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Si le dépôt de la gerbe de fleurs par la Première dame de la République est considéré comme une sorte de déni d’Etat, il n’en constitue pas moins un camouflet infligé au Premier ministre, au Président de l’Assemblée nationale et au Président de la Cour Suprême. Des personnalités qui, apparemment, peinent à incarner pleinement la place de leurs institutions respectives au sein de l’Etat. La cérémonie consacrée au dépôt de la gerbe de fleurs à la Place des martyrs, le 2 octobre dernier, a enfilé les fautes comme des perles. L’opinion s’est certes scandalisée du manque de finesse avec lequel les sept chefs d’Etat ont été traités au dépôt de la gerbe de fleurs. Mais, le pire pour la République s’est produit au niveau du dépôt de la gerbe de fleurs lui-même. La Première dame de la République Mme Henriette Conté s’en est chargée en personne. Snobant ainsi les vrais représentants de l’Etat guinéen en l’occurrence le Premier ministre, le Président de l’Assemblée nationale et le Président de la Cour Suprême. Nul doute que la Première dame impressionne positivement nombre de ses compatriotes. Mais sur ce coup, ces derniers pensent que c’était lui faire trop d’honneurs que de lui confier cet acte pour la raison bien simple qu’elle n’occupe aucune place dans la charpente étatique. Qui l’a donc commise à cette tâche ? Difficile à répondre et à digérer à la fois. Car, on a beau vouloir combler le vide que provoque l’absence de son mari à cette cérémonie, la République aurait gagné à en réserver l’honneur à l’un des représentants légaux et légitimes de l’Etat guinéen. Quand de surcroît, ce spectacle qui confirme notre statut de République bananière se déroule sous les regards hébétés de sept chefs d’Etat voisins! Une chose est sure. Abdoulaye Wade et autres ne finiront pas d’en rire sous cape. Que de dommages causés à la République ! Cependant, le fait que la 1ère Dame occupe l’avant scène du Cinquantenaire et empiète ainsi sur le terrain des personnalités de l’Etat n’est pas fortuit. Il faut se résoudre à admettre, non sans douleur, que les trois occupants des postes cités plus hauts ne pèsent presque pas lourd dans la balance. Le Premier ministre Dr Ahmed Tidiane Souaré, le Président de l’Assemblée El Hadj Aboubacar Somparé et le Président de la Cour Suprême Me Lamine Sidimé, n’ont quasiment jamais réellement joué les rôles qui sont les leur vis-à-vis de la République. Subséquemment, la dimension de leurs personnalités a été réduite à sa plus petite expression. Pour sûr, comme le soutiennent d’ailleurs certains observateurs, si Lansana Kouyaté était encore aux affaires, l’honneur lui aurait échu de déposer cette gerbe de fleurs. Ainsi, le Premier ministre du gouvernement dit de ‘’large ouverture’’ ne doit pas être contrarié par le fait que la Première Dame leur brûle la politesse. Son choix à ce poste en remplacement d’un Lansana Kouyaté embrasse-tout, obéît à son aptitude à encaisser les coups. Ahmed Tidiane Souaré est donc une sorte d’agneau qui a l’art d’adopter le profil bas. D’autant qu’il est fragilisé par les rumeurs folles qui abrègent son séjour à la Primature. Et dire que l’appui de Madame Henriette Conté pourrait l’aider à déjouer les pronostics. Quant à El Hadj Aboubacar Somparé, la liste des incartades qu’on lui attribue est longue. Il faut certes reconnaître que l’homme célèbre par ses discours très critiques sur la situation du pays qu’il sait éloquemment décrire. Mais en termes de griefs, l’un de ses derniers exploits fait état de son rôle dans la collecte des pièces (fausses ?) à conviction ayant amené le chef d’Etat à limoger l’ex Premier ministre Lansana Kouyaté. A travers le rapport du parlement sur le crédit revolving de la BNP Paribas qui épingle (à tort disent certains) la gestion de Kouyaté. Accompagné de quelques députés connus pour leur hostilité au prédécesseur de Souaré, le Président de l’Assemblée nationale y aurait dit pis que perdre de Lansana Kouyaté. En effet, les dossiers manifestes de corruption et de détournements de deniers ne manquent pas en Guinée. Pourquoi, le parlement ne s’en est jamais saisi? L’intérêt porté sur le dossier BNP Paribas cacherait bien d’intrigues politiques. Par ailleurs, il y a ses prises de position au nom de l’institution parlementaire selon la direction qu’indique la girouette de ses intérêts personnels. Rappelez-vous sa condamnation de la tentative de kidnapping manqué de Mamadou Sylla au Km 36 sous Fodé Bangoura. A l’époque, tout baignait comme dans la margarine entre lui et le richissime homme d’affaires de Dixinn Bora. Quelques temps après, il traitera ce dernier de tous les noms d’oiseaux suite à la tentative de prise de contrôle du PUP par Mamadou Sylla. Ces faits et d’autres ont eu pour conséquence de désagréger considérablement l’influence de la personne de président de l’Assemblée nationale et le poids de l’institution parlementaire même. Car, sous l’impulsion d’El Hadj Aboubacar Somparé, la majorité des Guinéens attendent de l’Assemblée nationale, l’acte courageux et historique qui consiste à enclencher la procédure de la vacance du pouvoir. Mais, sur cette question, Somparé a toujours botté en touche. Toute chose qui pousse certains observateurs à dire que le président de l’Assemblée nationale n’a eu que ce qu’il méritait. Même si d’autres pensent que Somparé est victime du fait que le chef de l’Etat ne l’ait jamais porté dans son cœur. En tout cas, on aura vu le patron du parlement guinéen, peut-être en signe de déception, renvoyer le journaliste de la RTG qui lui avait tendu le micro après le dépôt de la gerbe de fleurs. Notre troisième sujet de préoccupation, le Président de la Cour suprême Me Lamine Sidimé ne ferait pas mieux. Au point que certains trouvent les deux premiers nommés plus agressifs que lui. Rappelez-vous les cinq (5) ans qu’il a passés à la Primature et, qui sont considérés comme la période ayant généré la crise économico-financière que traverse la Guinée actuellement. Ce fut le printemps de la mauvaise gouvernance pour ne pas dire la gouvernance prédatrice. C’est encore lui qui est accusé d’avoir contribué à doter la Guinée d’une Constitution taillée sur la mesure du président Conté. En sa qualité de constitutionnaliste chargé de cornaquer la rédaction de la Loi fondamentale. Si on peut douter de l’audace de d’El Hadj Aboubacar Somparé de mettre en mouvement la procédure de constatation de la vacance du pouvoir, il faut admettre également que Sidimé n’aura pas la témérité de s’engager dans cette démarche suicidaire. Comme on le voit, la République a pris un coup dur le 2 octobre dernier à la Place des Martyrs à cause du dépôt de la gerbe de fleurs par la Première Dame. Mais Souaré, Somparé et Sidimé semblent avoir mérité ce camouflet. « Tel on fait son lit tel on dort. » Dit l’adage. Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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