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Arrivé au pouvoir à la faveur d’un putsch perpétré sans effusion de sang le 23 décembre 2008, le capitaine Moussa Dadis Camara a presque bouclé les cent jours à la présidence. Notre Rédaction profite de cette occasion pour dresser le bilan de cette étape, au cours de laquelle le CNDD a posé des actes. Dans notre démarche, nous avons tendu le micro à quelques acteurs de la vie sociopolitique de notre pays, qui ont tous eu leur mot à dire sur le bilan de Dadis.
Elhadj Saïdina Oumar Sylla, S/G du PEG
« Grâce à Dadis, nous sommes en train de savoir tout ce qui s’est passé dans le pays »
« Nous avons voulu un changement dans notre pays. Le changement tant souhaité par le peuple de Guinée est peut être là. Mais ce que nous constations entre les citoyens guinéens, c’est qu’il y a une différence. Cette différence se situe au niveau des moyens illicites de s’enrichir par rapport à d’autres. Alors, après le décès du président Lansana Conté, cette force militaire est arrivée avec à sa tête, le capitaine Dadis et ses compagnons. Ils ont eu la chance de connaître les préoccupations du peuple de Guinée. Ils se sont attaqués à la recherche des voies et moyens pour combattre cette inégalité en instaurant cette justice sociale. Ils sont dans la trajectoire de l’assainissement de l’administration et surtout de la moralisation de toute la nation. Ils sont entrain de donner une voie, une éducation à ce peuple. C’est cela que je retiens ; c’est ça l’essentiel. Moi j’ai eu le privilège de créer avant l’arrivée des militaires au pouvoir, une association de femmes que j’ai appelée ‘’femmes, lumière de Guinée.» Ces femmes se battaient pour la paix et la justice sociale. Sans justice sociale, point de paix. C’est cet esprit que le président Dadis est entrain de pérenniser maintenant. Là, je ne peux que le féliciter et l’encourager. L’action que Dadis et ses compagnons sont entrain de mener, ils le font pour le bien de l’Etat. D’autres programmes se passeront après les cent jours. Il y aura une continuité, c’est pourquoi il faut leur laisser le temps d’agir. Nous les civils, nous allons exiger de prendre tout de suite le pouvoir. Serions nous capables d’agir et de faire ce que Dadis et le CND sont entrain de faire ? Comment comprendre qu’un guinéen puisse se faire plus de 13 hectares de terrain à son seul compte et qui ne soit pas un héritage. A travers ce nouveau pouvoir, nous avons tous compris que c’est un domaine de l’Etat. Si vous confisquez un domaine de l’Etat, et bien il faut croire que c’est à titre précaire et évocateur. Les gens abusaient de la pauvreté de mon peuple citoyen. Je reviens pour vous dire que grâce à Dadis, nous sommes entrain de savoir tout ce qui s’est passé dans le pays. Je voudrais demander à Dadis d’être ferme au point de vue caractère, au point de vue disponibilité vis-à-vis du peuple. Qu’ils continuent d’être unis pour poser des actes concrets. »
Elhadj Momo Bangoura, S/G adjoint du PDG RDA
«Je constate qu’ils sont décidés à lutter résolument
contre la corruption »
« En vérité, je ne fête pas les cent jours d’un coup d’Etat. Je ne le fête pas. J’observe l’attitude des auteurs du coup d’Etat vis-à-vis des intérêts vitaux de la nation. C’est la raison pour la quelle, dès les premiers jours du coup d’Etat du 23 décembre 2008, j’ai fait un premier constat en écoutant le premier responsable du CNDD. J’ai constaté qu’il est né un espoir pour la Guinée. Après sa déclaration du 27 décembre 2008 au camp Alpha Yaya Diallo traitant des dispositions à prendre face aux dures réalités du peuple de Guinée qui sont entre autres l’extrême pauvreté des gouvernés, l’insécurité, l’impunité découlant du laxisme outrageant de l’appareil étatique du défunt