 |
Dans cette crise politique guinéenne, Il est étonnant que la quasi-totalité des intervenants sur le net ne voient que du noir ou du blanc, Dadis (CNDD)... ou... Opposition (Forces Vives). Rien ne peut être construit avec une telle mentalité car toute stratégie fondée sur un tel acharnement est vouée à l'échec.
En outre, l’expérience nous apprend qu’une intervention militaire en Guinée de la part des USA, de la France, de l’UE, l’ONU, l’UA, l’ECOMOG, ou d’autres, ne pourrait être envisagée qu’en cas d’agression étrangère contre la Guinée ou guerre civile prolongée. Il n’y a pas eu de forces d’interposition internationales pour protéger les populations civiles ou empêcher une guerre civile au Rwanda, Congo, Madagascar, Mozambique, Angola, Tchad, Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Somalie, etc., malgré les appels insistants de ces citoyens ainsi que des organismes humanitaires à travers le monde.
De surcroît, les USA n’envisageront jamais d’envoyer leurs forces militaires en Guinée pour une telle intervention sans que leurs citoyens ne soient en danger imminent. Leur mésaventure somalienne leur a servi de bonne leçon en Afrique. D’ailleurs l’administration Obama n’a pas mal de pain sur la planche actuellement. De plus, vu l’impact de leur mission de « libération » en Irak et en Afghanistan sur les populations, infrastructures et ressources de ces pays, leur intervention militaire en Guinée devrait être notre dernier souhait.
La communauté internationale avec les USA et la France en tête se limitera, comme il est de coutume dans de pareilles situations, à des déclarations diplomatiques sans substance du genre : « Nous déplorons ou condamnons fermement les actions des autorités… nous suivons de près l’évolution de la situation… nous nous consulterons et, en temps opportun, nous prendrons les dispositions nécessaires…etc. »
Le plus grand malheur pour la Guinée et ses citoyens est le fait que les « gros bonnets » au devant de la scène politique actuelle ne sont que des « opposants » qui brillent par leur médiocrité, incompétence et égoïsme collectifs, en plus de leur fiertés individuelles mal placées. Ils ne sont pas de vrais politiciens et ne pourraient être des leaders car en matière de vision, stratégie et créativité, leur carence est criarde. Ils n’agissent qu’en employant des tactiques boiteuses basées sur des conseils, considérations, et suppositions fallacieux et honteux.
Que notre chère Guinée a besoin de leaders intègres, compétents et patriotes !
Comme elle en a toujours manqué, à la mort de Conté, Dadis a eu l’audace de profiter du « vide » pour clamer haut et fort, à qui veut l’entendre, qu’il est le leader providentiel.
Ne perdons pas de vue que ce que le peuple de Guinée réclame, par dessus tout, est la conduite d’élections libres, transparentes, démocratiques et crédibles. Tout le reste est secondaire, ou tangentiel, ou superflu. De telles élections en Guinée sont en fait bien possibles et à notre portée, dans 10 à 12 mois, avec ou sans Dadis. A condition qu’on y croie et qu’on y travaille !
Des élections libres, crédibles… Tout le reste est secondaire et superflu (IIème Partie)
La solution de sortie de crise la plus réaliste, vu les réalités actuelles sur le terrain, est la suivante :
Ne pas exclure Dadis de l’élection présidentielle à condition qu’il accepte que les élections présidentielle et législatives soient toutes organisées, conduites et gérées entièrement par des agents spécialement désignés par la communauté internationale ou un organisme neutre bien accrédité telle que l’ONU. Il ne s’agit pas ici de simples observateurs ou arbitres mais plutôt de techniciens et professionnels en la matière qui seront mandatés de conduire les élections du début à la fin, sans la participation d’un seul fonctionnaire ou officiel guinéen. Ceci est à notre portée et serait très difficile à rejeter par Dadis. Tous les protagonistes en sortiront vainqueurs et les Guinéens en seront les plus gagnants. Une transition d’au moins un an serait un préalable nécessaire ainsi qu’une nouvelle Constitution (provisoire).
Cette proposition est une alternative viable et mérite d’être explorée ou considérée dans le processus de recherche d’une solution de la crise actuelle.
Nous répondrons aux sceptiques en leur rappelant que :
-
La réussite du processus dialogue et médiation nécessite un esprit mûr, patriotique et surtout dépassionné de la part de tous les protagonistes.
