait en ébullition. La cause : le programme d’assainissement et de déguerpissement des artères de la capitale, lancé sous l’égide du gouvernorat de Conakry pour, dit-on, embellir la ville à deux semaines de la fête anniversaire des 50 ans de l’indépendance nationale. Ce programme qui a débuté Vendredi dans le centre ville de Kaloum avec un effet d’aération notable surtout au niveau du marché, devait donc se poursuivre ce Lundi à Madina. Mais là, les « déguerpilleurs » ont été surpris d’être accueillis par une charge violente des femmes installées dans la zone dite « Enipra », vite renforcées par leurs collègues de « Avaria » auxquelles se sont joints les centaines de loubards qui traînent quotidiennement en ces lieux de négoce. Les agents de la police communale qui assurent habituellement la sécurité de ce marché ont été très tôt débordés et plusieurs parmi eux n’ont eu leur salut que dans la fuite. Les commerçantes déclarent que ces espaces leur ont été officiellement attribués par les mêmes autorités en contrepartie de fortes sommes, sans compter les taxes et autres redevances auxquelles elles sont astreintes tous les jours. D’où leur révolte face à toute action de déguerpissement. Aux dernières nouvelles, l’intervention musclée des forces de sécurité a réussi à calmer la situation aussi bien à Madina qu’à Belle-vue. Et, heureusement, aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée dans les accrochages. Mais pour combien de temps ? Le délestage électrique dans les quartiers de Conakry allant en s’empirant au fil des jours et le programme de pose des transformateurs n’étant encore qu’au niveau des supputations dans les structures de EDG, il n’est pas exclu que les petites étincelles allumées ces derniers jours et ce matin sur les artères de Conakry ne finissent par prendre l’allure d’un brasier. Tant les signaux d’incendie sont persistants en cet instant. D’ailleurs, les commerces ne tournent qu’au ralenti cet après-midi et la presque totalité des bureaux ont déjà fermé. Les patrouilles de police continuent à tourner sur certains axes sensibles. Ousmane Baldé de Conakry pour www.guineeactu.com
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