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Serait-il possible qu'une guerre éclate en Guinée accidentellement ? Les chefs et leurs multiples conseillers militaires et civils vont-ils un jour, en sous-estimant les risques, causer la mort de milliers de personnes ?
Nous l'ignorons. Ce que nous savons, en revanche, c'est qu'une telle chose s'est déjà produite. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil et l'humain se caractérise justement par la répétition des mêmes absurdités.
A chaque événement difficile, une superposition du passé sur le présent s'impose et des pourquoi, comment et par qui sont nécessaires.
Il y a de cela 100 ans, les dirigeants européens ont précipité leurs pays dans la grande Guerre appelée mondiale. Ils n'avaient alors aucune idée de toutes les atrocités à venir. Revenons sur les événements clés qui ont conduit à cet épouvantable massacre.
Aucun chef d'État ne souhaitait une guerre de grande ampleur, a écrit l'historien Alan Taylor, pas plus qu'aujourd'hui les nôtres disent la souhaiter, mais à l'époque, tous se voulaient menaçants et tous entendaient avoir le dernier mot. Le tsar de Russie estimait que tous les efforts devaient être tentés pour préserver la paix. Il ne souhaitait pas être responsable d'un massacre monstrueux. Pourtant, le 28 juin 1914, à 11 h 15, deux coups de feu fatidiques allaient tout faire basculer.
Deux coups de feu qui ont changé le monde. Nous n'allons pas nous étaler sur les détails que les historiens nous ont déjà relatés, nous soulignerons toutefois le schéma naturel qui a souvent entraîné toute guerre :
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Les fréquents et multiples abus d'une minorité puissante, créant ainsi une irritation dans un climat extrêmement tendu, de vieilles rivalités entre des poignées de sociétés qui œuvrent et complotent, voilà un contexte propice à la guerre.
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Un autre contexte propice, est cette majorité de chefs guinéens comme en 1914, qui a cultivé une vision romantique de la guerre, ils ont beau se réclamer d'une religion ou d'une ethnie, pour eux la confrontation est bénéfique noble et glorieuse. Par elle seule se laveraient les affronts. Certains sont même convaincus qu'elle renforcerait l'unité nationale et revigorerait la nation - une souveraineté nationale chatouilleuse comme l'appelle mon frère Ourouro Bah. Souvenez-vous seulement qu'eux ne vont pas sur le terrain du conflit, ils se réconcilient sur les cadavres des autres dans des hôtels luxueux en Suisse ou ailleurs.
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Un contexte propice de plus, ce sont ces militaires qui assurent leurs dirigeants que le conflit ne serait qu'une simple formalité comme le disaient les généraux de 1914: En deux semaines nous balaierons la France. Personne n'imaginait que des millions d'hommes allaient s'enliser dans une guerre des tranchées pour plusieurs années.
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Par ailleurs, une vague de nationalisme exacerbé - chatouilleuse - précède souvent la guerre, elle déferle sur le peuple: les écoles, les universités, les personnalités politiques, la presse… participent tous à cette entreprise de mythification et d'autocélébration.
Les autorités religieuses n'ont pas fait grand-chose pour corriger cette mentalité détestable à l'époque, pas plus qu'elle ne le fera aujourd'hui. Les alliances des pays puissants, censées prévenir une guerre de grande ampleur, contribuent souvent à son déclenchement. Comment ? Les intérêts de chacun étant étroitement liés à celui des autres - c'est la coopération au milieu du chaos.
Même après une enquête officielle qui apportera une preuve permettant, en ce qui concerne les assassinats et viols collectifs, d'incriminer la junte, quelques personnes sont résolues à mettre un terme à toute opposition. Ils tiennent à donner une leçon aux agitateurs comme ils le disent.
Soucieux d'apaiser les tensions, la force africaine travaille à l'élaboration d'un compromis. Une liste d'exigences qui a valeur d'ultimatum est adressée à la junte. Acceptera-t-elle la totalité ? L'histoire nous le dira.
On observe néanmoins encore quelques tentatives pour empêcher le conflit qui s'inscrit à l'actif de la diaspora guinéenne, contrairement au silence coupable des cadres de l'intérieur. C'est le moment de louer leurs effort car, ces personnes ont tous déjà trimés et se sont fait une place sous le ciel de l'occident, ils n'attendent plus un os qu'on leur jette de la Guinée. A un moment aussi crucial, celui qui ne participe pas à la cohésion est à blâmer.
Les solutions proposées entre autre sont:
La bonne logique voudrait que l'on bâtisse toutes ces propositions sur un fondement en béton durable, c'est pour cela que j'opterai en priorité pour la conférence nationale où l'on pratiquerait un catharsis collective- Ourouro Bah- afin de faire le point sur les crimes tabous, les méfaits reconnus pardonnés ou punis avec la loi.