-
La politique est l’art du compromis.
-
Il n'y a aucune garantie en politique.
Cette alternative nécessitera l’implication directe de centaines ou de milliers d’agents étrangers qui pourront quadriller et opérer librement sur tout le territoire. Ils seront bien encadrés, indépendants des autorités locales, et ne répondront qu’à l’organisation qui les a mandatés. Les difficultés majeures pourraient être le financement et la logistique. Toutefois, elles seront surmontables grâce à l’appui de la communauté internationale.
La tension sera décrispée et la situation sécuritaire (tant décriée par les opposants) améliorée dès l’instant où la candidature de Dadis cesse d’être un sujet contentieux et brûlant. En fait, Abe Sylla a pu faire campagne cette année sans ennui. Une fois les règles du jeu bien établies, à l’issu des négociations, des mesures appropriées seront prises pour faciliter la bonne conduite des campagnes, sans aucune interférence de la part des autorités.
N’écartons pas la possibilité que les représailles militaires constituent une riposte ou une réaction barbare de la part d’une junte acculée et affolée. De coutume, les tyrans et les dictateurs persécutent leurs populations à chaque fois qu’ils estiment que leur pouvoir est menacé. Cuba, la Corée du Nord, l’Iran, l’Irak, l’Egypte, l’Apartheid, la Chine, la Birmanie, pourraient nous édifier là-dessus. Quand sa candidature n’est pas exclue (ou à exclure), Dadis serait en manque de faux arguments pour justifier ses attaques virulentes et démoniques contre ses adversaires politiques. En revanche, en se sentant attaqué ou en danger, l’instinct de survie pourrait le pousser à harceler et intimider ses ennemis réels ou imaginaires, voire même tuer nos innocents citoyens sans défense.
Il n’y a aucune garantie que Dadis accepterait une telle proposition, mais celle-ci a plus de chance que toutes les autres en question actuellement. Un refus de sa part l’exposerait davantage, l’isolerait de plus, lui ferait perdre le peu de crédibilité qui lui reste au niveau national et international et pourrait lui être politiquement fatal. L’objectif essentiel est de trouver la potion ou formule magique qui produirait une offre que Dadis ne pourrait refuser et qui serait bénéfique non seulement pour tous les candidats actuels et prochains mais surtout pour le peuple de Guinée. Ceci devrait être l’objectif de notre combat et de tous les efforts en cours.
N’oublions pas qu’il est fréquent pour les politiciens américains de se déclarer candidats aux élections à des magistratures supérieures en violation flagrante des promesses et engagements faits a leurs électeurs ; et pour autant personne ne penserait les priver de leur droit de candidature pour une telle transgression. La candidature de Barack Obama à la présidence des USA en est un exemple. La fameuse promesse de George Bush Senior « Read my lips… no new taxes » en est un autre. La triste réalité est qu’en politique, les élus ont non seulement le droit (et hélas! ils en usent) de changer leur promesse ou engagement, mais de plus, ils sont souvent tenus ou supposés de le faire, en fonction du vent politique. La politique est un phénomène dynamique comme la marrée ou le climat.
Dadis a la folie des grandeurs en croyant qu’il est populaire et présidentiable. Les opposants ont-ils peur de sa candidature simplement parce qu’ils partagent cette croyance ? Sinon pourquoi se cramponnent-ils à cette politique d’exclusion à tout prix sans explorer d’autres options favorisant des élections libres et crédibles ? Pourquoi ne pas envisager ou prendre le risque de l’affronter et le battre par la voie la plus légitime, celle des urnes ? C’est probable qu’ils se sentent tous petits et sans confiance en eux-mêmes car manquant de plan de redressement cohérent pour le pays et ne bénéficiant pas de la confiance du peuple. En effet, c’est un secret de polichinelle que la majorité des Guinéens qui voteront pour eux le feront en se pinçant les narines. Cette situation est très malheureuse et hallucinante pour les Guinéens. Dadis n’a aucune chance d’être élu si son équipe n’a aucun moyen de truquer les élections. Malheureusement, les opposants ne sont pas si sûrs car ils ne croient pas en eux-mêmes. Cela expliquerait leur acharnement à se servir de la tactique d’exclusion pour conquérir le pouvoir et se parachuter sur le fauteuil présidentiel tant convoité.
