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Il faut aller aux élections
La campagne électorale étant commencé, de plus en plus de compatriotes se lancent à faire des pronostics sur les chances de tel ou tel candidat, voire des qualités nécessaires pour réussir une présidence apaisée.
C'est un exercice d'autant plus difficile que certains essaient de se cacher derrière une fonction de pseudo-journaliste - il faudra rapidement élaborer un Code de déontologie - pour tenter d'apparaitre le plus objectif possible.
Mais cet exercice est éminemment subjectif, même s'il a le mérite de rappeler, que la fonction présidentielle doit retrouver un peu de lustre et de dignité, caractéristiques qu'elle avait perdues, notamment sous la deuxième république.
Soyons réalistes, tout le monde sait bien que le 27 Juin 2010, la Guinée ne sera pas une démocratie. Tout le monde peut voir que beaucoup de problèmes restent en suspens, aussi bien aux niveaux :
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juridique : de vrais juristes ont pointé du doigt les incohérences de la constitution pour ne parler que de cela, sans oublier les 800 personnes (en attendant plus ?) recensées de France !!!
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politique : le choix de JMD comme PM de transition ne fut pas une réussite pour ce qui concerne la défense des intérêts du pays, dont il n'avait pas à s'occuper, et quid de Konaté, de Pivi, des jeunes recrues récentes...
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économique : c'est la création monétaire - une fois de plus, devrait-on dire - qui permet de joindre les deux bouts et qui creuse des déficits, qu'il faudra bien rembourser.
Bref, il y a beaucoup de choses qui ne vont pas, mais l'urgence consiste à sortir du CNDD et des militaires, dont certains - il ne faut pas l'oublier - restent des assassins.
Ce qui compte actuellement, est la maîtrise par certains, de la situation, aussi bien dans l'armée (avec le général Konaté), que dans la société civile (avec les partis et syndicats) et s'entendent sur l'essentiel, à savoir des assises institutionnelles futures pacifiques (et sans militaires).
Il faut donc aller aux élections et bien choisir, tout en sachant, et cela ne fera pas plaisir à tout le monde, que celui qui sera élu, devra obligatoirement composer avec certains de ses adversaires.
Comment choisir ?
Il ne faut pas se voiler la face, aujourd'hui, tout le monde attend l'élection de quelqu'un qui sera capable de prendre les représentants des autres partis (les leaders eux-mêmes ou d'autres), parce que personne ne pourra gouverner pacifiquement contre les autres : la paix civile est à ce prix, susceptible ou non de devenir la préoccupation majeure de la majorité des Guinéens.
Pour quelqu'un de rassembleur et dont l'objectif est le progrès du pays, cela ne pose pas de problème particulier, tout au plus mettre les choses au point : le gouvernement est un endroit où l'on travaille, ce n'est pas un gâteau à partager.
Pour d'autres en revanche, la pilule risque d'être plus amère, car la mécanique des élections ne prévoit que deux candidats au second tour. Comme tout le monde s'imagine y être, tout va bien pour le moment, mais après ?
Beaucoup de reproches sont faits aux électeurs qui se recroquevillent derrière leur ethnie, mais c'est pourtant compréhensible. L'histoire a montré en Guinée, qu'on ne pouvait pas être protégé par l'État. Nos différents dirigeants ont dit ou montré que l'État lui-même pouvait s'attaquer à une ethnie (les peuls, les malinkés, ….) ou à sa propre population. Dès lors, en l'absence de protection, on se réfugie dans son clan : c'est humain. Si demain l'État est fort, ce qui ne signifie pas faire régner la force, mais faire respecter les institutions, les libertés publiques... y compris et surtout en son sein, alors progressivement les citoyens s'attacheront davantage aux compétences et aux qualités du leader, qu'à son appartenance ethnique.
Ce sont en fait certains leaders eux-mêmes, qui ont une responsabilité, en voulant surfer ou pas sur cette réalité sociologique, qui peut n'être qu'épiphénomène, à condition d'avoir le leadership qui convient.
Pourtant, même le meilleur des candidats ne nous amènera pas l'État de droit, si nous ne nous prenons pas en mains : c'est la société civile organisée qui constituera l'aiguillon indispensable de tout gouvernement à venir. Il faut donc être vigilant, encore et encore.
Que penser alors des 24 candidats qui se présentent ?
Puisque de plus en plus de contributions sont émises, avec de moins en moins d'objectivité, - mais chacun a le droit d'avoir un avis et de l'exprimer -, il semble utile de faire quelques remarques générales.
Je ne reprendrais pas certaines de leurs réflexions très pertinentes sur le nombre de candidats, et/ou la manière dont ils ont obtenu leur caution... je vous renvoie à leurs écrits.
En revanche, tout le monde peut constater que :
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la Guinée est tombée bien bas, pour que n'importe qui (je laisse de côté la moralité de ces individus) se présente à la présidence de la république, et s'imagine pouvoir être élu. Évidemment je préfère cela à des présidents autoproclamés, mais il sera nécessaire de « re-sacraliser » la fonction présidentielle. Il faut vraisemblablement voir là dans ce phénomène, des négociations pour un poste pour certains, un désir d'amnistie pour d'autres ...
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l'État guinéen (il faudra surveiller d'ailleurs) va récupérer au minimum 1,6 milliard FG puisque au moins 4 candidats ne pourront obtenir 5% des suffrages. On peut même penser que ce montant sera multiplié par 4.
