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Hou! On est arrivé avec un tout petit retard au Sénat à Paris où le Mouvement des Jeunes Guinéens de France (MJGF) a déroulé deux tables rondes séparées par un repas sénatorial, le samedi 20 juin 2009.
On a manqué juste le cérémonial et quelques petits bavardages de la première table ronde sur « Investir en Guinée-Les opportunités juridiques et économiques » qui a charrié des brouhahas.
Accrochez-vous et ouvrez bien vos oreilles! On va vous narrer la substance de ce vouinquende des jeunes diaspos, des diaspourris, des diasripous et de ces quelques malins investisseurs « foothés » rassemblés au Sénat.
On débarque et on tombe sur les tralalas de Badara Dioubaté au sujet des « Investissements directs étrangers et croissance économique en Guinée: Enjeux et perspectives à long terme ». ça parle haaaaaaa! On capte que « s'il n'y avait pas de corruption en Guinée, le pays serait sans dettes en 3 ans ». Il sait peut-être de quoi ça retourne, comme il est drapé du manteau de docteur en sciences économiques.
Il hypnotise les attentions avec son ordinateur et ses diapositives pour étayer ses bavardages. Et puis on le filme.
Tiens! Tiens! Tiens! C'est Maciré Camara de la télé-bidon du bled avec sa « camerawoman ».
C'est vrai que les dignitaires du CNDD, Boubacar Barry, ministre d'Etat, la dame Zénab Saïfon Diallo, ministre de la Coopération Internationale, et Fodé Isto Keira, ministre de la Jeunesse et des Sports, étaient les invités de la chose. Ils ne sont pas venus se changer les idées parce que tout simplement le pharaon du CNDD les en a empêchés.
Mais l'essentiel est sauf: Maciré Camara de la RTG est là. Elle commande et donne des ordres à sa « camerawoman ». La pauvre bouge dans toute la salle sous les ordres de sa cheftaine en brandissant sa camera dans toutes les phases. Hé! Allah!
On réécoute Diabaté qui, sous la pression de Ibrahim Sorel Keïta, modérateur, conclue « qu'il faut améliorer la bonne gouvernante en Guinée. Il faut repenser le rôle de l'Etat en Guinée ».
Sorel reprend le crachoir et intime aux conférenciers de se grouiller dans leur bavardage. « C'est la dictature du temps. On est obligé d'accélérer » martèle Sorel sous l'épitaphe du dictateur-conquérant Napoléon. Sur laquelle on lit ça: « Depuis mon entrée en campagne, j'ai dispersé une armée de cent mille hommes, j'en ai fait près de la moitié prisonnière; le reste est tué, blessé, ou déserté, et dans la plus grande consternation ».
Bof! Cette épitaphe de Napoléon est peut-être symbolique mais les jeux de positivité de Lamine Kaba sur « La sécurité juridique des investissements étrangers en Guinée » attirent notre attention.
Il fait des détours pharaoniques sur la situation guinéenne actuelle en rapport avec son thème et proclame en terminaison « qu'on ne peut pas dire aujourd'hui que la Guinée est un pays instable qu'il ne faut pas y aller investir. En tant que positiviste, j'insiste en conclusion qu'aucun risque n'existe aujourd'hui en Guinée pour aller y investir ».
En voilà un pire illusionniste! Qui se targue d'un carton en droit international des universités Panthéon-Assas et Panthéon Sorbonne. Tension...on peut être bourré de diplômes des universités les plus brillantes et raconter des sottises dans des conférences.
Khadra Malick, consultant juridique et fiscal dans le réseau ORPI, traite du « cadre juridique et fiscal des investissements en Guinée ». Il parle du code interne et de l'OMC qui rassurent les investisseurs étrangers. Il déplore un tout petit peu le manque de cadre administratif.
Ouf! On est complètement soûlé par toutes ces inepties qui visent à cirer les pompes des investisseurs français et les mener par le bout du nez jusqu'au bled.
La parole est au public. Le micro-baladeur voltige. Ça disserte ! Ça conseille à apprendre des métiers au lieu d'empiler des diplômes de chômage! Et Rachid Kaci, conseiller technique à l'Elysée, de noircir la présence des chinois sur le continent.
Il soutient que les Chinois humilient les africains là-bas. Votre râleur de lui demander alors ce qu'il pense du discours de Sarkozy à Dakar. Sorel intervient radicalement en disant que « ce n'est pas le bordel ».