régime. Quand j’ai écouté ces déclarations, il est né en moi un espoir. Et aujourd’hui, qu’est- ce je que retiens, je constate que le président Moussa Dadis Camara met en application ce qu’il disait dans ses déclarations des premiers jours de leur prise du pouvoir. Je constate qu’ils sont décidés à lutter résolument contre la corruption. Et le point sensible que je constate aujourd’hui est que le choix de la Guinée a été une erreur. L’ampleur du dégât de cette circulation de la drogue effrayait tous les Guinéens. C’est maintenant que je constate que la Guinée était au bord du gouffre. Sincèrement, avec cette lutte contre le grand fléau de la drogue, nous avons droit de leur adresser nos vives félicitations. »
Bah Oury, vice président de l’UFDG
« Il faut mettre devant la justice avec des règles de droit »
« Il est très difficile de dresser le bilan des cent jours d’un régime. Mais je vais essayer de le faire. Premièrement, il y a des aspects sur les quels je vais faire un commentaire. La lutte contre les narcotrafiquants est un chantier important pour le pays. Je sais que les précédents gouvernements avaient déjà reçu la liste d’un certain nombre de narcotrafiquants. Mais pour différentes raisons, ce travail d’interpellation et de traque de ces dealers n’a pas pu se faire. Aujourd’hui c’est une excellente chose qu’il y ait une volonté ferme d’éradiquer le trafic de drogue en Guinée. C’est tout à fait normal de mettre ça au crédit du CNDD, notamment de son président. Il y a différents dossiers qui sont ouverts, les dossiers concernant les audits, la récupération des patrimoines bâtis. L’idée est noble, mais il faudra bien étudier pour que ça soit conforme au respect des droits. C’est surtout dans ces situations qui éventuellement, par enthousiasme, j’allais dire précipitation que des victimes innocentes vont être violentées ou tout simplement mises en cause. C’est pour cela qu’il faut mettre devant la justice avec des règles de droit, cela permettra de pallier à certaines insuffisances ou faiblesse. C’est tout à fait loisible de constater qu’autour du stade de Nongo et vu l’étroitesse des lieux que des gens puissent se permettre de construire là bas. Par rapport aux autres dossiers, là aussi il faut toujours aller avec doigté et avec persévérance tout en ayant à l’idée de rendre à Cesar ce qui appartient à Cesar en faisant preuve de lucidité et dans le respect des règles de droit. »
Elhadj Bamba Camara, S/G de FSPE
« Le bilan est maigre mais nous l’apprécions… »
« Je pense que Dadis est venu avec une lueur d’espoir. Parce que pour nous il ne fera pas comme l’ont fait ses devanciers. ‘’Nous sommes venus au pouvoir pauvres, lorsque vous nous verrez dans des voitures climatisées, dans de belles villas c’est qu’on aura volé», nous disait-on. Dadis n’épousera pas un tel rythme. Nous avons grand espoir qu’il va nous aider, nous enseignants, qui avions prôné le changement. A un moment donné, on disait que les enseignants abusent parce qu’ils ont les élèves de leur côté. Pourtant nous, dans nos grèves, on demande toujours aux enseignants de rester à la maison. On n’a entraîné personne dans la rue. Le bilan de Dadis pour le moment, nous l’apprécions, parce qu’il s’attaque aujourd’hui à des choses auxquelles on n’osait s’attaquer. Le narcotrafic là, on savait, et on l’a dénoncé. Quand un jour, ils sont venus nous attaquer à la bourse de travail, les gens ont nié. Nous avons vu des militaires Bissau Guinéens ici, ils nous ont agressés. La langue qu’ils parlaient n’était pas la nôtre. Et nous avons vu aux escaliers de la bourse de travail des narcotrafiquants dont la tête de file est un certain capitaine qui se trouve aujourd’hui au gnouf. Quand il montait les escaliers, un lieutenant qui était derrière lui, lui