Ayons la force et le courage d’admettre que cette exclusion exigée par les Forces Vives est totalement arbitraire et dangereuse. Dès lors, pourquoi s’y entêter ? A moins que ce ne soit une tactique de négociation consistant à viser le soleil pou atteindre la lune. Dadis n’a signé ni contrat ni engagement. Certes, il a fait des promesses, juré sur la Bible et le Coran, pris des engagements devant l’humanité tout entière. De plus, il est incompétent, erratique dans ses actions et probablement un dérangé mental, drogué et alcoolique. Cette demande d’exclusion est-elle basée sur une loi nationale quelconque? Si la réponse est négative, alors comment la justifier honnêtement? Comment voudraient-ils introduire la démocratie en Guinée en exigeant l’arbitraire ? Pourquoi ne voudraient-ils pas entrer par la grande porte (négociation suivie d’élections) au lieu de la petite (exclusion). On pourrait trouver de multiples raisons arbitraires pour exclure n’importe lequel de ces candidats qui se croient plus propres que neige et pourvus des droits et privilèges dignes d’un roi. De grâce, soyons honnêtes avec nous-mêmes. Nous ne pourrions être démocrates et dictateurs à la fois. Nos devrions commencer à nous assurer que nos convictions, nos paroles et nos actions ne se contredisent pas avant de nous attaquer à nos adversaires politiques. Nettoyons notre case avant de pointer nos doigts sur celle d’autrui.
La démocratie n'est pas une fin en soi, mais plutôt un processus, une marche dont le succès demande la retenue, la tolérance, le dialogue, le compromis, le pardon, la coopération, la collaboration, la transparence, la patience, la persévérance, la conviction, et au dessus de tout, le patriotisme. Elle est incompatible avec les mesquineries, l’égoïsme, la vengeance, la trahison et la malhonnêteté. Ce long parcours est inévitablement accompagné d’erreurs qui nécessitent des corrections et ajustements judicieux. Actuellement, les autres alternatives, dont la réalisation reste très peu probable, sont les suivantes:
-
Dadis disparaît par suite d’une intervention divine (mort naturelle, accidentelle, etc.).
-
Dadis est écarté par la force des armes (coup d’Etat, assassinat, rébellion armée, etc.).
-
Dadis rend le tablier volontairement ou sous le poids de la pression internationale.
-
Dadis est chassé du pouvoir par des mouvements populaires massifs et soutenus dans tout le pays.
Par ailleurs, au cas où Dadis quitterait selon l’un des scénarios ci-dessus, rien ne garantirait l’avènement d’une transition paisible, ordonnée et effective sans laquelle des élections crédibles seront impossibles. Mettons-nous à l’évidence que la politique du « TOUT ou RIEN » de nos Forces Vives a peut de chance à court terme de sortir les citoyens guinéens du gouffre dans lequel 50 années de dictature et de tyrannie les ont enfoncés. Surtout lorsqu’on considère l’actuel rapport de forces sur le terrain. Ce serait catastrophique pour la population que de considérer une éventuelle candidature de Dadis comme une menace imminente à la sécurité nationale et en faire la goutte d’eau qui ferait déborder le vase. Une guerre civile dans le pays pourrait produire des atrocités pires que celles qu’a connues le Rwanda.
Exigeons des élections libres, transparentes et crédibles et cherchons activement les moyens d’y parvenir. Pas plus, pas moins. Si par malheur Dadis en sort vainqueur, la Guinée aurait le Président qu’elle aura choisi et qu’elle mérite pendant la durée de son mandat. Ce ne serait pas la fin du monde. L’opposition n’aurait qu’à revoir son arsenal, réviser sa stratégie, et rectifier son tir afin de prévaloir pendant les élections suivantes. Tout au long de leur histoire en matière de démocratie, les Américains, tout comme les citoyens de nombreux autres pays, ont eu à endurer plusieurs années de patience sous l’administration de nombreux présidents incompétents ou considérés comme mal élus. Pour l’amour de la patrie, arrêtons de nous mettre de la poudre dans les yeux, de nous berner, de piétiner sur place ou tourner en rond et attelons-nous à la lourde tâche de mettre les roues de la vraie démocratie en marche en Guinée.
Abdoulaye Diallo, Los Angeles, CA
www.guineeactu.com
|
 |