Bor...del ?
Rachid Kaci raconte des salades.
Et on doit brouter ça sans rechigner?
En juillet 2007, à Dakar, Sarkozy minimise la colonisation et défend carrément la mémoire des colonisateurs: « La colonisation fut une faute qui fut payée par l'amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait tant ».
Ensuite il enfonce le clou comme quoi qu'il n'y a pas d'espoir: « Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. (...). Jamais l'homme africain ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire ».
Est-ce vrai que jamais le Guinéen « ne s'élance vers l'avenir? »
Est-ce vrai qu'il ne veut pas sortir enfin « de la répétition pour s'inventer un destin? »
La France a toujours soutenu les dictatures africaines qui garantissent son intérêt sur le continent.
C'est à cause de cette dérive du parolier de la magistrature suprême française que Ségolène Royal du parti socialiste est allée demander « pardon » à tous les africains à Dakar.
Est-ce que vous comprenez ?
Trêve de polémique. C'est la pause déjeuner: entrée plus repas plus dessert et plus café, s'il vous plaît. On dit merci qui?
Panse bien remplie, on retourne dans la petite salle pour affronter la deuxième table ronde qui soulève aussi beaucoup de poussière. L'ambassadrice guinéenne, Mme Makalé Camara, fait son entrée et prend place au présidium.
Sorel lui donne l'honneur de prendre la parole, la première. Alors elle avoue: « La Guinée est en train de vivre des choses assez intéressantes et assez nouvelles. Nous nous acheminons vers les élections. Les recensements sont en cours et se poursuivent dans le pays et vont concerner les Guinéens de l'extérieur ». Elle embraye sur le fait que « le monde d'aujourd'hui est un monde interdépendant, un village planétaire. Ce qui se passe en Guinée est connu de tous ».
Wallahi! Votre Excellence a raison. On espère seulement que ces maux ne seront pas censurés par Maciré Camara et que notre consœur se battra, de retour au bled, pour leur diffusion à la télé-bidon. Sinon ce serait vraiment inutile de s'être déplacée jusqu’ici.
Après la courte et brillante intervention de Makalé, le marathon des conférenciers reprend.
Ibrahima Makanéra, qui pose souvent sur le net, se penche sur « Quel regard porter sur la présence chinoise en Afrique ». Il bavarde longtemps dans des généralités et au finish prononce ce dangereux conseil spécieux à l'adresse des trois fameux investisseurs français présents: « Ce que nous vous conseillons c'est d'aller investir en Guinée. Allez investir vos unités de production en Guinée. Elles seront très bien protégées ». Il n'y a pas de doute là-dessus: Makanéra a viré sa cutis.
Ensuite, la salle subit la communication de El hadj Souleymane Diallo qui maltraite sans pitié le français dans son « micro-finance et le développement en République de Guinée ». La musicalité de son parler détend quand même l'atmosphère. Il endort le public.
D'aucuns bayent aux corneilles. Pendant que Souleymane vasouille, les « foothés » et Makanéra au présidium feuillettent « Jeune Afrique » consacré sur Omar Bongo.
MaKalé et M. Kaba, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats de Cona-cris, ont les regards éteints. Sorel brûle d'impatience d'arracher le micro à Souleymane qui parle de « paubreté » et « d'atténuer » l'on ne sait plus quoi.
En définitive, Sorel prend son courage des deux mains et lui arrache le micro en s'excusant. « Excusez-moi d'être un peu dirigiste ». Pas de quoi!
Il donne la parole à Mme Bangoura, la blonde guinéenne, qui casse pour une fois la baraque dans « Transition, défis démocratiques et développement en Guinée ». Dommage qu'elle ait gaspillé beaucoup de son énergie en roulant à son temps pour Aboubacar Somparé.
Là, la blonde guinéenne a séduit. D'ailleurs c'est elle seule qui a eu droit à une valse d'applaudissements soutenus. Elle s'est muée en défenseur de la bonne et vraie cause. Elle conçoit là que « l'enjeu d'une transition c'est d'obtenir une alternance. Et une transition est une période qui ne peut pas durer indéfiniment. Elle dure entre 12 et 18 mois. L'alternance ne peut pas venir sans un minimum de conditions démocratiques. Il faut absolument passer par des élections présidentielles ».