J'ai toujours soutenu que le monde est un tombeau de puanteur et qu'en ouvrant nos vieux dossiers qui renferment nos manquements, nos faiblesses et nos douleurs, déjà archivés, pour les trier et les exposer, ça risque de sentir mauvais et empester tout le monde. Mais la ligne blanche de la déconfiture est franchie, les tiroirs pleins d'archives pourris a explosé à la face du monde au stade du 28 septembre. Cet événement n'est que la goutte d'eau qui a échappé à tout contrôle. Hommes d'État, généraux ou civils se trouvent aujourd'hui dépassés par la grandeur même des actes qui se sont produits et qui ne sont qu'une suite logique de ce qui s'est toujours tramé à l'ombre depuis longtemps. La confusion contribue à activer le conflit car trop d'événements surgissent trop vite dans trop d'endroits à la fois. Il ne nous reste plus qu'à nettoyer et rebâtir mais nettoyer d'abord et proprement.
La plupart des frustrations viennent du fait que les choses n'ont jamais été remises en ordre en Guinée, et ce, depuis la colonisation, nous avons longtemps fait semblant de croire que la Guinée est une famille - il n y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre - ce slogan arrange tout le monde et on s'abrite derrière cette façade en paille pour brimer. Celui qui brime, puissant, côtoie le brimé résigné et on clame: nous sommes une famille.
La plus grande offense que l'on puisse faire à un humain, écrit C. Pavese, c'est de nier qu'il souffre. Ce n'est pas la souffrance en elle-même qui plonge dans l'abîme celui ou celle qui l'a subie, c'est la négation de cette souffrance par autrui, la minimisation ou le refus de prendre acte de cette souffrance. Et des souffrances, il y en a eu. Et des abus, il y en a eu. Dans une négation et indifférence totales.
C'est ce qui met en cause tout les Guinéens témoins du mal subi, engage notre responsabilité sur le regard que nous avons posé sur le mal, nos glissements d'une situation de spectateurs à une situation d'acteurs, d'une situation de hisseurs à une situation de scieurs - hisser haut et scier le tronc - selon la position que nous occupons au moment de l'événement. Le mal que nous avons subi et le mal que nous avons reproduit sur autrui fait de nous tous des coupables. Cela aussi est à arranger.
La priorité n'est pas de remplacer le chat par le tigre - tous des félins - tant que les choses ne sont pas remises en ordre, peu importe celui qui sera là, l'enthousiasme ne sera que de courte durée. Il ne faut surtout pas se fier à cette utopie qu'on appelle sortie de crise.
« REMETTRE LES CHOSES EN ORDRE » ce n'est pas moi qui le dit.es lectures agaces certainement, comme ce jeune qui m'a écrit que si je n'avait pas mieux à faire que de lire des livres, mais je ne peux m'empêcher de revenir à la relation entre Dieu et le peuple d'Israël quand il lui dit:
Vos péchés, je les rétribuerai sur 5 générations, mais revenez vers moi et remettons les choses en ordre, aussi nombreux soient-ils, je les effacerai.
S'il y a une seule chose que Dieu lui-même ne ferait pas, dit v. Jankélévitch : c'est faire que les choses faites n'aient jamais été faites. Les choses étant alors faites, remettons les en ordre, n'ayons pas peur ni honte de les reconnaître, le pardon et la réconciliation suivront naturellement puisque nous sommes une FAMILLE.
Il ne faudrait cependant pas se leurrer, la réconciliation ne se fera pas forcement sur un simple commandement, elle passe souvent par différentes étape: la colère, la révolte, les dérapages, la violence verbale… car on ne peut obliger à pardonner. C'est pourquoi la loi du talion à été décrétée, elle est en fait un appel au pardon et à la réconciliation. Mais elle fait ressortir pour l'Assassin, la valeur sacrée de la vie et implore la miséricorde de la victime. Le simple fait de donner raison à une victime atténue son désir de vengeance.
Le pardon étant l'expression de la plus folle liberté, comment naîtrait-il de la contrainte ? dit Lytta Basset. Il s'agit au contraire de canaliser autrement toute la force d'affirmation de soi qui s'est concentrée dans le désir de vengeance et qui s'est trouvée consolidée par le droit moral, social ou légal de se venger. C'est de cette force intérieure qu'il faut partir, au lieu de l'ignorer ou de la condamner. En interdire la prise de conscience revient à enfermer l'être offensé dans l'impuissance radicale où il était plongé quand il subissait l'offense.
J'invite et encourage donc toutes les bonnes volontés qui s'investissent sur le net à la tolérance dans la diversité des opinions pour la primauté de l'intérêt national et à évoluer dans le sens d'une recherche de propositions salutaires. PAIX ET RECONCILIAION - rien ne dit qu'elles seront retenues mais vous aurez au moins essayé. J'en appelle à la longue expérience de frère Doré, c'est la meilleure école, aux administrateurs des sites, au juriste Makanera, les sociologues Bally de yimberin, aux économistes Fofana et autres, aux médecins Modibo et Thierno, à Jacques Kourouma, Ourouro, qui a fait l'état des lieux, on ne peut mieux, même à sot Laafa, aux femmes: Dr Rabi Youla, Marie- Josée, Mme Baud… Je ne peux citer individuellement mais à tous sans exception, mes remerciements sincères.
A vos plumes
Aissatou Barry Nene Aye, Suisse
www.guineeactu.com
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