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J'ai toujours crié haut et fort que dans une nation où la justice reste sous la tutelle du trafic d'influence, la paix devient automatiquement rare et chère. Aujourd'hui, nous sommes en phase de payer les impostures et les lacunes du passé. Ce qu'il faut reconnaitre, ce pays est parti du mauvais pied depuis les premiers jours de notre indépendance. Je m'excuse fort de bien vouloir orienter mon analyse sur ce passé entaché d'erreurs et de cruautés qui se sont pérennisés sur tout le long du parcours de nos élites jusqu’à nos jours. C'est pourquoi, pour trouver une meilleure solution à cette plaie incurable, il va falloir camper notre pays avec tous les impacts et bavures détaillant l'épopée des carnages qui ont endeuillé des milliers de familles en Guinée. Il est grand temps que nous soyons du côté de la vérité pour endiguer ces incohérences qui continuent à perturber l'évolution de cette Guinée meurtrie depuis 50 ans. Le fait de situer le mal qui a engendré la perpétuité de toutes ces confusions socio-politico-économiques que nous vivons aujourd'hui, ne résoudra pas définitivement nos problèmes. Mais il nous permettra certainement de centrer nos efforts pour pallier au pire. Car, l'abus du pouvoir et l'injustice sociale qui constituaient l'arme absolue de la révolution contre cette population, traduisaient le manque de débats et des suggestions sur la scène politique à cause du premier jalon posé par le système radical en place. Qui d'ailleurs a servi de preuve aux yeux des grands observateurs que le pouvoir en Afrique est résolument une chasse gardée. Pour édifier notre pays dans un décor attrayant à l'image des autres nations qui émergent, donnons-nous une raison d'ETRE pour lutter contre l'ethnocentrisme qui est le seul vecteur qui fragmente les paramètres du développement social d'une nation. Osons reconnaitre les faits sans laxisme pour dénoncer les exactions qui ont contribué à la destruction de toutes les structure socio économiques de base de notre pays (l'irresponsabilité, le mensonge, la corruption, l'impunité et l'ethnocentrisme) ont sans doute été le socle de l'immobilisme et des divergences qui continuent à gangréner l'émergence des conflits fratricides sous forme d'égoïsme teinté de haine et de délation contre les grandes sensibilités de cette nation. Sous la première république, les Guinéens ont été initiés à la danse et à la musique et non à la politique. C'est peut-être l'un des facteurs essentiels qui explique l'incompétence assortie d'immaturité de cette classe politique guinéenne déchirée par le tribalisme et l'égoïsme sur toutes les formes d'attribution. Se voir obligatoirement membre d'un parti unique (PDG) de 1958 à 1984, n'a guère permis aux Guinéens d'élargir leurs connaissances sur ce terrain déjà miné par l'injustice sociale, la corruption et l'autorité abusive sur tous les plans. Alors pour garantir et sécuriser les actions pour la réconciliation nationale, évitons de modifier l'histoire de notre pays. Cars entre Sékou Touré et son peuple il y avait un chainon manquant. C'est pour dire simplement que le poids de son régime autoritaire a littéralement aminci le rendement de la jeunesse dans certaines structures d'investissement pour le développement social. Se battre pour obtenir l'indépendance pour le bien être de sa nation est une bonne chose, mais priver cette nation de cette liberté en est une. C'est pourquoi nous devons comprendre que la Guinée aura toujours du mal à s'inscrire dans le concert des pays épris de cette notion universelle de bâtir sans barrière entre les ethnies, et sans trinquer impunément dans le sang des innocents. Ahmed Sékou Touré a été tout bois tout feu. Cette grande rhétorique qui n'a jamais caressé dans le sens du poil en s'adressant à son peuple, avait toutes les stratégies pour justifier ses bavures à travers des arguments à la fois soporifiques et corrosifs pour se disculper de ce qu'on lui reprochait. Avec une toile de fond enrichie d'autarcie et de beaux discours à travers lesquels il crée ses ennemis pour les tuer sans état d'âme en affichant son image de victime. Pour consolider son pouvoir, il met en exergue le système de diviser pour régner non seulement entre les garnisons militaires du pays, mais aussi entre les institutions et l'ensemble des couches sociales. La preuve en 1971 une année après l'agression du 22 novembre, il a bénéficié du MEA CULPA des officiers supérieurs au palais du peuple, qui ont juré devant tout un peuple de ne plus trahir la nation. Alors que Sékou Touré dans sa propre illusion prémonitoire n'avait confiance en personne. Et pour se mettre à l'abri de toutes ces escalades militaires qui ont failli ébranler son pouvoir, il n'a pas trouvé mieux que de déconnecter cette armée guinéenne du système universel. Pour se maintenir dans la position de force, il crée des structures à caractère autonome en faisant de chaque camp un comité d'unité militaire (CUM) élargie d'une dérogation permettant à chacune des composantes de contester des décisions émanant de la hiérarchie supérieure allant à l'encontre de la sûreté d'Etat. Histoire de voir clair dans les eaux troubles afin d'éviter les surprises