a dit : « mon capitaine cette maison est sacrée, on ne doit pas la violer ». Comme réponse, le capitaine lui administra une gifle. Et vint briser nos portes, nous prendre et jeter dans des camionnettes comme des sacs d’arachides. Dadis est venu dans cette atmosphère, et a dit qu’il va corriger cela, un fait qu’il commencé déjà. Il s’attaque aux narcotrafiquants, nous ne pouvons qu’être contents. Le banditisme, il en a parlé. Ça continue et persiste encore, mais il doit s’attaquer sérieusement à ce fléau pour permettre à nos élèves d’aller la nuit réviser à l’aéroport, où il y a de la lumière. Parce qu’en ce moment, quand ils vont pour étudier ils sont arraisonnés par des bandits, mis dans des voitures pour une destination inconnue. Vous avez vu le cas de cette jeune fille qui allait à la révision, on l’arraisonne et elle se retrouve dans un lieu qu’elle ne connaissait pas. Mais Dadis a dit qu’il va lutter contre ce grand fléau. Alors nous, nous sommes satisfaits. Certains ne veulent pas qu’on en parle, or l’histoire est têtue. Au temps du PDG, quand moi je venais en vacance à Conakry, je logeais chez mon oncle à Dixinn. Et à la fin des vacances, je prenais mon sac et quittais le domicile seul entre 2 heures et 3 heures du matin pour la gare routière de Madina. Mais jamais je n’ai été inquiété. C’est pour vous dire qu’il y avait la sécurité à tous les niveaux. Il faut donc que cette sécurité revienne. Qu’on arrête les bandits et qu’ils soient punis. Comme l’a dit le président, qui tue doit être tué. Œil pour œil, dent pour dent. La démocratie c’est bon, mais pas dans tous les volets. Les bandits font exprès, ils décapitent les gens. Et lorsqu’on les prend, il y a des gens qui se lèvent au nom de la démocratie ou du droit de l’homme pour demander qu’ils soient jugés. Alors qu’ils savent que ces gens ont tué, pourquoi ne pas les tuer eux aussi? Dadis est sur cette voie. Donc pour nous, ce bilan est maigre, mais on l’apprécie. Parce qu’il est en train de lutter contre des choses qui nous mettaient dans le carcan de l’incertitude, de la débandade. Et voilà qu’il y a aujourd’hui une lueur d’espoir. Nous trouvons donc son bilan à mi parcours globalement positif. Mais il faudrait que l’allure continue. Puisque ce bilan n’est que provisoire, donc on attend de voir. Nous nous sommes des enseignants et pas des démagogues. »
Fodé M. Kéïra, président du directoire du PNG
« Le bilan de Dadis est globalement positif »
« Je vous remercie pour ce travail que vous faites. Pour faire le bilan de cent jours d’un chef d’Etat, ce n’est pas chose facile. De toutes les façons, je voudrais qu’on retienne certains aspects de la gestion politique du président Dadis et ce depuis le 23 décembre 2008. Je pense que nous pouvons qualifier le président Dadis d’un grand patriote. Deuxièmement, nous pouvons dire que c’est un homme volontaire et qui est de très bonne foi par rapport à l’avenir de la Guinée. Nous disons que les actions qu’il est entrain de poser par rapport aux actes d’Etat, notamment par rapport au nettoyage du pays face aux narcotrafiquants est extrêmement important. Il est entrain de redorer l’image de notre pays. Il est entrain de nous indiquer comment bannir la corruption de notre société et aussi le détournement des deniers publics et ce à l’avantage des populations guinéennes. Nous pensons donc que pour ses cent jours, le bilan est positif. Il est globalement positif. Nous disons que tout ceci se passe dans la quiétude et la paix du cœur de tous les Guinéens. Nous voudrons que tout se passe aussi dans le cadre d’un climat de réconciliation nationale. »
Propos recueillis par Aly Badara Condé & Samory Keita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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