Elle planche ensuite sur la parcellisation des pouvoirs et note comme beaucoup de Guinéennes et Guinéens que « ce n'est pas un gouvernement de transition qui est en Guinée. Et ce n'est pas un premier ministre de transition que nous avons en Guinée. Les organes de transition ne sont pas encore mis en place. C'est le pouvoir exécutif qui est essentiellement détenu par le CNDD. On est en présence d'une confusion des pouvoirs en faveur du CNDD ». Hé, Saïdou Bokoum! Afakoudou! C’est vrai.
La blonde guinéenne dit que c'est de « la volonté » du pharaon du CNDD que dépendra l'issue de la transition. C'est une volonté politique que détient le pharaon du CNDD de rendre effective ou non la transition.
Seulement, la blonde guinéenne met en garde les illusionnistes: « L'Afrique a connu 205 coups d'Etats. Sur les 205, il n'y a que 5 où les militaires ont remis le pouvoir aux civils ». C'est édifiant. Si on laisse faire en croisant les bras, le pharaon du CNDD va s'introniser.
Déjà, il cherche à interdire toutes activités politiques aux partis légalement constitués. Et aucun chef de parti politique ne lève la voix pour crier: fabééééééé!
C'est quand même extraordinaire pour des poltrons qui se battent pour la magistrature suprême. Que les militants les tirent, de force, de sous leurs lits et les poussent dans la rue pour qu'ils manifestent !
La blonde guinéenne, respectueuse du temps de parole, termine par ça: « Le CNDD n'a pas vocation à faire de développement. Ça c'est l'objectif d'un président » qui sera démocratiquement élu ».
M. Kaba boucle l'époustouflant marathon des conférenciers. Au lieu de parler de « Démocratie et investissement », il choisit derechef de conférer sur « justice et développement ». Il pourfend le manque d'application des textes de loi, fustige le copinage et la légèreté dans la profession judiciaire. « La séparation des pouvoirs est absolue, il n'existe pas en Guinée ». A l'adresse des investisseurs, il rappelle: « Il n'y a qu'une seule chose qui peut vous sauver, c'est la loi ». Or la loi est piétinée en ce moment même au patelin.
À la fin de sa parole, on applaudit aussi M. Kaba.
Didon! On vous dispense cette fois des drôleries de Campell Cissé qui s'engoue être le représentant du CNDD en Europe.
Dans les questions, votre grognon demande à Makalé ceci: « À la lumière des interventions de Mme Bangoura et de M. Kaba, est-ce que vous pouvez nous rassurer que le capitaine Moussa Dadis Camara est conscient qu'il doit retourner dans les casernes en organisant les présidentielles ?
Parce qu'il n'a pas les compétences intellectuelles et l'art de sortir la Guinée de l'ornière.
Et c'est pour quand ces élections?
On est inquiet votre Excellence. Rassurez-nous sur cette question ». Elle griffonne la question dans son calepin et affiche une drôle de tronche.
Dans l'ambiance des défoulements, le jeune et bouillant Alpha Yaya Dramé flanque une dérouillée diplomatique à Makalé Camara. Il déclare qu'au bled, « il n'y a que des moutons » avec un « schizophrène » comme berger.
Makalé claque des paupières. Un autre intervenant demande au jeune fougueux de modérer son parler. Le jeune enragé refuse d'en démordre. Il insiste et signe. Sur ce et comme on si attendait en pareille circonstance, l'ambassadrice guinéenne décolle du présidium. Ventre à terre, elle quitte la salle à 16h50.
Et l'ambiance continue avec M. Kaba qui en rajoute des pelletées de sable sur le CNDD. « La justice se trouve dans les bottes du pouvoir. Pour que la Guinée se développe, il faudrait qu'on ait confiance à la justice. Nous avons des rapaces en Guinée. Tout cadre administratif guinéen est un voleur. Il n'y a que des médiocres au pouvoir en Guinée ». On espère que les trois « foothés » ont bien pigé ça. La Guinée actuelle n'est pas une destination pour eux.
Pendant qu'on continue à s'amuser dans les questions-réponses, l'ambassadrice fait appeler le jeune Alpha Yaya Dramé à qui elle demande de se dédire par des excuses publiques. Il refuse ca-té-go-ri-que-ment d’obtempérer. Alors elle disparaît. Il revient sain et sauf dans la salle. Ça nous rassure.
Et le vieux James Soumah prononce les maux de fin. « Je combattrai la dictature jusqu'à la dernière goutte de mon sang. Les militaires dans les casernes et la politique aux politiques ». Youpi !
Benn Pepito
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