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La primature semble être devenue un purgatoire pour son locataire dont la nomination, il y a seulement sept mois, avait été perçue par de nombreux citoyens comme une violation des accords tripartites. Le départ de Kouyaté qui se justifie moins par un manque de résultats que par la décision du chef de l’Etat de récupérer la parcelle de pouvoir que la volonté populaire, unanimement exprimée, lui avait arrachée pour en faire des prérogatives du nouveau chef du gouvernement, devait conduire à la nomination d’un homme exempt de tout soupçon et capable de combler le vide ainsi créé pour mieux engloutir les fameux accords tripartites. Cependant, le président Conté n’était pas disposé à faire appel à un haut cadre qui lui contesterait son pouvoir ou, tout au moins, se livrerait à revendiquer des prérogatives particulières susceptibles de nuire à ce que la loi fondamentale lui reconnaît de fait.
Aussi, repêcher dans les réserves d’anciens ministres tout dévoués, était préférable à toute aventure dans le camp des inconsolables, ces opposants politiques dont certains se livraient déjà à des prières pour se voir proposer quelques strapontins au sein du futur gouvernement.
Faute de mieux, Souaré sera retenu, malgré son dépliant touristique assez fourni au sein de la précédente équipe décriée dont il fut un membre effacé. C’était suffisant pour tenter l’épreuve. Le portrait-robot du futur premier ministre ne pouvait mieux tomber. En effet, le président Conté avait besoin d’un homme qui, sans faire l’unanimité, manquerait, en plus, de charisme pour nourrir d’autres ambitions que celles que son employeur lui susciterait à travers les charges qui seront les siennes. Un certain compromis que les syndicalistes, fatigués d’une lutte sans issue- qu’ils ont d’ailleurs perdue- accepteront avec fair-play. Modestement, Souaré regagnera la primature, non sans enthousiasme, malgré tout. L’on n’a beau cacher ses larmes de joie, l’émotion dans la voix ne saurait l’être. Souaré remerciera le chef de l’Etat avec émotion, c’est la tradition, avant de promettre de s’engager à poursuivre le processus de changement enclenché qui, de son point de vue, répond à la volonté des guinéens. L’entrée en scène sera parfaite. Les Guinéens sont tolérants. Cependant, en lieu et place de la fanfare, pour accompagner le premier ministre dans sa nouvelle entreprise périlleuse, ce sont des coups de fusil qui lui rappelleront les préalables à honorer. Aujourd’hui, Souaré est confronté à un blocage qui ne dit pas son nom, du fait de la réduction progressive de sa marge de détente.
Ce qui frappe dans sa démission, face au processus de changement, c’est le silence absolu sur les grands dossiers sensibles que Kouyaté a eu le courage d’ouvrir et même de soumettre à des études.
La dernière épreuve, c’est comment sortir de la scène sans traîner des casseroles.
Thierno Dayèdio Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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