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les femmes doivent s'impliquer davantage, pour qu'au moins quelques noms soient susceptibles de victoire possible dans l'avenir, et qu'elles cessent de faire de la figuration.
Je ne m'étendrais pas sur tous les candidats. Honnêtement, il en existe dont je n'avais jamais entendu parler. Je ne sais qui ils sont, d'où ils viennent et ce qu'ils veulent (à part renflouer les caisses de l'État, ce qui est tout à leur honneur, dans la mesure où ce n'est qu'un juste retour des choses pour certains).
Il y a des candidatures honteuses, mais comme je n'ai envie de blesser personne, je ne m'étendrais pas sur ces incongruités. Encore une fois, il sera nécessaire de restaurer la fonction présidentielle.
En fait, il existe une petite dizaine de candidats, dont la candidature personnelle et/ou politique peut avoir un sens pour le pays (il faut rester positif).
Dans l'état actuel des choses, j'ai essayé de trouver sur les sites des partis politiques (quand ils existent !!!) des réponses aux questions que je me pose sur :
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du candidat,
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son bilan de gestion et de réalisations,
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sa motivation personnelle et son niveau d'éducation,
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son idéologie et sa vision,
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le nombre de portefeuille ministériels (avec proportion de jeunes et de femmes) qu'il souhaite mettre en place,
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et surtout comment il compte s'y prendre concrètement pour :
- rétablir l'eau et l'électricité,
- créer des emplois,
- conduire une politique monétaire restrictive (ZMAO, UMOA, autre...) et réformer la BCRG,
- diminuer la part de l'aide internationale au niveau budgétaire,
- réformer l’armée et les forces de sécurité,
- réformer la justice (quid de l'impunité des auteurs des tueries de 2006 à 2009 ?),
- sélectionner et nommer les hauts fonctionnaires de l'État....
Les zones d'ombre du candidat du RPG
Évidemment je n'ai pas trouvé les réponses à ces questions, mais je ne désespère pas.
Toutefois, il y a quelque chose qui me surprend, car honnêtement je scrute davantage les sites de ceux qui sont considérés comme favoris ou challengers (RPG, UFDG, UFR, PEDN, FUDEC, NGR...).
Sauf erreur de ma part, parmi ces partis qui seront dans le top 10 des résultats – voire dans le top 5 -, certains n'ont pas de site (PEDN, NGR, PUP).
Sur d'autres, il n'y a pas d'organigramme, et leur Projet semble dire : « demain, on rase gratis », mais le site du RPG est davantage surprenant encore, puisque malgré ses plus de 20 ans d'existence, le site indique toujours : « en construction » dans la partie programme politique.
Puisque ses militants proclament pourtant partout que leur Projet est génial, je m'adresse donc à eux pour qu'ils fassent le nécessaire, car si le programme est extraordinaire, tout le monde doit en profiter.
Par ailleurs, il est quand même extraordinaire qu'on ne sache rien de concret sur le passé (et/ou l'avenir) d'un individu qui sollicite nos suffrages. Tout le monde parle du professeur Alpha Condé, mais impossible de trouver trace de sa thèse, des lieux, dates et sections des écoles ou universités où il a étudié et/ou enseigné. Il n'y a rien de secret là dedans. D'autres évoquent la société Sucres et Denrées : qu'y a t-il fait et pendant combien de temps ?
Dans l'émission « Face au public », Alpha Condé constatait que c'était la première fois qu'il passait à la TV, preuve que la Guinée progresse. L'ennui, c'est qu'il affirme que les gens ne le connaissent pas, mais il n'a rien fait pour les éclairer sur son passé.
Quelqu'un qui prétend faire le bonheur de ses concitoyens, en étant candidat à la présidence de la république, commence déjà par être transparent, en vue de donner des indications sur son parcours (un CV serait le minimum). D'ailleurs, le fait même de donner des indications, compterait davantage que le contenu lui-même, ne serait-ce que pour faire taire les rumeurs.
Les autres candidats favoris et leurs challengers (Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Lansana Kouyaté, François Lounsény Fall, Ibrahima Abe Sylla...) pour ne citer que ces cinq là, doivent s'attendre à ce que leur passé et présent soit passé au crible, même si on en connaît un peu plus.
Il est en effet malvenu pour les compatriotes du RPG de revendiquer le passé propre de leur candidat concernant la gestion du pays, contrairement à celui d'autres. La moindre des choses, dans cette hypothèse, consiste à être transparent soi-même, ne serait-ce que pour pouvoir comparer son parcours avec celui de ses concurrents. Encore une fois, il ne s'agit pas de publication de patrimoine, ou d'origine de ses fonds électoraux, mais de formation et d'expérience personnelle, ce qui est le moins que l'on puisse connaître.
Le citoyen que je suis, doit pouvoir faire son choix, avec le maximum d'informations crédibles, sans se laisser intoxiquer par toutes les rumeurs, d'où qu'elles viennent.
Je fais donc un appel solennel aux militants du RPG, à ses dirigeants et à son leader, pour clarifier ces zones d'ombre, sinon la « propreté » revendiquée finira par se retourner contre eux...., soit pour inexpérience de leur candidat, soit pour non confrontation avec les réalités du système politique guinéen.
Gandhi Citoyen guinéen
www.guineeactu.com
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