jeudi 7 août 2008
Démocrates, êtes-vous toujours séduits par le modèle mauritanien ?
Mamadou Oury Diallo

Alors que la Mauritanie était citée comme un exemple de pays africain en voie de démocratisation, réconfortant et donnant ainsi raison aux adeptes des coups d’Etat militaires, en ce 6 août 2008, moins d’un an et demi après l’élection présidentielle de début 2007, et seulement trois ans après le coup d’Etat militaire d’août 2005 qui renversait le président Maaouiya Ould Taya, nous assistons à un nouveau coup de force de l’armée dans la vie politique de ce pays.

Le président Sidi Cheick Abdallahi et son premier ministre Yahya Ould Waghf ont été arrêtés par les forces de la garde présidentielle dans la matinée de ce mercredi à Nouakchott. La principale cause de ce putch étant tout simplement la prise par le président de la république d’un décret nommant quelques nouveaux officiers au service de la garde présidentielle, de l’état-major national et la garde nationale. Les trois officiers remplacés ayant refusé d’obtempérer à l’ordre présidentiel, sont ainsi entrés en rébellion contre l’ordre constitutionnel.

Cela suffira-t-il à convaincre nos adeptes et fanatiques des coups d’Etat militaires que le coup d’Etat comme moyen d’alternance politique est une option suicidaire à ne jamais entreprendre, car cela n’est que synonyme de notre plus grande démission face à la lutte démocratique en Guinée ?

Cela suffira-t-il à convaincre nos adeptes et fanatiques des coups d’Etat militaires que des forces armées partisanes dans une démocratie en devenir ne peuvent que fabriquer ce que nous appelons communément « la loi de la force » par opposition à « la loi de la majorité » ?

D’ailleurs, nos adeptes et fanatiques des coups d’Etat militaires devraient savoir qu’en démocratie, bien qu’il soit aussi question de force, mais il s’agit de savoir laquelle des forces doit prévaloir : Est-ce la force armée ? Est-ce la force économique ? Ou, est-ce la force de la majorité ? Le combat de démocrate, celui dont je me fais mission, est le combat pour que seule « la force de la majorité » prédomine dans la vie démocratique guinéenne.

Il est évident que cette voie est loin d’être celle de la facilité et de la résignation, il est évident que c’est une lutte à la limite utopique dans le contexte guinéen, mais c’est quand même une lutte noble qui mérite d’être menée pour l’intérêt de nos postérités et de la démocratie guinéenne. Les adeptes et fanatiques des coups d’Etat militaires doivent ainsi savoir que je fais personnellement partie de ceux qui pensent que l’heure de mener cette lutte a sonné en Guinée.

Cependant, j’avoue que l’attitude des adeptes et fanatiques des coups d’Etat militaires est compréhensible dans une certaine mesure car, même la classe politique guinéenne n’a jamais désavoué l’option du coup d’Etat militaire en Guinée pour, soi-disant, changer quelque chose. Changer peut-être de locataire et de titulaire, mais tant que le premier rôle sur le plan politique est abandonné à l’armée, il n’y aura aucun changement de régime et c’est encore la loi de la force qui prédominera en Guinée. Le cas de la Mauritanie nous démontre à suffisance que si vous venez au pouvoir par un coup d’Etat militaire, vous y resterez tant que vous ne toucherez pas aux privilèges et intérêts du coup d’Etat qui vous a amené au pouvoir ; et cela, même si vous avez été élu suite à une période d’alternance. C’est en cela que :

·         Je réaffirme ma ferme opposition à tout coup d’Etat militaire en Guinée ;

·        Je réitère mon engagement à « bâtir une force armée guinéenne apolitique, respectueuse des principes démocratiques et respectée dans sa mission » ;

·         Je confirme mon engagement et j’appuie toutes les forces qui croient et œuvrent pour une transition par la voie démocratique en Guinée.

Quant à l’armée guinéenne, elle a déjà commis des fautes impardonnables en Guinée, le moment venu, la justice guinéenne tranchera. Cependant, il serait important que l’armée guinéenne, plus particulièrement le Général Lansana Conté, sache que la misère qui sévit dans les casernes militaires n’est que la réalité de l’ensemble de la société guinéenne. Le plus important à comprendre est le fait que cette honteuse faillite économique de la Guinée est surtout imputable à une classe de kleptocrates (PUP-iste) qui vie et meure d’une administration médiocre qui est sur le point de s’ébranler.

Il n’aura jamais été autant opportun pour le Général Lansana Conté, durant toutes ses mandatures, d’assumer fortement son rôle de Chef des armées et d’abandonner définitivement son rôle de président du PUP. Le Général Lansana Conté a tout intérêt d’abandonner le PUP et de se placer définitivement au dessus des jeux politiques, car il apparaît clairement que si jamais les forces armées s’opposent encore une fois à la volonté populaire, alors nous basculerons irrémédiablement dans la décomposition totale de l’Etat et la guerre civile, avec ses cohortes de famine et de misère qui risquent d’être le quotidien du Guinéen.

Par ailleurs, il se trouve que la volonté populaire ne peut s’exprimer que par deux voies : soit par les urnes ou par la rue. En janvier 2007, l’armée guinéenne a eu un aperçu de l’expression populaire par la rue. Cependant, une opportunité inédite s’offre au Général Lansana Conté et à l’armée guinéenne, car il est prévu dans le cadre démocratique en Guinée des consultations électorales en décembre 2008 et en 2010. C’est à ce niveau que le démocrate que je suis, contrairement aux adeptes et fanatiques des coups d’Etat militaires, exhorte les forces armées guinéennes et le Général Lansana Conté à accepter la volonté populaire et à laisser la population sanctionner démocratiquement les PUPistes. C’est vraiment la toute dernière occasion pour le Général Lansana Conté de marquer son rôle d’arbitre et de tracer définitivement sa sortie honorable pour l’horizon 2010.

Encore une fois, pour les petits esprits qui penseront que c’est un sympathisant du Général Lansana Conté qu’ils sont entrain de lire, qu’ils sachent que, non seulement je ne suis pas de ceux qui pensent que l’armée n’a pas d’oreille, mais de plus, je crois qu’il est encore possible d’éviter à la Guinée et aux populations guinéennes les conséquences d’un affrontement entre armée et populations civiles, les conséquences d’une rébellions armées et les conséquences d’une guerre civile. Cela, parce que si jamais le Général Lansana Conté fait le choix du PUP, si jamais il laisse Aboubacar Somparé influer sur les échéances électorales et cautionne des consultations électorales irrégulières pour hisser artificiellement le PUP au sommet de la classe politique, certes je ne recommanderai pas un coup d’Etat militaire, mais je me porte déjà volontaire pour être parmi les artisans de ce soulèvement populaire qui emportera définitivement tout le régime militaire en Guinée, afin de jeter enfin les jalons d’une république dictée par la loi et d’un Etat démocratique de droit.

« Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c’est une idée dont
 l’heure est venue »
 
Victor Hugo

« Vive la voix de la jeunesse guinéenne, vive la lutte démocrate,
pour que vive la république de Guinée »

Mamadou Oury Diallo, Maroc
pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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