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Rien n’est joué…
Tout le monde savait qu’un 2e tour serait inévitable. Certains étaient convaincus, qu’à ce niveau, les candidats Alpha Condé du RPG et Cellou Dalein Diallo de l’UFDG, seraient à ce rendez-vous. C’est que les deux ont les moyens humains, matériels et financiers de leurs ambitions.
Le premier pour avoir combattu tous les régimes politique ayant dirigé le pays et qui a su implanter sur toute l’étendue du territoire un électorat sûr. Le second, qui a bénéficié de la « publicité » que lui a faite le Capitaine Moussa Dadis Camara, président du CNDD. En se braquant contre le président de l’UFDG, l’éphémère 3e chef de l’État de Guinée avait fait de Cellou Dalein l’homme à combattre et même à abattre. Ainsi, pratiquement tous ceux qui ne voulaient plus rien savoir de la junte guinéenne ont commencé à voir en la personne du président de l’UFDG une victime plutôt que le prédateur que nombre de ses adversaires s’employaient à décrire.
Ce que les analystes de la scène politique guinéenne ne savaient pas, c’est le poids que pèseraient d’autres candidats, comme par exemple les anciens premiers ministres Sidya Touré et Lansana Kouyaté. Le premier, Sidya Touré, ayant pu entretenir, grâce aux liens qu’il a su tisser avec les formations de l’opposition au PUP (le parti de l’ancien général-président Lansana Conté), dont le RPG d’Alpha Condé et l’UFDG alors dirigé par feu Bah Mamadou, une formation politique marginale, l’UFR. Mais bien avant la veille des élections, ce parti éclatait petit à petit, notamment lorsque le numéro 2, Dr. Ousmane Kaba, a claqué la porte pour fonder son parti, PLUS, et se porter candidat à la présidentielle. Avec combien de milliers de militants et sympathisants a-t-il quitté les rangs de l’UFR ?
Le chef du PEDN, Lansana Kouyaté, qui a ruiné toutes ses chances lorsqu’il a redonné le pouvoir au général Lansana Conté, suite aux douloureux événements de janvier et février 2007, au cours desquels des centaines de ses compatriotes ont versé leur sang pour chasser le PUP et le gouvernement du pouvoir, s’est bâti une assise financière considérable. Il s’en est servi pour créer un parti politique qui pourrait ne pas survivre s’il ne gagne pas les élections. Et tout porte à croire qu’il ne sera pas au rendez-vous du 2e tour.
Si rien n’est encore joué, c’est essentiellement en raison de la manipulation des votes, qui est la conséquence de la mauvaise préparation des opérations électorales par la CENI et des mauvaises habitudes de nombre de chefs de quartiers et d’agents d’élections, experts d’élections truquées. Car, si l’on peut dire que les nouveaux politiciens ont grignoté dans l’électorat des grandes formations politiques que sont l’UFDG et le RPG, on ne peut comprendre comment celles-ci ont pu obtenir des résultats décevants dans certains secteurs, notamment dans la région électorale de Conakry.
En effet, dans la commune de Ratoma, tout le monde ne pouvait être surpris d’un raz-de-marée de l’UFDG. Cas aussi du RPG à Matam et à Matoto, malgré les poches de l’UFR et du PEDN. Et à Kaloum, dont la population électorale est nettement inférieure que les 4 autres communes de Conakry, le RPG, l’UFDG et l’UFR se battaient pratiquement à armes égales tout comme d’ailleurs dans la commune de Dixinn.
Alpha contre Cellou ?
Dans l’arrière pays, les estimations semblent porter le duo Alpha Condé et Cellou en tête. Si pratiquement tout le monde convient que le président de l’UFDG sera au rendez-vous du second tour, nombre d’analystes soulignent que le chef du RPG devrait être également de cette partie. «Parce que, estime l’un d’entre eux, Alpha Condé est le plus méritant de tous les candidats. Le problème, c’est qu’il parle de Sékou Touré et dans son entourage, ils sont de plus en plus nombreux les dignitaires qui ont mis le pied par terre ». Et si Sidya devait être l’invité du 2e tour plutôt que le chef du RPG ? « C’est pratiquement impossible, ajoute cet analyste. Si cela devait être le cas, il faudrait alors être sûr que des irrégularités ont été commises et, essentiellement au détriment du RPG. Et dans ces conditions, les accusations portées contre la CENI et son président, à l’effet qu’ils roulent pour Sidya Touré, auraient un sens. Et puis, il ne faut pas oublier que le parti du premier ministre Doré roule également pour Sidya et que donc l’administration pourrait pousser un pion important ».
Dans un duel entre les candidats du RPG et de l’UFDG qui pourrait l’emporter ? « Alpha Condé aurait de meilleures chances s’il cessait de s’entourer des anciens dignitaires et de parler de Sékou Touré. Il doit savoir mobiliser tous les électeurs qui ne veulent rien savoir de Cellou Dalein, qui s’étaient mis dans une logique du TSC, tout sauf Cellou. Dans le cas contraire, Cellou sera le prochain président s’il rassure les candidats des autres formations qu’il n’engagera pas le pays dans un pouvoir ethnique, comme l’ont fait les 3 premiers présidents du pays, et qu’il choisira le premier ministre dans les rangs d’une des principales formations politiques ». Et si Sidya devait être le challenger de Cellou ? « C’est impensable. Et dans ces conditions, Alpha Condé, à défaut d’appuyer Cellou, ne devrait pas donner de consignes de vote. Car l’UFDG dirigée par Dalein a été le moteur du réveil démocratique en Guinée. C’est Cellou qui a le plus mobilisé contre Dadis et le CNDD. C’est également lui qui a eu le plus de voix au premier tour. »
Ibrahima Sory Baldé
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