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Nous voulons vous entretenir de l’actualité récente de l’Afrique avec les élections présidentielles au Ghana.
La démocratie est-elle incompatible avec les réalités du vieux continent, ou encore, l’Afrique noire est-elle mûre pour la démocratie ?
Pour pouvoir répondre à cette interrogation, nous essayerons tout d’abord de voir en détails le long cheminement démocratique de ce pays. Ensuite, nous verrons s’il y a eu des précédents en Afrique avant le Ghana, et enfin, nous tirerons quelques leçons pour l’avenir des pays Africains.
Après la chute du mur de Berlin en 1989, un vent de volonté de changement souffla sur le continent Africain tout entier. C’est ainsi qu’on assista aux différentes conférences nationales, notamment au Bénin sous Mathieu Kérékou, au Congo Brazzaville sous Denis Sassou, en Côte d’Ivoire, etc.
A partir de 1990, le multipartisme intégral devint un phénomène admis dans la plupart des pays Africains, exceptés quelques pays encore réticents. Souvent, c’était pour la forme, car les résultats des consultations étaient connus d’avance.
A la conférence de La Baule, François Mitterrand fit comprendre au pré carré, que le temps était arrivé, où il fallait « démocratiser » ces pays.
Ainsi, la Guinée adopta le multipartisme en 1990 dans la même foulée
C’est, contraints et forcés que la plupart des pays Africains adoptèrent la marche vers une certaine libéralisation de la vie politique. C’était l’époque des coups d’Etat à répétition, et comme moyen d’accès obligé au pouvoir.
Au Ghana (Gold Coast), après une série de coups d’Etat, le Capitaine Jerry John Rawlings prit donc le pouvoir, pour arrêter la « descente aux enfers » de son pays. Malgré une dotation du sol et du sous-sol, l’économie était au plus bas et l’inflation battait des records de glissement. Il fit adopter une nouvelle constitution limitant à deux, les mandats présidentiels ( quatre ans chacun ).
Après deux mandats successifs, et au fait de sa puissance au pouvoir, après la remise sur pied de son pays, il ne se laissa pas aller à la modification des textes pour pouvoir se représenter une troisième fois. Des élections furent organisées entre différents concurrents dont son dauphin, John Atta Mills et John Kufuor.
Ce dernier remporta les élections présidentielles contre J.A. Mills. Le pouvoir venait d’être remporté par le candidat de l’opposition, après des élections libres transparentes et équitables.
J. Kufuor a exercé deux mandats successifs de quatre ans, depuis l’an 2000.
Le Ghana, aujourd’hui, fait partie des pays à économie intermédiaire en Afrique, avec une croissance soutenue et des progrès dans les domaines socio-éducatifs, sanitaire, etc.
Lui non plus, n’a pas tripatouillé la Constitution à des fins personnelles.
Une remarque importante, le Président de la commission électorale est en place depuis une dizaine d’années, depuis la gouvernance de Rawlings. Cela ne l’a pas empêché de faire son travail, avec une haute idée de sa fonction, et de déclarer élu, celui qui avait réellement gagné les élections.
Il y a dans ce pays un enracinement démocratique évident, qui vient encore de se manifester.
Ya-t-il eu des précédents d’alternance politique en Afrique, par la voie des urnes ?
Au risque de surprendre beaucoup de lecteurs, nous dirons qu’il y en a eu dans plusieurs pays africains, notamment :
· Au Bénin entre Kérékou et Soglo, et Kérékou de nouveau, avant l’arrivée de Yayi Boni.
· Au Niger.
· Au Mali entre Ahmadou Toumani Touré (A.T.T.) et Alpha Oumar Konaré, et entre ce dernier et A.T.T de nouveau.
· Au Sénégal entre Abdou Diouf et Abdoulaye Wade.
· A Sao Tomé et Principé.
· Au Botswana et en Namibie, etc.
Nous rappellerons une phrase de l’ancien Président français, Jacques Chirac, dans les années quatre vingt, affirmant que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie. Les faits comme relatés ci-dessus, infirment cette assertion.
Que pouvons-nous retenir, comme leçons pour l’avenir, de ces élections au Ghana ?
Une volonté politique sincère et bien chevillée au corps, doit être à la base de tout changement de cet ordre. Ce fut le cas chez J.J.Rawlings. Les acteurs politiques sont les premiers qui doivent établir et intérioriser des règles du jeu, qui commencent par s’appliquer à eux-mêmes. C’est le cas de Rawlings, Kufuor, Atta Mills, et surtout, du président de la Commission électorale.
Des élections libres, transparentes et équitables sont possibles à organiser.
Les populations africaines sont prêtes et mûres pour des changements pacifiques à la tête de nos pays.
Il n’y a pas de honte à perdre une élection. Cela doit plutôt constituer un moyen de mieux faire la prochaine fois.
La persévérance doit être le seul moyen de parvenir au changement. Ce fût le cas de Atta Mills, qui y est arrivé, au bout de la troisième tentative.
Le perdant doit reconnaitre sa défaite et féliciter le gagnant. Ce dernier ne doit pas humilier son adversaire, mais plutôt, considérer son mandat comme un moyen d’accomplir la mission que lui a confiée les électeurs.
Les pays Africains ne sont pas condamnés à végéter sous des régimes dictatoriaux, et le refus de l’alternance ne constitue pas une fatalité.
En conclusion, nous notons l’exemplarité de ces consultations, ainsi que celui de la vie démocratique au Ghana.
Nous souhaitons que (sauf exception et quand les institutions sont bloquées, comme ce fut le cas en Guinée), les coups d’Etat n’aient plus cours sur le continent.
Et quand ils se produisent, que le retour à un régime normal, et le plus vite possible, soit la préoccupation principale des nouvelles autorités (comme le Président A.T.T l’a fait au Mali).
Que les autres pays Africains s’inspirent de l’exemple Ghanéen, pour que les régimes d’exception soient une espèce en voie de disparition.
Aboubacar Fofana Président du Club DLG pour www.guineeactu.com
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