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La démission est un acte par lequel on se démet d’une fonction, d’une charge pour des raisons diverses. En Guinée malheureusement, l’on est au regret de constater que les fonctionnaires, dans leur immense majorité, n’ont pas le courage de franchir dignement ce pas lorsqu’ils sont désavoués par la population ou ne sont plus dans les bonnes grâces de leur mandant. De 1958 à nos jours, force est de reconnaître que les Guinéens n’ont pas réussi véritablement à s’adapter à la culture de la démission. Sous d’autres cieux, cette pratique est courante dans les secteurs public et privé. En rendant le tablier suite à une défaite électorale, l’ancien Premier ministre britannique, John Major, avait fait cette remarque qui aura sans nul doute retenu l’attention de tous ceux qui sont épris de justice, de démocratie et de responsabilité : « Quand le peuple désavoue, il faut partir ». Effectivement, John Major, en démocrate averti et responsable, n’a pas cherché à s’accrocher au pouvoir contre la volonté du peuple britannique. Tirant les leçons de sa défaite électorale, le successeur de Margaret Thatcher (la Dame de fer) a tout simplement passé le témoin à un certain Tony Blair. Le Socialiste français, Lionel Jospin, avait suivi la même démarche en 2002 lorsqu’il s’est retrouvé à la troisième place de la présidentielle, derrière Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. En Afrique, l’on pourrait citer en bon exemple, la démission de Léopold Sédar Senghor en 1980. Après vingt ans de règne, le premier président du Sénégal indépendant a dignement quitté ses hautes fonctions au profit de son Premier ministre Abdou Diouf. Mais avant de se résoudre à franchir ce pas, son épouse lui tenait invariablement ce discours : « Retire-toi du pouvoir avant qu’on ne te le retire ». Et finalement, le poète président est entré par la grande porte de l’histoire en rendant le tablier en 1980. Dans l’administration publique guinéenne, les fonctionnaires continuent de prendre la démission pour un acte de lâcheté. Au lieu de démissionner pour cause d’incompétence ou de blocage dans l’exercice de leurs fonctions, la plupart d’entre eux préfèrent, pour des raisons inavouables, s’accrocher à leur poste et à leurs intérêts égoïstes. Tous les observateurs s’accordent à reconnaître que les cas de démission ne sont pas légion dans l’histoire de la Guinée indépendante. L’on retiendra tout de même que Jean-Claude Diallo et François Lounceny Fall ont réussi, chacun en son temps, à faire preuve de courage en démissionnant alors que les Guinéens s’y attendaient le moins. Aujourd’hui, la question relative à la démission des hauts cadres de l’Etat reste toujours d’actualité. Depuis sa nomination au poste de Premier ministre jusqu’à nos jours, Lansana Kouyaté fait croire qu’il n’est pas du tout bloqué par le Président de la République, le Général Lansana Conté. Ce que la plupart des observateurs ont du mal à croire en ce moment. Car la crise au sommet de l’Exécutif n’est plus qu’un secret de Polichinelle. Le 4 avril dernier, c’est un décret présidentiel qui est venu annuler tout bonnement un arrêté signé quelques trois mois plus tôt par le locataire de la Primature. A cela il faut ajouter le décret de restructuration des départements ministériels et le limogeage de Justin Morel Junior pour se faire une idée plus ou moins précise du climat de méfiance existant actuellement entre la Primature et la Présidence de la République. Pour certains, Lansana Kouyaté devrait prendre son courage à deux mains pour présenter sa démission, au risque de continuer à avaler des couleuvres. Pour d’autres par contre, vu les circonstances dans lesquelles l’intéressé a été nommé à la primature guinéenne, une éventuelle démission de sa part équivaudrait à un acte de trahison. Tous les jours, les Guinéens se demandent cependant, avec une réelle appréhension, à quand la fin de leur calvaire. Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineectu.com
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