désastreuses. Cette diversion politique bien que controversée a donné un moyen solide au président Sékou Touré d'installer autour de lui les grands officiers issus de son clan pour sécuriser ses vastes opérations de chasse à l'homme. Toujours est-il que pour la survie de son parti, il lui a fallu un sens de plus pour affaiblir systématiquement cette armée en créant les unités de substitutions (milice nationale et milice fédérale) pour relayer les militaires dans tous les domaines de défense et de sécurité. Bref ... Après avoir réussi à décongestionner ce bloc militaire, il va peser de tout son poids pour les grandes réformes avec pour objectif, l'équité sociale. C'est dans cette phase nébuleuse que le PARTI-ETAT est né avec un nouveau système déflationniste qui sera sans doute la pomme de discorde entre les citoyens du pays. Désormais, tout bon militant du parti (PDG) a le droit de dénoncer à la mairie ou à la milice fédérale toute personne qui semblerait être suspecte de mauvaise foi contre la révolution pour qu'elle soit arrêtée comme dissident ou contre- révolutionnaire. C'est le début des arrestations illicites et confiscations des biens matériels et immobiliers - dans le jargon, (saisie d’Etat) avec des condamnations suivies d'exécutions sommaires sous l'œil impuissant des parents des victimes. A mon avis, ce n'est pas à travers un coup d'éponge qu'on réussira à effacer ce passé sombre qui a causé tant de mal aux Guinéens qui fait qu'aujourd'hui le souvenir met en cause la crédibilité ou l'impartialité de nos dirigeants toujours disposés à étouffer les faits qu’on leur reproche. C'est pourquoi, soutenir l'idée de soustraire Sékou Touré de l'histoire de la Guinée serait une erreur. Vouloir mettre aussi l'échec de ce pays sur son dos en serait une. Car il n'est pas le seul porteur du virus. Il en reste ceux qui ont hérité ou réverbéré tout son système à l'occurrence certains dignitaires de l'époque qui continuent avec impudence a enfoncé le pays dans la grande indigence. C'est à cette limite du recul après sa mort en 1984 que le pays a été récupéré par le même comité d'unité militaire (CUM) dirigé par le général Lansana conté avec un engagement surdosé pour le redressement économique et politique du pays. D'où la nécessité de créer un gouvernement nommé comité militaire de redressement national (CMRN). C'est déjà un grand échec en perspective vu l'incompétence qui caractérise ces militaires de carrière qui n'ont jamais pratiqué la politique. Autant suggérer à un paysan d'opérer un malade à l'hôpital. Pour faire la différence entre ces deux hommes, c'est simple; Sékou Touré attire les intellectuels pour les consumer. Tandis que Lansana Conté les attire pour les humilier. Aussi, l'un (ST) justifie avec dextérité ses bavures, et l’autre (LC) reste et demeure dans un silence coupable pour télécharger toutes les malversations qui ternissent l'image de notre pays. Faut-il reconnaitre le pragmatisme de Sékou Touré comme facteur essentiel pour le maintien de notre économie en désapprouvant sans laxisme son successeur qui a mit à la disposition des prédateurs invétérés l'économie de tout un pays au détriment de la population ? A mon avis, mentir au peuple ne garantit pas l'avenir. Car le mensonge attire le malheur et engendre la discorde. Pour pallier à toute tractation politique, le seul moyen c'est de sortir tous ces dossiers entachés de sang classés top secret pour dire la vérité aux Guinéens afin de trouver un compromis. Peut-être que cela ne pourra guère cicatriser les plaies béantes, mais l'acte calmera certainement les douleurs. Entre le pouvoir de Sékou Touré et celui de Lansana Conté il y a de quoi enseigner à la postérité quant aux cris de l'un et le silence coupable de l'autre. Mes chers compatriotes, c'est dans cet état complètement épileptique que les Guinéens commencent à se réveiller pour situer les responsabilités ayant été à la base de cette antinomie qui continue à nous diviser. Pourtant, parmi ceux qui ont vécu la première république aucun ne doit s'étonner de l'état actuel de notre société. Aujourd'hui ce pays est gravement malade de sa mauvaise gouvernance et de sa gestion frauduleuse. S'il reste encore un peu d'espoir, ce sera peut être celui de voir Lansana Conté partir avec tout son clan à titre de cadeau symbolique qu'il puisse faire à sa nation qui traverse un moment déconcertant par sa faute. L'histoire d'un peuple est à l'image de ses dirigeants. Le peuple guinéen meurtri par les exactions de deux régimes successifs: l'un sanguinaire qui a socialement détruit le pays et l'autre l'a économiquement mis à genoux. L'éveil du peuple guinéen est certainement possible. Mais cela ne pourra se faire sans l'assumation de son passé et le rejet a jamais de tous les maux qui ont gangréné son évolution socio-politico-économique à savoir: l'ethnocentrisme, la corruption et l'impunité. C'est vrai que les contradictions sociales ont toujours animé l'évolution des sociétés. Et comme l'a dit Proudon "Ce ne sont pas les grandes nations qui forment les grands hommes mais ce sont les grands hommes qui forment les grandes nations". Bengaly Gassama pour www.guineeactu.com
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