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Le président de l’Union démocratique de Guinée (UDG) et candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle fait de parler de lui à nouveau. Ce, depuis l’annonce de son retrait du Forum des Forces vives de Guinée, qui réunit des partis politiques, des centrales syndicales et des organisations de la Société civile, aujourd’hui opposé à la junte militaire guinéenne, le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement).
En effet, El Hadj Mamadou Sylla a animé un point de presse le lundi 30 novembre dernier pour expliquer aux médias les raisons qui l’ont poussé à quitter le navire des Forces Vives. Le principal argument de l’homme d’affaires de Dixinn Bora, entré en politique comme par effraction, reste sa non admission dans la salle des négociations interguinéennes ouvertes à Ouagadaougou, au Burkina Faso. Le président de l’UDG, à l’instar de plusieurs membres de ce forum, avait été recalé devant l’exigence du médiateur Blaise Compaoré. Le président burkinabé ayant imposé une short liste de 12 personnes à sa première rencontre avec les Forces vives, un nombre important de la quarantaine de délégués n’avait pas eu accès à la salle de discussions. Parmi eux, l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté du PEDN, Mouctar Diallo de NFD, Abé Sylla de NGR… Comme à son habitude, pourrait-on dire, El Hadj Mamadou Sylla en a piqué une colère noire, s’attaquant verbalement à certains ténors politiques des Forces vives.
Il en a d’ailleurs tiré gloriole lors de sa conférence de presse, en rappelant les insanités qu’il a déversées à Ouagadougou sur l’ancien Premier ministre Sydia Touré et leader de l’UFR, qu’il accuse d’avoir œuvré à son exclusion de la liste des 12 membres.
Une liste qui sera d’ailleurs reconduite lors des deuxième et troisième rounds de négociations. Ce qui a certainement fini par tuer tout espoir de la part de ce richissime homme d’affaires reconverti en politicien de siéger dans la salle des négociations. Si Mamadou Sylla est réputé avoir une fortune colossale aux origines douteuses, il est aujourd’hui le seul leader politique guinéen à n’avoir pas empoché son certificat d’entrée en 7e Année. Jusqu’à une date récente, on disait de l’homme qu’il savait à peine lire le français. Ce qui ne l’empêche pas de revendiquer une place prépondérante dans un débat intellectuel comme celui de Ouagadougou. Où les protagonistes guinéens (la junte et Forces vives) discutent des voies et moyens à explorer pour tirer la Guinée de la crise actuelle. Y parviendront-ils et à temps ?
En attendant, le président de l’UDG a choisi de rompre avec les Forces Vives, et promet de créer très prochainement l’AUDG (l’Alliance Union Démocratique de Guinée). Faut-il aujourd’hui voir dans le départ de Mamadou Sylla une grande perte pour les Forces Vives ? Certes, répondent les uns, cette démission tombe au moment où le débat sur les divisions internes qui minent les Forces Vives fait rage. On se demande en effet si l’unité affichée au départ entre partis politiques, syndicats et société civile, va tenir la route jusqu’au terme du bras de fer qui met aux prises le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) et les Forces Vives. D’autres observateurs se demandent si d’autres leaders frustrés par leur non présence parmi les douze ne risquent pas d’emboîter le pas à Mamadou Sylla. Toute chose qui pourrait aboutir à la naissance d’un courant formé essentiellement par les dissidents des Forces vives.
Pour un nombre important de commentateurs, cette démission est sans doute un non évènement. Selon eux, Mamadou Sylla ne pèse que financièrement. C’est d’ailleurs cette fortune qui lui monterait à la tête, et qui le pousserait à une certaine surévaluation de son poids politique. Alors qu’il n’est pour l’heure qu’un poids à gratter pour les poids lourds de la classe politique guinéenne, estiment certains de ses détracteurs. Qui vont aujourd’hui jusqu’à s’en prendre aux barrons des Forces Vives, qui ont accepté de faire équipe avec un homme dont beaucoup doutaient de la sincérité au sein de l’opposition. Il faut dire que la présence de Mamadou Sylla au sein de cette structure hétéroclite a toujours été mal perçue par certains observateurs de la transition politique enclenchée le 23 décembre 2008, sous la houlette du CNDD.
Pour beaucoup, l’entrée en politique de ce sulfureux homme d’affaires réputé pour ses démêlés avec la justice guinéenne ne s’expliquerait que par le souci de se trouver un bouclier politique contre d’autres ennuis. Le leader de l’UDG, qui a fait et défait des ministres en Guinée à cause de son influence sur le défunt président Lansana Conté dont il a d’ailleurs voulu récupérer les commandes du parti, le PUP, joue donc aujourd’hui les trouble-fêtes. La frange des critiques les plus acerbes qui l’ont souvent accusé d’être une taupe du CNDD, d’où d’ailleurs sa mise à l’écart à Ouagadougou, dit-on, affirment ne pas être surpris par cette démission. On lui prête en effet de nombreuses amitiés non des moindres dans l’entourage de la junte. On sait que certains hommes forts du CNDD et du gouvernement ont même été ses employés par le passé. Toute chose qui expliquerait les jours tranquilles que Mamadou Sylla coule aujourd’hui malgré les litiges qu’il a avec l’Etat guinéen. Des affaires que la junte avait pourtant promis de passer au peigne fin dans les plus brefs délais. En conclusion, Mamadou Sylla et son parti n’ont que trop tardé à jeter le masque.
Quoiqu’il en soit, cette démission de Mamadou Sylla intervient au moment où d’autres voix au sein des Forces Vives laissent entrevoir des risques d’implosion de cette structure. On sait que le leader de la NGR (Nouvelle Génération pour la République) Abé Sylla, et le président des Nouvelles Forces Démocratiques (NFD) Mamadou Mouctar Diallo, également frustrés, tiennent des discours qui en disent long sur leurs velléités. Autant dire que le départ de Mamadou Sylla risque d’être un précédent fâcheux pour l’avenir déjà peu rassurant des Forces Vives. En définitive, les jours et semaines à venir seront édifiants sur l’avenir de cette alliance politico-syndicalo-sociale.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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