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Au regard de la situation qui prévaut actuellement dans le pays, l’on est en droit de se demander si certains cadres de l’administration publique n’ont pas fini par prendre la démission pour un acte de haute trahison. Quelques cas plus ou moins récents peuvent en témoigner éloquemment.
Pour le bon fonctionnement de l’administration publique, les autorités politiques procèdent, de temps à autre, à des nominations à des postes de responsabilité plus ou moins importants. En Guinée, comme dans tous les pays à régime présidentiel, le Premier ministre, les autres membres du gouvernement, les secrétaires généraux et les chefs de cabinet des différents départements ministériels sont nommés par un décret du Président de la République. Dans l’exercice de leurs fonctions, force est de reconnaître que ces hauts cadres peuvent rencontrer parfois d’énormes difficultés. Certains, par la suite, peuvent se montrer notoirement incompétents pour le poste. D’autres par contre, bien que compétents et expérimentés, n’ont pas toujours les mains totalement libres pour mener à bien leur mission, dans l’intérêt supérieur de la nation. Dans les deux cas, c’est la démission qui aurait pu et dû être la seule porte de sortie honorable. Mais pour des raisons que la Raison ignore, ces hauts cadres, dans leur écrasante majorité, se gardent de franchir le pas de la démission. Au lieu de rendre le tablier dans l’honneur et la dignité, ils préfèrent curieusement se cacher derrière le mur du ‘’patriotisme’’ pour continuer à être partie prenante de la gestion scandaleuse de la chose politique et économique. De 1958 à nos jours, rares sont les cadres guinéens qui, pour une raison ou une autre, ont eu le courage de démissionner de leurs postes. Feu Jean-Claude Diallo, Boubacar Yacine Diallo et François Louncény Fall font partie du petit cercle des cadres démissionnaires. Sous d’autres cieux, la démission est un acte de courage et de responsabilité. Quand un cadre, à un poste de responsabilité donné, est désavoué par son mandant ou ses administrés, il n’a d’autre choix que de démissionner. John Major, l’ancien Premier ministre britannique, pour justifier sa démission, a tenu ces propos on ne peut plus clairs : « Quand le peuple te désavoue, il faut partir ». Feu Léopold Sédar Senghor est entré également par la grande porte de l’Histoire en acceptant de démissionner de son enviable poste de Président de la République du Sénégal. Pour certains observateurs, le président-poète a dû peut-être céder à la pression de son épouse française qui lui conseillait invariablement ceci : « Retire-toi du pouvoir avant qu’on ne te le retire ». Pour bon nombre d’observateurs, les cadres guinéens, quoi qu’ils fassent et où qu’ils se trouvent, devraient garder à l’esprit que la démission est loin d’être une lâcheté. Lorsqu’on se rend compte que l’on est dans l’impossibilité de mener à bien sa mission, l’on ne devrait pas se faire prier longuement pour rendre le tablier. Dans ce cas, l’opinion retiendra de vous l’image d’un cadre responsable. Reste à savoir maintenant si cet appel sera entendu. Et surtout que l’on a la désagréable impression que certains Guinéens, curieusement, préfèrent de loin leur limogeage brutal à une démission dans l’honneur.
Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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